"Ma vidéo a été visionnée seulement 22 secondes" : un candidat au concours Ysaye veut porter plainte

Arseniy Strikovskiy, accordéoniste russe, estime que le jury de professionnels du Concours Ysaye à Bruxelles n'a pas pris le temps d'examiner sérieusement sa candidature. Un scandale pour le jeune homme, qui a payé 140 euros pour s'inscrire et qui compte entamer une procédure judiciaire.

"Ma vidéo a été visionnée seulement 22 secondes" : un candidat au concours Ysaye veut porter plainte
"Dans le cadre d’un concours, si le participant paye les frais d’inscription, il a le droit d’être écouté", argumente le jeune homme, furieux, © Facebook

Tout commençait bien pour Arseniy Strokovskiy, accordéoniste russe. Le 21 avril dernier, il tente sa chance au concours Ysaye, une compétition de musique internationale qui se déroule en Belgique. À cause de la pandémie de Covid-19, les sélections se déroulent en ligne. Chaque participant doit donc envoyer des vidéos Youtube à un jury international qui décide, sur la base des vidéos, si le niveau du candidat est suffisant pour qu’il passe à l’étape suivante. Une aubaine pour le jeune musicien, qui participe à de nombreux concours pour se faire connaître. 

« Moi et ma partenaire avons envoyé nos vidéos dans la catégorie duo, section musique de chambre », raconte Arseniy Strokovskiy à France Musique : « J’ai envoyé le lien des vidéos, hébergées sur Youtube, au jury de la compétition, uniquement au jury. » Des liens en « accès limité », de telle sorte que seuls ceux qui les avaient reçus pouvaient visionner les vidéos.

Une vidéo "jamais ouverte"

Au mois de mai, les résultats tombent. Ni l’accordéoniste, ni sa partenaire ne sont retenus pour passer à l’étape suivante. Arseniy Strokovskiy décide alors de vérifier les vues de son audition sur « Youtube Analytics », un outil de la plateforme qui permet, comme son nom l’indique, de suivre à la loupe l’audience des vidéos. Désagréable surprise. « J’ai constaté que l’une des vidéos n’a été ouverte qu’une fois et visionnée 22 secondes. L’autre, 23 secondes. » Soit un peu plus de 2% de la durée totale des vidéos. Constat analogue pour sa partenaire, qui avait également envoyé deux vidéos pour la catégorie solo du concours : « L’une de ses vidéos a été visionnée 33 secondes. Quant à la seconde, elle n’a jamais été ouverte. »

L'outil "Youtube Analytics" montre que l'une des vidéos a été visionnée une seule fois, le 3 mai, durant 22 secondes.
L'outil "Youtube Analytics" montre que l'une des vidéos a été visionnée une seule fois, le 3 mai, durant 22 secondes., © Capture d'écran

Deux explications viables, selon Arseniy Strokovskiy. « Première hypothèse, le jury international a décidé de qui passait au second tour sans visionner les vidéos des participants. » Ou alors, « ce sont les organisateurs eux-mêmes qui ont décrété qui passerait le premier tour de la sélection, sans demander leur avis au jury de professionnels. » Un scandale pour le jeune homme et sa partenaire, qui ont déboursé 140 euros pour s’inscrire à la catégorie duo (son amie a même payé 110 euros supplémentaires pour candidater à la catégorie solo). 

Le jeune homme compte porter plainte

« Dans le cadre d’un concours, si le participant paye les frais d’inscription, il a le droit d’être écouté. Il paie littéralement le jury pour qu’il fasse son travail. La moindre des choses serait que ce dernier visionne les vidéos en entier avant de prendre sa décision », pointe Arseniy Strokovskiy. Ce dernier a écrit aux organisateurs qui lui ont envoyé une réponse « inintelligible », selon ses mots : « L’organisatrice n’aborde pas le fait que les vidéos n’aient éventuellement pas été visionnées. À la place, elle rappelle les règles en disant que les résultats ne sont pas contestables, et que les frais d’inscriptions ne peuvent être remboursés. »

Le jeune homme a contacté une équipe d’avocat à Munich (il vit en Allemagne depuis 4 ans), et compte entamer une procédure judiciaire « très bientôt ». Il souhaite porter plainte contre les organisateurs de la compétition pour réclamer un remboursement, l’annulation pure et simple des résultats, ainsi que l’ouverture d’une enquête pour fraude « car il s’agit probablement de corruption. » Ce n’est « pas une question d’argent, mais de principe », estime-t-il.