Le saxophoniste américain Hal Singer s’est éteint

Il avait soufflé ses 100 bougies en octobre dernier. Légende du jazz américain, Hal Singer avait côtoyé Ray Charles, Billie Holiday, et de nombreuses autres figures de la musique de son temps.

Le saxophoniste américain Hal Singer s’est éteint
Le saxophoniste Hal Singer, ici en 1950, a enregistré une centaine d'albums en plus de 60 ans de carrière., © Getty / Gilles Petard

Harold Joseph Singer, de son vrai nom, était né à Tulsa, aux États-Unis, le 8 octobre 1919. Dans cette ville de l’Oklahoma, Hal Singer échappe au massacre de 1921, lorsque des membres de la communauté blanche avaient pris pour cible entreprises et foyers afro-américains. Les attaques avaient fait 45 morts. Un souvenir qui a longtemps hanté l’artiste.

C’est dans ce climat de tension que le jeune enfant se tourne vers la musique. À 4 ans, ses proches le poussent vers le violon. Mais l’instrument n’a pas la côte, encore moins dans l’Amérique noire des années 1930. « Dans les groupes, il n'y avait pas de place pour le violon. C'était d'ailleurs plutôt réservé aux filles. Moi, mes amis jouaient tous d'un instrument à vent. C'est au lycée qu'un professeur m'a donné ma première clarinette », témoignait-il au journal Le Parisien, en 2013.

Alex Dutilh rendra hommage à l'artiste lundi 24 août dans l'émission Open Jazz.

L’ascension jusqu’à la gloire

Il enchaîne ensuite les représentations avec l’orchestre de son lycée. Mais à l’époque, il est loin d’imaginer que la musique sera son métier, toute sa vie. « Ce n'était pas une volonté, cela s'est fait naturellement », poursuivait-il. A force de se faire remarquer par son talent, Hal Singer est finalement engagé par Ernie Fields, un jazzman alors très en vogue. Avec lui, le jeune saxophoniste part pour une tournée dans le Sud du pays, avant d’être licencié au début des années 1940.

C’est pourtant à ce moment-là que la carrière d’Hal Singer démarre réellement. Un problème cardiaque, qui aurait pu lui coûter la vie à chaque instant d’après son médecin, lui permet d’éviter la guerre. Le saxophoniste en profite pour rejoindre New-York, où il écume, tous les soirs, les scènes des clubs de la 52e rue. À ses côtés, les plus grands : Don Byas, Roy Eldridge, Red Allen ou encore Billie Holiday. « C'est là qu'il fallait absolument aller quand on était musicien de jazz. Tout le monde grandissait là-bas », expliquait-il. Mais l’histoire n’en est qu’à ses prémices.

Repéré par les plus grands

En 1948, Duke Ellington le rencontre. Hal Singer a alors 29 ans, vingt de moins qu’Ellington. Le légendaire pianiste a senti le potentiel du saxophoniste et décide de l’enrôler dans son orchestre. Les tournées, les enregistrements et les succès s’enchaînent. Un de ces enregistrements marquera à jamais Hal Singer. Celui de Cornbread, composé en quelques minutes, sur demande d’un producteur qui souhaitait « quelque chose de simple, d’intuitif ». Le morceau restera quatre mois au sommet des hit-parades. 

Après avoir écumé les salles de concerts américaines, en compagnie des plus grands comme Ray Charles, ses tournées internationales l'amènent en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Mais c’est finalement à Paris que l’artiste finira par poser ses valises. Il s’installe avec Arlette, la future mère de ses deux filles, rencontrée lors d’un remplacement dans la capitale française en 1965.

L’épilogue en banlieue parisienne

Le saxophoniste poursuit sa carrière et les tournées, jusqu’à ce qu’un glaucome le rende totalement aveugle et le contraigne à lâcher l’instrument. En 2013, la ville de Chatou, dans les Yvelines, où il réside, lui fait l’honneur d’inaugurer un conservatoire à son nom. Pour l’occasion, Hal Singer n’hésite pas à ressortir le saxophone, heureux de retrouver du public pour un instant.

Très affaibli ces dernières années, le musicien avait fêté ses 100 ans en octobre 2019. Il a finalement rendu son dernier souffle ce mardi 18 août. « Il attendait depuis longtemps de partir. On a simplement laissé la vie faire son œuvre », raconte sa veuve, Arlette. Parti après tous ses anciens partenaires de scène et amis, de Ray Charles à Duke Ellington en passant par Dexter Gordon et Coleman Hawkins, Hal Singer laisse derrière lui une immense carrière et de très grands morceaux de jazz.