Marie Oppert, révélation des Victoires de la musique classique 2021

Marie Oppert est nommée dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2021. Rencontre et portrait en sept questions.

Marie Oppert, révélation des Victoires de la musique classique 2021
Marie Oppert, © Nathalie Guyon - FTV

Marie Oppert est nommée dans la catégorie “Soliste instrumental” des Victoires de la musique classique 2021. Elle a chanté dans des comédies musicales, joué au théâtre et se perfectionne toujours en chant lyrique. Nous l'avons rencontrée lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 13 janvier.

Pourquoi avez-vous choisi le chant ?

Il est venu très tôt dans l'enfance, vers six ou sept ans, quand j'ai intégré les chorales du Conservatoire, puis ensuite la maîtrise de Paris. Il a toujours fait partie de mon enfance et de mon éducation. Au départ, je chantais toutes les après midi après l'école, ça faisait vraiment partie de ma vie de tous les jours. Puis ensuite, ça s'est vraiment développé en vocation à l'adolescence, quand j'ai eu mes premières expériences sur scène, au théâtre musical. 

J'avais grandi aussi dans un univers où la musique était très présente parce que j'ai plusieurs membres de ma famille qui sont musiciens. Mes parents ont remarqué ma joie extrême pendant les petits concerts de chorales donc ce sont eux qui m'ont proposé le cursus en horaires aménagés à la maîtrise. J'ai passé l'audition et ensuite j'étais vraiment ravie de pouvoir faire de la musique tous les après midi au lieu de rester à l'école. 

Quels souvenirs gardez-vous de cette période ? 

C'est vrai qu'avec le recul, maintenant, c'était quand même une enfance très intense. Je me rappelle aussi de mes camarades de classe. Chacun avait sa spécificité, il y avait aussi les instrumentistes et  les danseurs. Et c'est vrai que c'était des journées très chargées où même après le conservatoire on devait non seulement travailler nos instruments, faire nos devoirs, mais quelquefois, on avait aussi d'autres activités le soir, comme la danse et les cours d'instrument. 

Mais à l'époque, on avait une énergie telle à cet âge et ça nous passionnait aussi, bien sûr. Toute cette découverte, toutes les expériences que l'on a pu avoir avec des concerts, des productions d'opéra, c'était vraiment fascinant. Pour des enfants que nous étions, de connaître la vie des tournées, par exemple, ça a été très révélateur pour moi dans ma construction artistique. 

Qu'est-ce qui a déclenché cette envie d'aller plus vers le théâtre musical ?

Pendant mon année de terminale, j'ai eu la grande chance de pouvoir jouer le rôle de Geneviève dans Les parapluies de Cherbourg au Théâtre du Châtelet, avec Natalie Dessay et Michel Legrand. Et ça m'a permis de concrétiser mon envie de vraiment me former à la comédie musicale.  J'ai pu faire mes études à New York juste après l'obtention de mon bac. J'ai eu la grande chance d'avoir une bourse Fullbright et c'était vraiment mon rêve d'étudier dans le berceau de la comédie musicale, entourée de toute cette culture américaine. C'était très intéressant, justement, de pousser au maximum cette polyvalence des trois disciplines : du chant, de la danse et du théâtre. C'est vraiment ancré dans la culture populaire là-bas. Et cette polyvalence est enseignée très tôt aux Etats-Unis. 

Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté ?

Je me suis rendue compte de la rigueur que ça demandait, de l'extrême discipline presque athlétique que ça requiert vraiment de pousser ces trois disciplines. Après, bien sûr, chacun a un domaine aussi, où on est plus à l'aise pour s'exprimer. Le chant est beaucoup plus naturel pour moi dans mon expression que la danse. Mais du coup, c'est intéressant, bien sûr, de travailler aussi ses faiblesses et de pouvoir progresser dans tous ces domaines parce que chacun complète l'autre.  

Avez-vous un modèle parmi les grandes figures du théâtre musical ?

Oui, oui, tout à fait. Par exemple, ma rencontre avec Michel Legrand a été vraiment déterminante parce qu'il incarnait aussi cette polyvalence, lui qui a été formé comme un musicien classique, qui a tellement apporté à la musique de film et qui a été un très grand jazzman, qui a été aussi reconnu et célébré de l'autre côté de l'Atlantique. C'était vraiment extraordinaire de rencontrer cet artiste qui a créé son propre univers avec toutes ces différentes influences. Mais ce serait très enrichissant pour moi, jeune artiste, de collaborer avec des compositeurs contemporains, notamment par exemple sur cette recherche de mêler le théâtre et la musique ensemble. 

Avez-vous un rêve en tant que musicienne ?

Mon rêve le plus grand à long terme, c'est vraiment de continuer à développer ces différents outils pour pouvoir interpréter des rôles dans différents répertoires, que ce soit théâtral ou musical. Évidemment aussi, un de mes rêves serait de jouer à Broadway. Là où j'ai pu étudier, au cœur même du théâtre musical, d'un niveau exceptionnel et dans une culture où c'est très présent, c'est très naturel. 

J'admire beaucoup ces artistes, je les compare à des athlètes parce que l'endurance n'est pas du tout la même, par exemple, qu'à l'opéra. Il jouent huit représentations par semaine, toute l'année, sans relâche. Donc ça, c'est vraiment une endurance sur le long terme, c'est incroyable. Et puis aussi de chanter tous les soirs parce qu'au théâtre, c'est différent. Et de danser, le corps qui doit suivre, c'est vraiment comme comme des sportifs du haut niveau. Mais en fait, la passion est telle que, justement, c'est tellement différent chaque soir. 

Justement, la crise sanitaire a poussé à la fermeture les salles de spectacle et vous a privé de scène. Comment le vivez-vous ?

Le premier confinement a été pour moi un choc, parce que j'avais commencé à travailler très jeune et finalement, je ne m'étais jamais arrêtée. Ça a toujours été très intense et très riche. Dans toutes ces aventures, dans diverses productions. Mais en même temps, je pense que ça peut aussi être bénéfique. De toute façon, là, on n'avait pas le choix. C'était aussi une opportunité pour moi de prendre le temps de travailler sur ma voix. J'ai pu quand même continuer ce travail de fond qui est tellement important, justement pour construire l'instrument qui va permettre de tenir sur la durée. 

On ne peut pas savoir ce que le futur nous amène, ce qui est aussi excitant. Mais après de grandes crises qu'on a connues dans l'histoire, il y a toujours eu un essor, une volonté de créer, un regain d'énergie. On aura été tellement frustré pendant des mois de ne pas pouvoir accéder à cette culture si essentielle, justement, au spectacle vivant, que cela amènera peut-être aussi des choses créatives et formidables pour le futur. 

Les vidéos de Marie Oppert 

Offenbach, la Bonne d’Enfant "de la trompette, j’entends" avec Charlotte Gauthier (piano), Claude Egea (trompette)

Weill, Marie Galante, "le train du ciel" avec Charlotte Gauthier (piano) 

Loewe, My Fair Lady "I could have danced all night" avec Claude Egea (trompette)