Les danseurs de l'Opéra de Paris mobilisés contre la réforme des retraites

Jeudi 12 décembre 2019, les danseurs de l’Opéra de Paris étaient à nouveau dans la rue pour faire part de leur inquiétude face à la suppression de leur régime spécial de retraite.

Les danseurs de l'Opéra de Paris mobilisés contre la réforme des retraites
Les danseurs et danseuses de l'Opéra de Paris se mobilisent pour sauvegarder leur régime spécial, © Getty / Martin Roedl / EyEm

« Tu cotises et c’est grillé ». Le jeudi 12 décembre, les danseurs de l’Opéra de Paris ont manifesté à nouveau contre la réforme des retraites. Ils avaient cette fois avec eux le cochon que l’on retrouve dans la mise en scène du Prince Igor à Bastille, un faux cochon en train de rôtir à la broche. 

L'Opéra et la Comédie-Française sont les seules institutions culturelles concernées par la réforme du gouvernement. Autrement plus confidentiel que celui de la RATP ou de la SNCF, le régime spécial de l'Opéra est l'un des plus anciens de France, puisqu'il date de 1698, sous Louis XIV.

Ce n'est pas la première fois que le Ballet de l'Opéra, l'un des plus prestigieux au monde, est en grève, mais il est rare de le voir battre le pavé. Il était déjà dans la rue le 5 décembre dernier. « En 20 ans dans cette maison, c'est la première fois que je vois des danseurs dans la rue », affirme à l'AFPAlexandre Carniato, danseur et élu à la Caisse des retraites de l'Opéra. Sur les 154 danseurs du Ballet, « on était 120 à manifester, du corps de ballet aux étoiles » le 5 décembre, explique ce quadrille (dernier échelon dans la hiérarchie de la compagnie).

Retraite à 42 ans

A 41 ans, il lui reste un an avant de tirer sa révérence, en raison d'une disposition singulière : la retraite à 42 ans. Elle tient compte de la pénibilité du métier, avec le risque de blessures et l'interruption prématurée de carrière et du fait que la majorité peut difficilement continuer à danser les grands ballets au-delà de cet âge avec le même niveau d'excellence.

« Le Ballet de l'Opéra de Paris est le seul employeur de France à former ses futurs salariés dès l'âge de 8 ans (...) les accidents de travail sont parmi les plus élevés de France », a tweeté Adrien Couvez, danseur de la compagnie. À partir du moment où « on est embauché à 16 ans à l'Opéra, on fait une journée de 09H00 à 23H30... Plus on avance dans l'âge, plus on craint de ne pas aller au bout. A 40 ans, certains ont des hanches en titane », observe Alexandre Carniato.

Une fois leur caisse spéciale supprimée, les danseurs craignent de voir leur pension disparaître. « La plus grande contrainte est de retrouver un emploi » à 42 ans, selon Alexandre Carniato. « Ma pension de 1.067 euros me permettra de rebondir si je la cumule par exemple à un poste dans une école municipale où le salaire standard est de 1.200 euros », souligne celui qui a rencontré le ministre de la Culture Franck Riester et le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye.

Une situation différente pour les ballets régionaux 

Les danseurs défendent un régime qui fait des envieux dans les ballets régionaux comme Bordeaux ou Toulouse. « Les danseurs de l'Opéra de Paris sont les seuls et uniques en France avec cette retraite privilégiée de 42 ans ! Tous les autres danseurs sont la plupart du temps en CDD avec rien au bout ! », a tweeté Marc Ribaud, directeur de la danse du ballet de l'Opéra de Nice.

« J'estime qu'ils doivent être comme nous et pas le contraire », estime Alexandre Carniato. « Si on veut que la troupe garde cette aura dans le monde, il faut que cette pension reste. Sinon les meilleurs danseurs partiront à l'étranger où ils seront trois fois mieux rémunérés ».

« Ce n’est pas parce qu’on travaille dans un palais (Garnier) qu’on vit une vie de château », avait témoigné le danseur étoile Germain Louvet auprès du journal Regards.

L'Opéra est une vitrine culturelle de la France et l'Etat contribue à la moitié du financement de sa caisse de retraite (14 millions d'euros par an).  En plus des danseurs, plusieurs autres métiers de l'Opéra comme les machinistes et les musiciens sont en grève. Premier théâtre national de France, La Comédie-Française a aussi sa propre caisse de retraite (347 cotisants contre 1.900 de l'Opéra). Dans la « Maison de Molière », les grévistes sont surtout les techniciens du plateau dont le métier est également jugé pénible.