Les Victoires de la musique classique, comment ça marche ?

Mis à jour le mardi 02 février 2016 à 09h42

Les Victoires de la musique classique récompensent chaque année les artistes marquants. Qui choisit les nommés, qui vote pour les gagnants ? Explications.

Les Victoires de la musique classique, comment ça marche ?
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C'est dans le 17e arrondissement de Paris que sont installés les bureaux de l'association des Victoires de la musique et dans lesquels sont pilotées les trois cérémonies : celle de la variété, du jazz et celle de la musique classique. Pour rappel, les Victoires de la musique sont nées en 1986 par la volonté de Jack Lang, alors ministre de la Culture. Il trouve que la musique n'est pas assez présente à la télévision et décide donc de créer l'équivalent des Césars pour la musique. A l'époque, tous les styles étaient réunis en une seule cérémonie, ce n'est qu'en 1994 que le classique s'en détachera.

Les Victoires, c'est une organisation qui s'étend sur une année. A l'heure où sont écrites ces lignes, les gagnants des différentes catégories en musique classique sont déjà connus, mais uniquement par deux personnes : un huissier et Gilles Désangles, le directeur des Victoires de la musique. Mais comment sont choisies les artistes nommés et les gagnants ?

L'une des phases les plus importantes de l'organisation, c'est la constitution de ce que les Victoires appelle "l'aide-mémoire". Il s'agit d'un document dans lequel sont recensés tous les projets notables de l'année. "Nous essayons d'être le plus exhaustif possible : un artiste qui a donné un nombre important de concerts, qui a sorti un album ou un DVD. Nous sommes responsables du recensement de tout ce qui s'est fait durant l'année écoulée, de mi-novembre à mi-novembre " explique Gilles Désangles.

Une fois cet "aide-mémoire" bouclé, le document est envoyé aux membres de l'académie. Ils sont au nombre de 300 et sont tous considérés comme professionnels de la musique. Un tiers d'artistes dont des interprètes, des musiciens, des compositeurs, un tiers de professionnels de l'industrie de la musique, des producteurs de spectacle, de disques, et un dernier tiers d'agents d'artistes, de disquaires, de critiques musicaux, de programmateurs radio.

Le vote se passe alors en deux tours. Un premier pour désigner les nommés par catégorie, et un deuxième pour choisir les gagnants. Dès la mi-décembre, l'association des Victoires est donc en mesure de savoir qui sont les lauréats. Un choix qui dépend donc de ceux qui votent mais aussi de ceux qui s'abstienne, exactement comme en politique. Tout est donc fait pour éviter que l'abstentionnisme ne pèse trop dans le vote.

"Nous sollicitons les syndicats de l'industrie musicale pour nous proposer des membres afin d'y intégrer l'académie. Pour éviter cet abstentionnisme, nous leur demandons de ne pas renouveler la participation de ceux qui n'ont pas voté l'année passée ", détaille Gilles Désangles. Un système qui permet de maintenir un taux de participation aux alentours de 80% et qui permet de refléter plus fidèlement la diversité des goûts du monde professionnel.

Conflits d'intérêts ?

Un producteur de disques qui vote pour son nouvel artiste à peine signé, un producteur de spectacles soucieux de décrocher le maximum de dates, ces cas de figure sont fréquents au sein de l'académie et peuvent faire craindre un manque de crédibilité quant aux résultats. Gilles Désangles estime que les Victoires ne sont qu'une "succession de conflits d'intérêts ! Mais nous comptons essentiellement sur l'important nombre de votant pour lisser le résultat et pour qu'il soit plus démocratique ".

Les Victoires sont à la fois un moment de divertissement pour le grand-public mais aussi un moment de récompense à destination des professionnels. Selon les études menées auprès des téléspectateurs, seulement un quart d'entre eux accorde une importance au palmarès. Gilles Désangles rappelle que "le public s'exprime tout le temps, il achète des disques, va au concert, écoute une radio ou une autre, les médias s'expriment eux aussi tout le temps par la biais de la critique. Les professionnels ne s'expriment qu'une seule fois, au moment de la signature de l'artiste. La cérémonie est donc une occasion de plus de s'exprimer. C'est le coeur de notre mission ".

Les professionnels le savent mieux que quiconque, obtenir une récompense, ça sert également à faire parler d'eux, de leurs artistes, des disques, des concerts. Etant l'un des événements classique les plus regardés de france, les Victoires sont un bon moyen d'accroître la popularité d'un musicien. Et même si les disques se vendent de moins en moins ces dernières années, il y a toujours un effet Victoires de la musique.

"L'impact sur les ventes existe toujours, plus en variété qu'en classique d'ailleurs. Mais l'impact est beaucoup plus profond qu'une simple augmentation des ventes. Il se ressent sur les billets de concerts principalement, et surtout sur la carrière, sur la reconnaissance d'un artiste. Pour un programmateur de festival, un prix des Victoires de la musique classique, c'est l'assurance de remplir plus facilement la salle ".

"L'effet Victoires" fonctionne pour ceux qui sont déjà connus du public, mais il est encore plus vital pour ceux qui ne sont qu'à leur tout début de carrière. Une catégorie spéciale a donc été créée rien que pour eux : les Révélations de l'année, soit soliste instrumental, soit artiste lyrique. Pour ce prix, le choix se fait d'une manière différente : un jury de 10 personnes s'exprime sur les 6 candidats sélectionnés par l'académie. Le vote compte pour 50%, l'autre moitié est décidée par les spectateurs, les auditeurs de France Musique par exemple.