Les jeunes et la musique classique : rencontre avec le Youtubeur Guillaume Benoit

Mis à jour le mardi 04 octobre 2016 à 11h47

Certains jeunes intéressés par la musique classique s’investissent à leur échelle pour partager leur passion, leurs découvertes ou leurs savoirs. Nous avons décidé de les rencontrer.

Les jeunes et la musique classique : rencontre avec le Youtubeur Guillaume Benoit
Guillaume Benoit alias Révisons nos classiques sur Youtube réalise des minis biopics de compositeurs ©AurélienLoevenbruck

Guillaume Benoita 25 ans et habite à côté d’Angers. Il est animateur dans une radio locale et occupe son temps libre à réaliser des vidéos qu'il publie sur le web. Quand il débarque à Paris pour l’interview, il profite de l’occasion pour rencontrer des “abonnés”, des internautes qui le suivent sur sa chaîne Youtube Révisons nos classiques . Une chaîne créée il y a plus d’un an, qui cumule déjà 16 000 abonnés et environ 10 000 vues pour chaque vidéo.

Ce n’est pas sa première expérience sur Youtube car il a déjà créé deux autres chaînes, l’une pour mettre en avant les Youtubeurs peu visibles, l’autre sur le jeu vidéo Minecraft. Avec Révisons nos classiques, Guillaume Benoit se lance dans l'univers de la musique classique et dresse le portrait de grands compositeurs avec simplicité, pédagogie et une touche d’humour :

France Musique : Comment s’est monté le projet de cette chaîne Youtube ?

Guillaume Benoit : J’ai toujours eu envie de faire des vidéos sur la musique mais je ne savais pas comment, ni quoi exactement. La seule chose dont j’avais envie c’était de parler de musique classique. L’idée de Révisons nos classiques, m’est venue quand j’en ai eu marre d’entendre les gens dire : « Ah mais c’est la pub de l’assurance » quand j’écoutais du Chostakovitch.
Au début j’étais embêté par la qualité visuelle de mes vidéos : des images qui défilaient sur ma voix. Mais dès le mois de décembre, mon partenaire réalisateur Aurélien est arrivé et tout a changé de visage. De plus en plus de monde est arrivé et ceux qui attendaient la révolution ne l’ont pas regretté.

Aviez-vous des appréhensions avant de vous attaquer à l’univers de la musique classique ?

Ma plus grande appréhension était la peur de raconter des bêtises. Je n’ai pas poussé mes études [Guillaume a arrêté la fac de musicologie au bout de deux ans ndlr] ce qui ne m’empêche pas de me documenter à côté, mais je ne peux pas avoir le savoir d’un professeur qui a 40 ans d’expérience.
J’ai toujours peur aujourd’hui et je le gère mal. Pendant le tournage je suis exécrable. Je me demande à chaque fois si telle information est juste…

Vous avez supprimé une de vos premières vidéos, sur Mozart. Pourquoi ?

Je voulais la sortir vite car Avner, un autre Youtubeur plus connu que moi (il a 450 000 abonnés), venait de publier une vidéo sur Bach. Je me suis dit qu’il ne fallait pas que j’attende : j'avais peur de ne pas pouvoir exister après la sienne (que je trouve excellente), donc je me suis précipité, ce que je regrette. Dans ma vidéo il y avait des erreurs historiques car je n’avais pas assez recoupé mes informations alors j’ai préféré l’enlever.

Dans l’ensemble quels sont les retours sur votre travail ?

Plutôt bons mais c’est évident : les gens qui regardent mes vidéos font la démarche de s’intéresser au classique. Après il y a aussi des personnes qui viennent me cracher dessus parce que je suis jeune et que j’aurais dû parler de telle chose ou mettre cet extrait plutôt qu’un autre... J’ai repéré trois internautes qui font le tour des chaînes Youtube qui parlent de classique et critiquent. Je leur répondais au début mais j’ai abandonné.

Quel public visez-vous ?

Les 18-25 surtout, mais aussi des plus jeunes ou plus âgés, comme mes parents qui ne connaissent pas grand chose en musique classique (je suis le seul musicien de la famille). Tant que j’apprends des choses aux gens, ça me plaît. J’assume complètement le fait de démocratiser la musique classique. Depuis que j’ai repris la musique au lycée j’aime écouter des choses que je ne connais pas et les faire découvrir.

Repris la musique ? Vous avez abandonné ?

J’ai commencé le piano à 4 ans avec un prof particulier et j’ai continué jusqu’à mes 12 ou 13 ans. Je faisais des concours tous les ans, j’avais un bon niveau pour cet âge mais le classique m’a dégoûté... C’est revenu quand j’ai rencontré un professeur de musique au lycée.

Comment s’est passé cette rencontre ?

