Les jeunes et la musique classique : rencontre avec le fondateur de l’OJIF, Marius Mosser

Certains jeunes intéressés par la musique classique s’investissent à leur échelle pour partager leur passion, leurs découvertes ou leurs savoirs. Nous avons décidé de les rencontrer.

Les jeunes et la musique classique : rencontre avec le fondateur de l’OJIF, Marius Mosser
Marius Mosser

Marius Mosser s’installe dans un café rue de Madrid, à quelques mètres du CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Paris. Un endroit qu’il connaît bien puisque c’est dans l’auditorium du conservatoire qu’il a donné son premier concert avec l’orchestre qu’il a fondé : l’OJIF, pour Orchestre des Jeunes d’Ile-de-France.

A 22 ans, le jeune violoniste ne voulait pas suivre le parcours classique d’un étudiant en conservatoire et a voulu monter rapidement ses propres projets qui ont débouché sur la création d’un orchestre de jeunes musiciens à l’allure d’une formation professionnelle.

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France Musique : Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la musique classique ?

Marius Mosser : Grâce à ma mère, chanteuse de formation qui nous a appris le chant et le piano. Ensuite j’ai voulu commencé le violon à 8 ans, tout en continuant un peu le chant en chorale - j’ai fait partie de la Maîtrise de Radio France pendant 3 ans. Quand j’ai quitté la Maîtrise, j’ai continué le violon en classe à horaires aménagés au CRR (conservatoire à rayonnement régional) de Boulogne. Et j’ai goûté à ma première expérience en orchestre à l’âge de 9 ou 10 ans pendant un stage de musique puis j’ai été catapulté à l’orchestre universitaire Melo'dix de Nanterre au début de mes années collège.

Vous vous êtes retrouvé avec des étudiants alors que vous n’étiez encore qu’au collège ?

Grâce à ma mère qui s’était mise à l’alto. En s’inscrivant dans cet orchestre elle a constaté qu’il manquait des musiciens, donc je suis arrivé pour deux répétitions et un concert. J’ai eu quelques galères mais comme ils étaient tous amateurs l’ambiance était bonne. Quand j’ai réalisé que cette expérience me plaisait vraiment, j’ai continué toute l’année.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette expérience ?

L’ensemble, l’orchestre, donner des concerts, jouer avec des grands. Je ne m’entendais pas trop avec les gens de mon âge à ce moment-là. A l’orchestre, j’étais un peu la mascotte, le tout petit au premier rang des violons 2, c’était drôle.

Et puis j’ai découvert l’orchestre en conservatoire qui fonctionne par session donc sur une courte période : on travaille sur 2 ou 3 semaines, avec beaucoup de répétitions. Cette méthode demande un travail de responsabilisation avec les musiciens qui doivent revenir chaque semaine en ayant travaillé.

Avec l’orchestre universitaire on travaillait en série c’est à dire sur le long terme, un peu chaque semaine. C’était très pédagogique car le chef avait le temps d’expliquer la musique. Jouer avec des amateurs est très différent, notamment au niveau du plaisir car ce sont de vrais passionnés, j’apprécie mieux le contact, et musicalement il se passe quelque chose.

Fort de ces expériences, vous avez voulu créer votre ensemble musical...

Oui, en mai 2014 le CRR de Rueil Malmaison et le conservatoire de Carrière sur Seine (où ma mère dirigeait un choeur avant de prendre la direction de l’institution) cherchaient un petit orchestre pour jouer la * Messe en ut *de Mozart. J’avais un certain nombre de contacts dans le monde de la musique car j’avais commencé en tant que jeune musicien à faire des projets d’ensemble et rencontrer du monde. Pendant 3 ou 4 mois j’ai réussi à rassembler un petit orchestre.

Je n’avais pas la prétention de créer un ensemble mais ça s’est très bien passé. Les musiciens me faisaient des bons retours et il y avait une bonne ambiance. C’est à ce moment que l’on m’a parlé de créer une association. Je venais à peine d’avoir 20 ans, je manquais de temps et trouvais ça compliqué… Puis je me suis dit : si c’est moi qui gère l’ensemble, je peux faire comme je le souhaite… Travailler en séries (répétitions sur des courtes périodes), avec l’ambiance que je veux, et un ensemble sans chef me donnera une certaine liberté. Un an après, en mars 2015, l’association Les musiciens de la boucle était créée.

