Le concours des enseignants des conservatoires aura bien lieu début 2018 !

Les dates du prochain concours de la fonction publique destiné aux enseignants de musique, de danse et de théâtre des conservatoires ont été annoncées fin juin. Bonne nouvelle, certes, mais le retard de six ans risque d'avoir de nombreuses conséquences sur une profession déjà précaire. Décryptage.

Le concours des enseignants des conservatoires aura bien lieu début 2018 !
MARTIN BUREAU, © AFP / AFP Creative

L’affaire a tout d’un feuilleton : fin juin, les dates du prochain concours d’accès à la fonction publique pour les Assistants territoriaux d'enseignement artistique (ATEA) ont été rendues publiques par le Centre Interdépartemental de la Gestion. Tant attendu et plusieurs fois reporté – la dernière annulation a eu lieu en janvier 2017 - ce concours est le sésame qui permet aux enseignants de musique au conservatoire, employés par leur municipalité en tant que contractuels, d’accéder enfin à la titularisation et de sortir de la précarité. Selon le calendrier, les dates des premières épreuves sont fixées au 8 février 2018, et les inscriptions s’ouvrent dès le 31 octobre prochain.

Si cette annonce reste une bonne nouvelle pour tous les candidats qui sont dans l’attente depuis la dernière édition du concours tenue en 2011, le retard accumulé pose problème à plusieurs niveaux. Décryptage.

Qui sont les assistants territoriaux d'enseignement artistique (ATEA) ?

Les assistants territoriaux d'enseignement artistique sont des enseignants détenteurs du Diplôme d’État (DE) ou du Diplôme de musicien intervenant (DUMI) qui ont réussi le concours de la fonction publique territoriale leur permettant d’être inscrits sur la liste d'aptitude. Tant qu'ils n'ont pas passé ce concours , ces enseignants sont employés par leur collectivité en tant que contractuels, dans une situation précaire et sans possibilité d'évolution. Selon les témoignages que nous avons recueillis en interrogeant différents profils d'enseignants, une dizaine d'années s'écoule avant qu'un enseignant de conservatoire accède enfin à la titularisation. Les abus sont nombreux et dans l’attente des concours, le nombre des contrats à durée déterminée dépasse dans de nombreux cas de figure les deux années de CDD autorisées par la loi. « Dans le contexte actuel de restriction budgétaires, certaines municipalités en profitent. Un contractuel coûte moins cher et il est facilement remplaçable », explique Nicolas Stroesser, directeur du Conservatoire de Metz métropole.

Pourquoi parle-t-on de la précarisation grandissante de la profession ?

En moyenne, les concours de la fonction publique pour les autres filières sont annuels ou bisannuels. Or, dans le cas des enseignants au conservatoire, aucun concours d’accès à la fonction publique territoriale n’a été organisé par les Centres de gestion depuis 2011. Ce retard a pour conséquence la saturation du marché du travail des enseignants contractuels 'titularisables' - c'est à dire en attente de passer le concours, puisque tous les ans les dix centres de formation des enseignants artistiques (Pôles supérieurs et CEFEDEM) délivrent le diplôme à une moyenne de 25 étudiants . « Si on multiplie ce chiffre par sept - le nombre d'années écoulées depuis le dernier concours, et qu'on y rajoute les contractuels qui ont été recalés au concours de 2011, nous estimons que le nombre de candidats pourrait atteindre 3000, s'inquiète Corynne Aimé de la SNAM-CGT. La situation de l’emploi est catastrophique dans plusieurs départements –comme dans le Nord ou le Bas Rhin, par exemple, ou il y a très peu de titulaires et les places sont de plus en plus chères », ajoute-t-elle.

Pourquoi tant de retard à organiser le concours ?

En 2012, une réforme statutaire du cadre d'emplois des assistants territoriaux d'enseignement artistique a été lancée, visant à harmoniser différentes filières au sein de la fonction publique territoriale. Cette réforme a été suivie de deux décrets organisant les concours et les examens professionnels pour l’accès à ce nouveau cadre d’emploi des ATEA. Mais vu certaines spécificités de la filière artistique, ces texte n'étaient pas transposables :

« C’est à ce moment qu’ont été constatés certaines erreurs et contradictions rendant indispensable la révision d’un des décrets de 2012, révision qui n’a pu aboutir avant avril 2017, laissant ainsi des générations de jeunes diplômes d’État dans l’impossibilité d’accéder à la fonction publique territoriale de façon statutaire (agents titulaires) et enchaînant les CDD , » a précisé Nicolas Stroesser.

Quelles en seront les conséquences ?

La première conséquence directe sera le nombre de candidats potentiels au concours : beaucoup trop important pour le nombre de postes disponibles, et donc beaucoup de candidats risquent d’être recalés et de se retrouver sur le marché de travail. Mais de combien de postes vacants parle-t-on ? Difficile à dire, selon Nicolas Stroesser.

« Il y a un risque de sous-estimation du nombre de postes recensées par les centres de gestion dans la mesure où les collectivités refusent parfois de jouer la transparence et de déclarer tous les postes vacants. » Pour l'instant, il est impossible de donner une estimation précise, selon Corynne Aimée. « Si le nombre de postes déclarés par les collectivités aux centres de gestion n’est pas le double des postes déclarés en 2011, nous saurons qu’il y a un vrai problème . » D'autant plus qu'au-delà de la titularisation, c'est la diversité même des disciplines enseignées qui est menacée:

« Les collectivités peuvent décider de fermer les postes à petit quota d’heures par mesures d’économie. Nous nous retrouverons dans la situation d'il y a trente ans, avec un enseignement réduit à trois instruments les plus populaires - le piano, la guitare et le violon, » rajoute Coryne Aimée.

Une affaire à suivre de près, avec comme prochaine étape, la parution des arrêtés qui détermineront les centres de gestion organisateurs et le nombre de postes ouverts selon les disciplines, probablement au cours de l'été.