C’était un peu le professeur du film Whiplash [qui met en scène un prof de musique passionné mais tyrannique avec ses élèves ndlr]. Il faisait peur à tout le monde… Quand je n’avais pas cours j’allais réviser en salle de musique pendant qu'un ami jouait au piano. Un jour pendant une pause je me suis mis au piano… Le prof arrive alors dans la salle et me félicite. Puis il joue une note et me demande ce que c’est. Je réponds juste puis il me demande ce que je fais l’année prochaine. A cette époque j’allais redoubler ma 1ère car je ne faisais rien en cours. Il m’a dit : « Tu prends option musique. Tu chantes ? Non ? Et bien tu viens quand même au choeur ». Le chant a été une révélation, on a chanté le Requiem de Fauré, celui de Mozart, la Passion selon St Matthieu.

Révisons nos classiques Sur le tournage de l'épisode consacré à Mendelssohn ©AurélienLoevenbruck
Révisons nos classiques Sur le tournage de l'épisode consacré à Mendelssohn ©AurélienLoevenbruck

Et vous continuez de chanter… Mais revenons sur votre chaîne Youtube : combien de temps prenez-vous pour réaliser une vidéo ?

Je consacre une ou deux semaines pour me documenter (en plus de mon travail à la radio), puis je prends une nuit pour écrire le script avant la journée de tournage qui dure plus ou moins longtemps… Un jour nous avons tourné pendant 13h, c’était très long. Je suis tombé en mini dépression pendant une semaine, je ne voulais plus parler de cet épisode, il y a avait tellement de pression… C’est devenu mon cauchemar ! Je l’ai vu une fois quand il est sorti mais je ne peux plus le voir.
Une fois que c’est en boîte il y a une semaine de montage, mais c’est Aurélien, le réalisateur, qui s’en charge sinon je n’ai plus de vie !

Aurélien travaille avec vous sur la réalisation et le montage depuis décembre, mais vous faites appel aussi à d’autres personnes ? Sont-ils tous bénévoles ?

Oui, mais je les défraie (de ma poche) car j’y tiens. On avait un comédien sur l’épisode consacré à Debussy, j’ai payé son transport, son sandwich et je lui ai donné une petite participation financière. J’ai payé aussi le générique de l’émission, les animations dans les cadres… Même si toutes ces personnes ne sont pas payés comme ils devraient l’être ou qu’ils ne demandent parfois rien, je veux qu’ils gardent un bon souvenir.

Mais vos vidéos demandent un certain budget, comment vous vous débrouillez ?

Tout sort de ma poche et de celle d’Aurélien qui s’achète son matériel. Je refuse de monétiser mes vidéos sur Youtube. J'ai un travail à côté donc pour le peu de revenus que génèrent les vidéos aujourd'hui, autant ne pas embêter les gens avec des publicités. Et puis les maisons de disques et les orchestre prennent l'argent à ma place avec les droits d'auteurs sur les extraits musicaux que j'utilise... Sinon j’ai une page *Tipeee * [système de don en ligne ndlr] où nos abonnés peuvent nous soutenir financièrement. Ce système nous permet de récolter environ 100 euros par mois, ce qui permet de payer l’essence et le sandwich du midi !

Comment comptez-vous faire évoluer votre chaîne et vos vidéos ?

Je vais bientôt parler d’opéra et j’aimerais réaliser des vidéos plus longues avec davantage de mises en scène, peut-être un petit film sur Mozart ?… J’aimerais aussi tourner à l’étranger, là où les compositeurs ont vécu. Mais dans un premier temps nous allons bouger dans certaines régions comme Honfleur pour une vidéo sur Satie par exemple.
J’aimerais aussi tourner à la Philharmonie ou à l’opéra Bastille mais je me sens encore trop petit pour les aborder… Je n’ai que 16 000 abonnés et n’offre pas une visibilité suffisante. Et puis les gens ne répondent pas trop quand tu n’es pas connu. Le fait d’être un jeune qui se produit sur le web gratuitement, c’est difficile. Tes interlocuteurs s'imaginent dans ta chambre avec une caméra. Il y a des institutions locales qui ne daignent même pas te répondre. Heureusement certaines personnes m'accueillent à bras ouvert, comme un châtelain, qui m’a prêté sa propriété pour tourner, et avec qui j’ai gardé contact.

C’est difficile d’être jeune et d’apprécier la musique classique ?

Quand j’étais petit c’était difficile car je jouais du piano, j’étais un peu l’intello de la classe… Mais j’ai un caractère très tranché, si le courant ne passe pas avec quelqu’un je m’en fiche, même si c’est une personne importante.
Un jour, une animatrice radio spécialisée dans la musique classique m’a dit que j’étais trop jeune pour parler de musique correctement. Je ne suis pas d’accord. Il faut parfois un regard jeune, dépoussiérer ce milieu. Si on continue à animer la musique classique comme on le fait depuis 50 ans je ne donne pas cher de la peau de certains médias. Il faut dynamiser cet univers, avec des vidéos par exemple, et des codes jeunes, un peu d’humour même si pour ma part, j’essaye de ne pas trop en faire et de ne pas céder aux diktats de l’humour sur Youtube.

La playlist de Guillaume Benoit

►La musique qui me réveille :

:
►La musique qui caractérise ma journée :

:
►La musique qui me fait m’évader : :

:
►La musique qui me fait pleurer :

►La musique pour me remonter le moral : :

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