Marie-Laure Garnier, révélation des Victoires de la musique classique 2021

La cantatrice Marie-Laure Garnier est nommée dans la catégorie “Artiste lyrique” des Victoires de la musique classique 2021. Rencontre et portrait en sept questions.

Marie-Laure Garnier, révélation des Victoires de la musique classique 2021
Marie-Laure Garnier, © Nathalie Guyon - FTV

Marie-Laure Garnier est nommée dans la catégorie “Artiste Lyrique” des Victoires de la musique classique 2021. La Guyanaise âgée de 30 ans a fait ses débuts sur la scène du Théâtre du Capitole de Toulouse et chante régulièrement dans différentes productions lyriques. Nous l'avons rencontrée lors de ses répétitions à la salle Gaveau à Paris, juste avant le Concert des Révélations du mercredi 13 janvier.

Pourquoi avez-vous choisi le chant ?

Je fais de la musique depuis que je suis toute petite. J'ai commencé à chanter parce que je faisais des percussions traditionnelles en Guyane qui sont associées au chant. Et puis, de fil en aiguille, j'ai toujours été dans les chorales, que ce soit à l'école de musique, ou au collège. A 14 ans, j'ai intégré le Conservatoire de Paris en flûte traversière, mais il me manquait quelque chose, et j'ai décidé d'intégrer la maîtrise de Paris, dont le principe, quand on est en horaires aménagés, est d'avoir quatre après-midis entiers consacrés au chant choral avec de nombreux concerts. Cela a été l'expérience qui m'a donné envie de prendre cette voie là. Après la maîtrise de Paris, j'ai tenté le concours du Conservatoire supérieur de Paris, que j'ai réussi. 

Vous avez grandi en Guyane jusqu'à l'adolescence. De quelle façon la musique était présente dans votre entourage ?

La musique tient une part très importante dans la vie des Guyanais. De façon générale, tous les événements sont ponctués de musique. C'est la musique traditionnelle, avec les percussions, qui est très présente. Il y a beaucoup de groupes folkloriques dans des écoles de musique. Aujourd'hui, on peut étudier d'autres formes de chant. Malheureusement, sur le plan du lyrique, c'est un peu le petit enfant qui doit encore grandir. Parce qu'il y a une seule classe de chant lyrique en Guyane, ce qui n'est pas assez, et donc j'ai à cœur de pouvoir aider au développement de cette filière. J'ai notamment eu l'occasion de donner des masterclass et je vais y retourner. 

Il y a donc encore tout à construire. Et puis, peut-être sensibiliser davantage la population guyanaise. Il y a toujours une distance entre la musique de chez nous et la musique d'ailleurs. Surtout quand il s'agit de la musique classique. Mais il y a déjà de nombreuses personnes qui sont tout à fait attirées et touchées par cette musique. Et moi, en tant que Guyanaise, je peux faire de la médiation parce que je connais les départements, je connais la culture, je connais les gens, je sais comment amener les choses. Il faut créer les occasions et il faut aussi attribuer des moyens. 

Que manque-t-il au niveau des équipements ?

Il y a un travail très important sur la voix, mais pas sur la voix lyrique. Il faut des master class, des concerts, des conférences, mais il faut aussi une démarche politique. Je suis tout à fait partante et très enthousiaste à l'idée de rentrer de temps en temps en Guyane pour partager cet amour et partager cette connaissance. Développer cet intérêt pour le chant lyrique. C'est ce que j'aimerais qu'il se produise pour tous les Outre-mer. Et en contrepartie, je voudrais aussi que dans tous les Outre-mer, il y ait au moins un conservatoire qui puisse former des jeunes pour engager une voie professionnelle. 

Il y a déjà certaines structures, mais en quittant la Guyane, les candidats ne peuvent pas intégrer directement le CNSM. Il manque une étape. En Guadeloupe, il y a des associations qui enseignent la musique. Sur le plan instrumental, il y a déjà beaucoup de possibilités, mais pas sur le champ lyrique. Il faut permettre à tout un chacun de pouvoir découvrir le chant lyrique, de pouvoir se former et de pouvoir, dans un premier temps, partir en métropole pour avoir un diplôme. Ce qui compte, c'est la formation. 

Et en parallèle, il faut que les jeunes rencontrent des artistes. Il n'y a pas de fumée sans feu. Pourquoi ai-je toujours été attiré par le chant ? Parce que j'ai baigné là-dedans quand j'étais petite, j'ai vu des opérettes qui ont été montées en Guyane, j'ai rencontré des artistes et j'ai assisté à des concerts lyriques, j'ai fait partie des chœurs lyriques, donc j'ai été imprégnée par cette culture là aussi en plus de la culture traditionnelle. On a souvent peur qu'au final, la culture occidentale européenne fasse de l'ombre à la culture locale, alors que ce n'est pas du tout le cas. Les deux peuvent coexister au même titre. 

