Luis de Pablo, compositeur et figure de la "Generación del 51", est mort

Mis à jour le lundi 11 octobre 2021 à 12h35

Dans les années 60, le compositeur et musicologue avait ouvert l'Espagne à la création musicale, en encourageant et en imposant les jeunes compositeurs espagnols sur la scène internationale. Il avait 91 ans.

Luis de Pablo, compositeur et figure de la "Generación del 51", est mort
Le compositeur Luis de Pablo, en 2008, © SIGMA PROJECT / WIKIMEDIA COMMONS

La musique contemporaine espagnole, déjà endeuillée en mai dernier par la mort de Cristóbal Halffter, pleure de nouveau en ce lundi d'octobre. Luis de Pablo est décédé hier à Madrid, à l'âge de 91 ans, relaient plusieurs médias espagnols. Le compositeur était l'un des principaux représentants de la "Generación del 51", un groupe d'artistes qui a bousculé et renouvelé le paysage musical espagnol, dont l'objectif était d'ouvrir une Espagne renfermée sur elle-même à cause de la dictature de Franco. 

La musique plus forte que la loi

Luis de Pablo naît le 28 janvier 1930 à Bilbao. Il commence à étudier la musique très jeune mais suit en parallèle des cours de droit, à l'université Complutense de Madrid. Diplômé en 1952, il devient alors avocat pour la compagnie aérienne Iberia. Mais il n'oublie pas pour autant son amour pour la musique : il analyse les œuvres du XXe siècle et s'exerce en autodidacte à la composition. Jusqu'à cesser son activité de juriste, pour fonder en 1958 avec Ramón Barce (lui aussi considéré comme autodidacte) le groupe Nueva Música, auquel collabore aussi Cristóbal Halffter. La "Generación del 51" est née (une partie de ses membres a fini ses études en 1951, d'où le nom du groupe).

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Vient alors le temps des voyages. Luis de Pablo se rend dans les années soixante à Darmstadt, à côté de Francfort, où il rencontre une pléiade de compositeurs de renom : Pierre Boulez, György Ligeti, Karlheinz Stockhausen ou encore Bruno Maderna. Il s'installe ensuite à Paris, pour se perfectionner avec le célèbre compositeur, chef d'orchestre et professeur Max Deutsch. De Pablo étudie aussi la technique de composition d'Olivier Messiaen

Précurseur

Pionnier, Luis de Pablo souhaite ouvrir l'Espagne à la création musicale et soutenir l’émergence des compositeurs espagnols. En 1965, il fonde "Alea", le premier laboratoire espagnol dédié à la musique électroacoustique. Le compositeur fonde également les concerts "Tiempo y Música", en 1959, et les Jeunesses musicales, qui se tiendront de 1960 à 1963. En 1968, il publie un important traité d'esthétique, intitulé Aproximación a una estética de la música contemporánea

En 1972, de Pablo organise les Rencontres de Pampelune, festival où se croisent musique, théâtre, arts plastiques et cinéma. Peu apprécié par le régime franquiste (qui lui reproche son "art de gauche"), accusé aussi par l'Eta d'être un suppôt de la dictature, il s'exile aux États-Unis, puis au Canada, où il sera professeur aux universités d'Ottawa et de Montréal. 

Une catalogue et un répertoire éclectiques 

Le catalogue de Luis de Pablo est riche de plus de 200 opus : des œuvres électroacoustiques (Soledad interrumpida,Chaman), pour instrument seul (Affetuoso, Il violino spagnolo) ou musique de chambre (Polar, Las Orillas). Mais aussi des pièces pour orchestre comme Latidos, en 1974, Natura, en 2005, et des opéras : Kiu et Un parque. Le dernier, El Abrecartas, sera joué en février au Teatro Real de Madrid, selon le quotidien El País. À souligner aussi une œuvre sublime en 2007 : Passio, pour chœur d'hommes avec orchestre, sur des poèmes de Primo Levi

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La musique de Luis de Pablo est une musique viscérale, presque littéralement. "Ce que j'ai toujours voulu faire, c'est une musique qui fusse celle que j'avais dans les tripes. Ce que j'avais comme premier devoir, c'était de bien connaître mes tripes, évidemment !", confiait-il, rieur, à Rodolphe Bruneau-Boulmier, qui l'avait rencontré en 2014 dans son appartement du centre de Madrid. Un entretien passionnant à réécouter ici

De nombreux hommages lui ont été rendus lundi sur les réseaux sociaux, notamment par des personnalités du monde de la culture. "Repose en paix", a ainsi écrit le ministre espagnol de la Culture, Miquel Iceta, sur son compte Twitter.