Et depuis l’association a débouché sur la création de l’OJIF : l’orchestre des jeunes d’Ile-de-France que vous avez fondé avec l’aide de David Molard (chef assistant à l’orchestre de Paris).

Oui, en tant que violoniste et lui tromboniste, nous avons réuni des contacts dans les vents et dans les cordes pour créer un orchestre de jeunes. On a très vite créé une équipe indépendante pour gérer l’administration, la communication, le site, les réseaux sociaux… J’avais une envie précise : une équipe qui ne gère que l’OJIF et pas au niveau de l’association, formée de musiciens pour qu’ils comprennent les dynamiques de la musique classique.

Quel est votre rôle dans l’OJIF ?

Je m’occupe des coulisses, du montage du projet, de la réflexion sur comment s’organiser, gérer l’équipe et les personnes. Je crée beaucoup avec David Molard, le directeur musical, investi à 100% mais j’aime imaginer des choses, voir si elles sont viables, les mettre en oeuvre, voir ce qui est possible. J’ai une équipe qui fait un très bon travail, ils ont tous plein d’idées et je suis en permanence en contact avec eux. J’ai le plaisir, le luxe et la contrainte de tout faire avec les autres. Je répartis les tâches, c’est un rôle de modérateur très intéressant.

Ce rôle vous plaît ?

Oui, j’aime gérer les répétitions, imaginer et mettre en oeuvre des projets, être la personne qui décide. Mon expérience de jeune musicien m’aide à comprendre quand ça ne marche pas. Et ce projet permet de donner aux jeunes un accès à une organisation professionnelle, des répétitions sur peu de temps, et un travail personnel important. Il faut une très bonne organisation et là-dessus, les musiciens sont les pires critiques, s’il y a une seule chose qui cloche, tout est fichu. Les musiciens sont la première barrière et le premier public à conquérir.

En parlant de public… Avez-vous les mêmes objectifs que l’ONDIF (orchestre national d’Ile-de-France) ?

Oui, nous sommes dans la même démarche : donner des concerts en Ile-de-France, pas forcément dans la petite couronne. Ce que je voulais aussi, c’est aller chercher le public en dehors de Paris. Nous voulons toucher ces personnes qui ne vont qu’une ou deux fois par an au concert et leur montrer un orchestre de jeunes pros avec un bon niveau pour leur donner envie d’écouter de la musique classique.

Donc il y a une volonté de rendre la musique classique plus accessible ?

Oui, nous envisageons peut-être de développer des projets pédagogiques. Ces derniers sont très importants, par exemple encadrer des jeunes musiciens au conservatoire est une expérience géniale. Et ce principe fonctionne à notre échelle : les musiciens venus de l’Orchestre de Paris pour jouer avec nous s’investissent à 100% pour l’OJIF. Ils sont tous venus transmettre leur expérience et malgré la différence de niveau, ils sont animés de la même passion et ont adoré travailler avec nous. Ils étaient surpris du niveau et de l’organisation. C’est très motivant.

Nous sommes une génération qui a envie de prendre des responsabilités très vite. Donner cette opportunité aux musiciens, c’est leur dire : on vous prend pour des professionnels. D’un côté nous sommes encore étudiants, les concours pour entrer en orchestre sont encore un peu loin, et en même temps nous voulons une bonne formation. L’orchestre du conservatoire, c’est bien, mais le système n’est pas adapté au monde professionnel. Parfois les répétitions durent deux ou trois semaines pour des programmes difficiles or on y pourrait passer moins de temps si les musiciens travaillaient leur partition. Il y avait un créneau, l’OJIF l’a pris.

Pourquoi ce décalage entre le conservatoire et le monde professionnel ?

Une institution comme un conservatoire importe un projet aux élèves. Nous ne pouvons rien imposer, ce sont des volontaires motivés. La motivation vient aussi des encadrants qui mettent un peu de pression. Donc les musiciens de l’OJIF travaillent leur partition en avance et se reconnaissent dans le projet car je suis jeune, comme eux. Comme tout est nouveau, nous avons encore du mal à l’expliquer mais il y avait un gouffre dans la vie des musiciens entre la sortie du conservatoire et le jour où ils tentent un concours pour entrer dans un orchestre. Il faut être musicien d’orchestre pour comprendre que l’OJIF était un besoin vital.

La playlist de Marius Mosser

►La musique qui me réveille :

*►La musique qui caractérise ma journée *

►La musique pour m'évader :

*►La musique qui me fait pleurer : *

►La musique pour me remonter le moral

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