Le Sénat donne son feu vert au Centre national de la musique

Après l’Assemblée nationale, le Sénat vient de donner son feu vert à la création d’un Centre national de la musique. Ce projet, qui fait figure de serpent de mer depuis plusieurs années, verra le jour début 2020. Il aura la vocation de devenir la « maison commune » pour la musique.

Le Sénat donne son feu vert au Centre national de la musique
Le projet porté par Franck Riester verra le jour le 1er janvier 2020, © AFP / Kenzo Tribouillard

Cette fois, c’est sûr : le Centre national de la musique verra bien le jour. Les parlementaires des deux Chambres ont adopté à l’unanimité le projet de création de cet établissement public. De son côté, le ministère de la Culture planche encore sur les activités et la gouvernance de la structure, qui devrait naître le 1er janvier 2020.

Équivalent pour la musique du CNC (Centre national du cinéma), le CNM réunira le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), le Fonds pour la création musicale (FCM) et le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (IRMA). Le Bureau export et le Club action des labels et des disquaires indépendants français (CALIF) pourraient eux aussi rejoindre la structure du nouveau CNM.

Un budget étudié de près

Mais avec quel argent ce centre va-t-il fonctionner ? En réunissant cinq établissements déjà existants et leurs budgets, le gouvernement prévoit de créer un pot commun de 50 millions d’euros. Auxquels on peut ajouter 8 millions alloués aux organes de gestion collective, comme la Sacem. Mais à l’heure du vote, les parlementaires ne sont pas dupes. Ils savent que des financements supplémentaires seront nécessaires. Selon les députés Émilie Cariou et Pascal Bois, porteurs du projet depuis 2018, il faudra ajouter 20 millions d’euros pour renforcer la structuration de la filière, promouvoir les créations à l’international ou encore pour favoriser le spectacle vivant et l’innovation musicale.

Le ministre de la Culture, Franck Riester, assure que la somme sera réunie d’ici trois ans. La taxe GAFAM sur les géants du numérique ou des ressources complémentaires du ministère devraient aider le locataire de la rue de Valois à tenir sa promesse, d’après le quotidien Les Échos. Depuis son arrivée en poste, en octobre 2018, Franck Riester a semblé vouloir mettre un coup d’accélérateur à ce projet, que le sénateur LR (également rapporteur) Jean-Raymond Hugonet n’hésite pas à qualifier de véritable « Arlésienne » de la politique culturelle de ces dernières années. 

Dans les esprits depuis 10 ans

En effet, ce Centre est d’abord évoqué sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2011, au plus fort de la crise du disque, qui a fortement fragilisé le secteur. Il est ensuite abandonné en 2012 par les gouvernements de François Hollande. En mai 2018, à l'occasion du Printemps de Bourges, l'ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen avait annoncé qu'un Centre national de la musique serait créé, conformément à la promesse de campagne d’Emmanuel Macron. 

Et il est temps, d’après les professionnels de la musique, lassés d’attendre, depuis près de dix ans. Encore secoués par l’essor des plateformes de streaming - pour la quasi-totalité étrangères - les artistes et producteurs seuls disent ne pas faire le poids face à la concurrence internationale féroce. L’entité constituée par le CNM pourrait donc jouer des coudes et s’imposer au niveau des groupes anglo-saxons déjà installés. 

Le dernier art vivant sans Centre national

Avec sa centaine de salariés, le Centre national de la musique sera donc, d’après le gouvernement, à la hauteur des enjeux du milieu culturel. « La musique est la première pratique culturelle des Français, c’est l’art démocratique par excellence », a rappelé Franck Riester, ajoutant qu’il s’agit là de la « deuxième industrie culturelle » avec un poids économique de 8,7 milliards d’euros, représentant par ailleurs quelque 240 000 emplois. Pourtant, la musique demeure une filière morcelée. Contrairement au cinéma, par exemple, la musique française n’a pas su défendre ses intérêts collectifs. Elle est à ce jour le dernier art vivant sans Centre national. Une situation qui va enfin changer dès le début de l’année prochaine.