Et ils sont peut-être aussi découragés par le manque de représentativité sur les scènes lyriques en métropole et en Europe de manière générale ?

Les chanteurs ultramarins, il y en a. Après, c'est comme tous les autres domaines, il faut que le milieu classique soit aussi plus réceptif, qu'il s'ouvre davantage.  

Pensez-vous que auriez pu faire autre chose ?

Je ne me suis jamais posée la question, « S'il n'y a pas la musique, qu'est ce que je fais ? » Je ne ferai jamais autre chose. C'est vraiment ce pourquoi je suis faite. C'est là dedans que je m'épanouis le plus. Et le chant est le domaine où j'ai envie de creuser. Ce répertoire est d'une richesse infinie. Et puis le contact avec les autres. Là, on se rend compte, à quel point on est interdépendants. Dans la musique, comme chanteuse, toute seule je ne fais pas grand chose. 

Évidemment, je peux chanter toute seule, mais si je veux défendre le répertoire que j'aime, j'ai besoin de mes collègues. En même temps, je fais partie des privilégiés qui, malgré le confinement, ont eu l'occasion de monter sur scène, même sans public, et qui ont eu cette chance de pouvoir refaire de la musique ensemble. Même si les conditions sont très différentes, je considère vraiment que j'ai été chanceuse. 

Comment avez-vous vécu la crise sanitaire et les confinements successifs ?

Dès le départ, cette pause de longue durée a été très difficile à vivre moralement, c'est à dire que la musique occupe 90% de notre temps. Alors quand nous nous arrêtons brutalement, on se dit « Qu'allons-nous bien pouvoir faire ? » Immédiatement, on se tourne vers les réseaux sociaux pour essayer de faire des vidéos à la maison, mais ce n'est pas pareil. Certains ont essayé de faire des choses ensemble. Évidemment, c'est sympa et ça donne un objectif. Et je pense que c'est exactement ce dont on a besoin quand on n'a plus la possibilité de vivre de son art. 

En tout cas, moi, j'ai eu vraiment l'impression d'exister parce que je chantais. J'ai vraiment l'impression que c'est ma vocation de chanter, de partager à la fois la musique, le texte, le théâtre, la poésie, l'imaginaire aussi. Tout d'un coup, il a fallu trouver une autre raison d'exister. Je me suis vraiment donné des objectifs à court terme de monter de nouvelles pièces. Et puis surtout, finalement, de se projeter dans le long terme. Parce que derrière, il y avait quand même des concerts qui arrivaient, des engagements sur l'opéra et donc il fallait les préparer. 

Cela n'arrive jamais d'avoir autant de temps libre. Du coup, c'était du pain béni, de pouvoir prendre le temps de respirer, de penser, de ne rien faire. C'est une autre façon de nourrir l'artiste. C'était l'occasion de redécouvrir et peut être même se poser la question, de questionner le pourquoi on fait ce métier et qu'est ce qu'on a à dire?  

Qu'est ce que cela veut dire d'être chanteur aujourd'hui? 

D'autant plus dans le contexte actuel, avec ce que l'on vit, c'est presque une position politique. Quand on entend dire que les métiers non essentiels ne vont pas travailler en attendant que la crise soit réglée ou tout du moins améliorée, on se dit effectivement, là, on n'est pas sur la même longueur d'onde du tout. 

En même temps, on ne peut pas lutter contre le pouvoir politique, mais quand je vois toutes les structures, les opéras, les compagnies, les musiciens qui se sont mobilisés, qui se sont donnés corps et âme pour justement faire exister la culture au travers de festivals numériques, au travers de concerts en ligne, au travers de récitals en ligne, il y a tout un tas de choses comme ça qui nous font dire qu'en fait, on n'est pas non - essentiels. La culture est indispensable et tout le monde le dit. Nous, on le dit parce qu'évidemment, être sur scène c'est ce qui nous fait vivre. Mais le public est en manque aussi. Ça se voit sur les réactions sur les réseaux sociaux et sur l'intérêt que les gens montrent pour cette forme virtuelle d'accès à la culture.  

Je pense que lorsqu'on aura de nouveau la possibilité de faire exister l'art, de faire exister le beau, les émotions, on verra une explosion de la créativité à cause de toute cette rage contenue de pouvoir monter sur scène et de vivre de notre métier. 

Les vidéos de Marie-Laure Garnier

Puccini, Manon Lescaut "Sola, perduta, abbandonata" (avec Célia Oneto Bensaid)

Caplet, Le Corbeau et le renard (avec Célia Oneto Bensaid)

Wade in the water (negro-spiritual) (avec Célia Oneto Bensaid)