Les Victoires de la musique classique jouent l'ouverture

Deux femmes nommées dans la catégorie Compositeur/Compositrice de l'année, ouverture de l'académie des votants aux non-professionnels, etc. Les Victoires de la musique classique évoluent, signe d'ouverture et de prise du conscience d'un milieu considéré comme en retard sur les questions sociétales.

Les Victoires de la musique classique jouent l'ouverture
Camille Pépin, 29 ans, nommée dans la catégorie Compositrice de l'année aux 27e Victoires de la musique classique, © AFP / Rana Moussaoui

C’est l’une des rares émissions consacrées à la musique classique à être diffusées en prime time à la télévision. La 27e édition des Victoires de la musique classique se tient ce vendredi 21 février depuis l'Arsenal de Metz, avec l'Orchestre national de la ville, préfecture de la Moselle, sous la direction de David Reiland.  Et forcément, en 26 années d'existence, la cérémonie a évolué au fil du temps. 

Longtemps présentée par Frédéric Lodéon, c'est, depuis trois ans, un duo de femmes qui tient le rôle de maîtresses de cérémonie. Leïla Kaddour Boudadi de France Télévisions et France Inter, et Judith Chaine, productrice bien connue des auditeurs de France Musique. 

Les femmes, encore trop peu représentées à certains postes, comme celui de cheffe d'orchestre, sont plus que jamais en nombre cette année. Preuve en est, sur les trois nommés dans la catégorie Compositeur/Compositrice de l'année, deux femmes sont présentes : Camille Pépin et Betsy Jolas. Une première dans l'histoire de la cérémonie.

« Les Victoires sont le reflet de ce qui se passe dans le milieu de la musique classique, affirme Didier Martin, président de l'organisation. Il y a déjà eu des compositrices nommées mais jamais deux à la fois et aucune n'a encore été lauréate. Cette année, il y a deux chances sur trois que cela arrive ». 

Et ce n'est pas la seule réjouissance puisque cette année, la parité est parfaitement respectée dans la catégorie Révélations, qui met en lumière les jeunes talents et futures stars. Un "heureux hasard" selon Didier Martin  qui explique qu'il n'y a pas de système de quota dans le processus de vote, même s'il y en a un pour la composition des jurys qui décident de la liste des candidats présentés aux votants. Parité parfaite exigée. 

Enfin, le président des Victoires allonge la liste des bonnes nouvelles : « les artistes qui se produisent lors de la cérémonie, nommés ou non, sont aussi dans une parité totale. Je crois même qu'il y a un peu plus de femmes ». En effet, les auditeurs et téléspectateurs pourront écouter l'Orchestre national de Metz dirigé par la cheffe mexicaine Alondra de la Parra, parmi les maestras les plus demandées de la planète. 

Autre évolution significative pour les Victoires de la musique classique, l'ouverture cette année de l'académie des votants aux non-professionnels. Jusqu’à présent, un collège de 300 personnes travaillant dans le milieu de la musique classique votait chaque année pour les nommés dans chaque catégorie, puis pour les lauréats.

Pour cette édition, 50 personnes - de simples mélomanes - ont intégré l’académie, après un appel à candidature, souhaité par les Victoires, et organisé par France Musique. « Depuis de nombreuses années, j'avais l'habitude de voter pour les Révélations sur le site internet de France Musique, explique Pauline, une fidèle auditrice de la station musicale, âgée de 31 ans. Lorsque j'ai vu l'appel à candidatures, j'ai trouvé que c'était une vraie opportunité pour nous, qui allons au concert, qui achetons des disques, de pouvoir exprimer notre avis. » 

Cette juriste qui habite à Saint-Gervais en Haute-Savoie n'a jamais raté une seule cérémonie des Victoires et sera devant sa télévision ce vendredi. « J'y tiens beaucoup parce que je trouve qu'il y a malheureusement trop peu d'émissions sur la musique classique à des heures de grande audience », explique-t-elle. 

France Musique a enregistré beaucoup de candidatures pour intégrer l'académie des 50 votants non-professionnels. L'autre bonne nouvelle, c'est le nombre de jeunes qui ont répondu à l'appel. Une initiative qui va dans le sens de la démocratisation de la musique classique pour Camille, 29 ans, parisienne et élue parmi les candidats. « Certes, les professionnels sont là pour juger avec leur savoir-faire. Mais dans la musique, il y a quand même un côté instinctif. Cet instinct, tout le monde l'a en soi, d'où la pertinence de faire participer des gens totalement éloignés du milieu »

La jeune femme travaille dans le milieu associatif et se dit fière d'avoir découvert et appris à aimer la musique classique, par elle-même. « Je ne suis pas issue d'une famille de musiciens, ni d'une famille aisée, qui vit à Paris et qui a les moyens d'emmener ses enfants dans les salles de concert, à l'opéra. C'est grâce au conservatoire, où j'ai pratiqué la harpe pendant 10 ans, mais aussi grâce à l'école, aux activités extra-scolaires, etc. que j'ai construit mon amour pour cette musique » précise Camille. 

Si elle ne sait pas encore si elle pourra regarder ou écouter la cérémonie ce vendredi, elle sait qu'elle ira visionner en différé les passages de ses artistes préférés. Camille, Pauline, et tous ceux qui s'intéressent à cette célébration des artistes qui ont animé l'année musicale passée, auront le plaisir de voir et surtout d'écouter Philippe Jarrousky et Anna Netrebko, tous deux récompensés pour leur carrière hors du commun. A noter aussi, la présence de la violoniste Lisa Batiashvili, le Quatuor de saxophones Ellipsos ou encore la pianiste Marie-Josèphe Jude. L’humoriste Alex Vizorek célébrera à sa manière, le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven.

La 27e édition des Victoires de la musique classique, à retrouver vendredi 21 février à 21h. en direct sur France 3 et France Musique. Présentée par Leila Kaddour-Boudadi et Judith Chaine.