Manifeste 2018, entre l’homme et la machine

Une machine qui compose de la musique, des robots comme extension des humains : avec l'édition 2018 de son festival Manifeste, l’Ircam, le centre de recherche musicale et de création artistique à Paris, explore l'intelligence humaine et l’algorithme.

Manifeste 2018, entre l’homme et la machine
Manifeste 2018, © Capture d'écran Youtube

A l'heure où la musique composée avec l’intelligence artificielle devient de plus en plus répandue, près d'une vingtaine de créations vont mettre en avant la cohabitation entre l'homme et la machine à l’occasion de l’édition 2018 de Manifeste, le festival annuel de l'Ircam, du 6 au 30 juin.

Dans Fabrique des monstres, le metteur en scène français Jean-François Peyret réinvente ainsi un Frankenstein des temps modernes en présentant sur scène une machine qui fabrique de la musique. Influencé par les écrits d'Alan Turing, mathématicien britannique considéré comme le père de l'intelligence artificielle, Jean-François Peyret a mis en place avec le compositeur Daniele Ghisi et un chercheur de l'Ircam, Philippe Esling, une machine constituée d'un réseau de neurones entraîné sur des bases de données et capable de reproduire des motifs musicaux.

«  Sans aucune connaissance des syntaxes et lexiques musicaux », au départ, « la machine apprend au fur et à mesure (à partir des bases de données) à générer une séquence d'échantillons qui incorporent une certaine créativité » et à produire de la musique, explique Daniele Ghisi, qui par la suite sélectionne les morceaux les plus intéressants.

« Cela soulève (la question) de la propriété intellectuelle... qui a écrit ces morceaux ? La machine ? Moi ? les personnes qui ont créé l'algorithme ? », s'interroge le compositeur dans la présentation du festival.

« On appelle cela le compagnonnage entre l'homme et la machine, ce n'est pas une relation de maître à esclave », explique à l'AFP Frank Madlener, directeur de l'Ircam. « C'est une intelligence artificielle, limitée, mais elle peut vous surprendre », ajoute-t-il. « On n'est pas dans une logique apocalyptique où l'on se dit que les robots vont finalement s'emparer du monde ».

Le Thinking things (Choses pensantes) de Georges Aperghis, va, quant à lui, se pencher sur l'interaction entre l'humain et la machine. Sur scène, « quatre humains auront des côtés robotiques et les robots, des côtés humains », explique le compositeur grec installé à Paris.

D'autres créations incluent une reprise d'Helikopter du chorégraphe Angelin Preljocaj, où les danseurs se produisent sur le son dissonant d'un quator à cordes enregistré dans des hélicoptères en plein vol. 

Le compositeur et metteur en scène Roland Auzet, qui bouscule souvent les codes du théâtre, revisite La voix humaine de Cocteau, avec un personnage principal qui joue sur une plateforme de 10 mètres de long au-dessus de la tête des spectateurs, au son d'une partition électroacoustique composées de souffles et de respirations.

Le festival Manifeste est accompagné d'un forum, Vertigo, durant lequel scientifiques et artistes vont débattre de l'usage de l'algorithmique dans les arts visuels, la musique, la danse et la littérature.

« La force de l’Ircam, c’est d’échapper aux séparations abruties et subies qui régissent la vie d’un individu. Rares sont les lieux qui permettent la stimulation entre Science et Art, entre le laboratoire et l’atelier », selon Frank Madlener.

avec AFP