Les Chorégies d'Orange broient du noir

Plus vieux festival d'opéra de France et surtout l'un des plus populaires, les Chorégies d'Orange pourraient mettre la clé sous la porte. Déficitaire depuis plusieurs années, la manifestation n'est pas parvenue à contracter un prêt auprès des banques. Le directeur en appelle aux pouvoirs publics.

Les Chorégies d'Orange broient du noir
Le théâtre antique d'Orange, lieu d'accueil des Chorégies, © AFP / Gérard Julien

L'avenir semble très sombre pour les Chorégies d'Orange. Si le festival d'art lyrique connaît une hausse significative de sa fréquentation (de 22 à 25% selon le directeur Jean-Louis Grinda), sa situation financière est des plus inquiétantes. Les Chorégies d'Orange doivent faire face à un déficit de 1,5 million d'euros et n'ont pas encore trouvé de solutions pour le combler. Interrogé par l'AFP, Jean-Louis Grinda, indique avoir reçu ce mardi 1er août au matin un « refus définitif de la Société Générale pour un prêt à court terme de 6 mois ». Le directeur, en poste depuis 2016, ajoute que les banques refusent également d'accorder un prêt à moyen terme pour combler le déficit.

Fragilisées depuis plusieurs années, les Chorégies d'Orange sont autofinancées à hauteur de 80%, cas peu commun pour un festival de musique classique en France. A titre de comparaison, le festival international d'art lyrique d'Aix-en-Provence touche 8,5 millions d'euros de subventions publiques contre 900 000 pour Orange. Le festival ne s'est jamais tout à fait remis de l'année 2013 où il a dû faire face à une production du Vaisseau Fantôme de Wagner qui n'a pas trouvé son public, puis à l'annulation d'un récital de Roberto Alagna qui a sérieusement plombé les comptes.

Toujours à l'AFP, Jean-Louis Grinda explique que le problème n'est pas seulement conjoncturel, car sur le fond, le festival n'est pas suffisamment doté. « Pour couvrir les frais fixes, c'est-à-dire mettre le théâtre en ordre de marche avant même de payer le moindre chanteur ou musicien, il faudrait 400 000 euros de plus. Cela représente 100 000 euros par tutelle (Etat, ville, département, région). L'Etat (330 000 euros) et la Région (250 000 euros) ont certes accru légèrement leur subvention, respectivement de 40 000 et 50 000 euros, mais c'est insuffisant. La prochaine saison est suspendue à une décision rapide des tutelles » conclut le directeur des Chorégies.

Contacté par téléphone, Jean-Louis Grinda a indiqué vouloir attendre le conseil d'administration des Chorégies qui doit se tenir ce mercredi 2 août dans l'après-midi avant de répondre à nos questions. Malgré les efforts tarifaires entrepris par le festival (hausse des places en catégorie carré or, baisse de 20% sur les catégories plus modestes), la situation financière demeure trop incertaine pour que les banques acceptent de prêter de l'argent. A tel point qu'un emprunt garanti à 80% par l'Etat, la région PACA, le département du Vaucluse, la ville d'Orange et l'Ifcic (la banque de la culture) a été refusé, nous apprend le quotidien Les Echos.

Jean-Louis Grinda a prévu de renouveler la programmation qui avait tendance à s’essouffler ces dernières années. Si l'édition 2018 a bien lieu, les Chorégies d'Orange devraient faire revenir la danse dans le cadre somptueux du théâtre antique avec le Béjart Ballet Lausanne. Côté opéra, le festival proposera Mefistofele de Arrigo Boito, créé en 1868 à la Scala de Milan, ainsi que le très populaire Barbier de Séville de Rossini, jamais donné à Orange.