Guillaume Sutre, artisan de la renaissance du Concours Long-Thibaud-Crespin

Le Concours Long Thibaud Crespin renaît cette année après deux ans d’interruption. Son édition 2018 sera consacrée au violon. Guillaume Sutre, violoniste et ancien membre du Trio Wanderer puis du Quatuor Ysaÿe, s’est rendu dans 10 pays différents afin de présélectionner les candidats. Rencontre.

Guillaume Sutre, artisan de la renaissance du Concours Long-Thibaud-Crespin
Le violoniste Guillaume Sutre est membre du jury de l'édition 2018 du Concours Long-Thibaud-Crespin, © Concours Long-Thibaud-Crespin

C’est une institution vieille de 75 ans qui a failli disparaître. Suite à l’annulation de l’édition 2017 qui devait être consacrée au chant lyrique, il y avait de quoi être inquiet pour l’avenir du Concours Long-Thibaud-Crespin. D’abord repoussée de 2016 à 2017, la compétition 2017 avait finalement été annulée par la direction du concours. A l'époque, le concours avait souhaité prendre du temps pour moderniser et refonder l'événement. 

Le temps pris semble avoir été bénéfique puisque le Concours Long-Thibaud revient dès cette année avec une édition consacrée au violon, sous la direction artistique de Renaud Capuçon qui assure également la présidence du jury. Et c’est le violoniste Guillaume Sutre qui préside le jury de présélection, lui qui a fondé le Trio Wanderer avant d’occuper la place de premier violon du Quatuor Ysaÿe pendant 20 ans, a travaillé de concert avec Renaud Capuçon sur la conception du programme de la compétition. 

« La vision du concours telle que la pense Renaud Capuçon m’a tout de suite plu. La compétition est entièrement tournée vers la musique » explique Guillaume Sutre. Du 3 mai au 6 juin, il a sillonné la planète pour sélectionner les 49 candidats qui s’affronteront pendant les épreuves finales à Paris, dès le 2 novembre. 10 capitales du monde en un mois, de Londres à Berlin, de Moscou à Pékin ou encore de Tokyo à New York. 

« C’est extrêmement enrichissant et cela permet de faire de multiples découvertes. Etant également membre du jury des épreuves finales, j’ai hâte de réécouter certains candidats dans un programme complet. Ce sera drastique. De 49 candidats, ils ne seront plus que 12 à l’issue du premier tour » s’enthousiasme Guillaume Sutre. Le violoniste reconnaît la pression générée par ce tour de présélection : « La difficulté est de sentir le potentiel des candidats. Certains peuvent se révéler très bons lors de ce premier tour mais s’effondrer totalement en phase éliminatoire. »

Néanmoins, le mode d’organisation des présélections du Concours Long-Thibaud permet d’éviter au maximum ce genre de déconvenues. En effet, il est l’un des seuls au monde à procéder au recrutement des candidats à partir d'une prestation musicale en direct. Habituellement, les concours présélectionnent d’après un enregistrement sur disque. « Le fait que ce soit le même jury qui se soit déplacé partout dans le monde est également inhabituel. Cela permet d’avoir une vraie homogénéité du niveau et des profils des candidats », explique Guillaume Sutre.

10 pays, autant de profils différents 

Certains pays connaissent une surreprésentation de candidats, c’est le cas du Japon (17 candidats). « Il y a une longue histoire d’amour entre le Japon et le Concours. Il est perçu comme le plus prestigieux du monde pour le violon. Et le niveau des violonistes nippons est absolument dingue. C’est également le cas en Corée du Sud (4 candidats, ndlr) mais le concours est peu connu dans ce pays. La Chine fait une percée intéressante (3 candidats, ndlr) mais c’est encore un pays très jeune pour ce qui est de la pratique à haut niveau généralisée » explique le président du jury des présélections. 

La France se trouve à la deuxième place du nombre de candidats, avec 9 violonistes présélectionnés. Guillaume Sutre nie tout favoritisme mais avoue que cela lui fait « énormément plaisir ». Le président des présélections se disait même « inquiet de savoir s'il allait réussir à trouver des violonistes français au niveau ». Il a en effet vécu pendant 10 ans aux Etats-Unis où il enseignait le violon et était directeur de la musique de chambre à l’Université de Los Angeles en Californie. « J’avais un peu perdu le contact avec la France mais je suis très rassuré par le niveau. Il est d’ailleurs possible que je me sois montré inconsciemment plus dur avec les candidats français » reconnaît Guillaume Sutre.

Selon lui, le Concours a pu pâtir d’une image négative à l’étranger, semblant être destiné aux « bêtes de technique ». Mais le programme concocté par lui-même et Renaud Capuçon a visiblement permis à plusieurs jeunes violonistes et leurs professeurs de changer d’avis. Pour Guillaume Sutre, un concours n’est pas une simple course à la performance. « Ce qui compte le plus, c’est le contact avec le jury. Il faut voir cela comme un cours ultra condensé. Les quelques mots que les membres du jury peuvent prononcer à l’issue de votre prestation résonnent en vous longtemps et changent votre vision des choses pour la vie ». 

Mais le violoniste insiste pour rappeler que le fait de remporter un concours n’est que  « le début d’une vie de musicien. La route est encore longue. Le concours permet un passage de flambeaux entre générations. C’est au jury de les encourager, de leur apporter beaucoup sur le plan pédagogique ». Guillaume Sutre explique avoir pris des notes pour chacun des candidats et fera un retour par écrit à qui le veut. Au total, 107 violonistes âgés de 18 à 30 ans ont candidaté. Le 1er Prix, s’il est décerné, sera remis le samedi 10 novembre 2018 à l’Auditorium de la Maison de la Radio.