Les finances des huit plus grands festivals d’opéra européens passées au crible

Une étude comparative explore les modèles économiques des festivals d’art lyrique majeurs en Europe. De Salzbourg à Aix-en-Provence, en passant par Bayreuth, Glyndebourne et Orange, les financements révèlent de grandes disparités.

Les finances des huit plus grands festivals d’opéra européens passées au crible
Une représentation publique lors du Festival de Salzbourg, © AFP / Barbara Gindl / APA

Si ces festivals mettent tous un point d’honneur à défendre la richesse de l’art lyrique en Europe, leurs modes de fonctionnement sont, eux, très différents. Importance budgétaire, fréquentation, subventions publiques et prix des places, 8 festivals parmi les plus importants du vieux continent sont passés en revue dans une étude comparative relayée par le site spécialisé Revopera.com.

Il y a tout d'abord le mastodonte : le Festival de Salzbourg qui, avec un budget de 62 millions d’euros en 2016, prend largement la tête du classement. En un peu plus d’un mois, le festival autrichien bénéficie d’un budget équivalent à peu près au tiers de celui de l’Opéra de Paris pour une saison complète. Paradoxalement, le Festival de Salzbourg n’est pas celui qui attire le plus de spectateurs. La première place en revient aux Arènes de Vérone avec 370 000 spectateurs en 2016, contre 260 000 pour Salzbourg la même année.

Un chiffre à relativiser par les différences importantes des jauges des festivals. Par exemple, les Arènes de Vérone peuvent accueillir chaque soir jusqu’à 14 000 spectateurs. Le festival d’Aix-en-Provence, 5e budget le plus important, a attiré 40 000 spectateurs en 2016. Un chiffre qui s’explique par la petitesse de la jauge de la manifestation aixoise (environ 2 300 places dans les différents lieux), compensée par un nombre plus important de représentations qu’aux Chorégies d’Orange qui bénéficie d’une jauge plus importante (8 350 places) mais de moins de dates.

Des festivals qui reposent principalement sur l’autofinancement

Contrairement aux maisons d’opéra françaises dont les budgets reposent en grande partie sur les finances publiques, les festivals européens se démarquent par une part importante d’autofinancement. La palme revient au festival britannique de Glyndebourne dont 94% de son budget provient de la billetterie et du mécénat. Suivent les Chorégies d’Orange à hauteur de 85% puis le festival finlandais de Savonlinna avec 82%. Des modèles qui ont su trouver d’autres ressources pour se maintenir ou se développer mais qui se retrouvent fragilisés car très dépendants de la fréquentation. A ce sujet, on peut rappeler la situation des Chorégies d’Orange qui a dû appeler l’Etat à la rescousse pour sauver ses finances cet été. Le festival avait connu une année 2013 compliquée et n’arrivait plus à convaincre les banques de lui prêter de l’argent.

Il y a évidemment une corrélation importante entre le taux d’autofinancement et le prix des billets. Plus le budget repose sur les recettes de billetterie, plus leur prix augmente. Glyndebourne, Orange ou Salzbourg sont les festivals les plus chers. Seule anomalie, le festival de Bayreuth qui, malgré une importante part de subventions publiques, pratique les prix les plus élevés d’Europe avec une moyenne de 218 euros par billet. Le moins cher est celui qui reçoit le plus de subventions, le Rossini Opera, Festival de Pesaro avec un ticket moyen à 57 euros.

Dans ce domaine, le cas du festival d’Aix-en-Provence semble être l’un des plus stables. Son taux d’autofinancement plutôt faible (64%) et une part importante d’argent public font de la manifestation l’une des plus solides pour faire face aux fluctuations de la fréquentation. Le festival d’Aix a également su tirer son épingle du jeu en allant trouver d’importantes ressources annexes grâce au mécénat (6 millions d’euros), au développement d'un modèle de coproductions avec d’autres festivals et de l'importance des ventes des diffusions audiovisuelles des spectacles. Une stratégie payante qui contribue à hauteur de 21% de son budget global.