Le rôle du chef d'orchestre à travers l'histoire

Le chef d'orchestre n'a pas toujours été cette figure charismatique telle que nous la connaissons aujourd'hui. A l'occasion du Concours de chefs d'orchestre Evgeny Svetlanov, découvrez l'évolution de la figure du maestro.

Le rôle du chef d'orchestre à travers l'histoire
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Les origines de la direction remontent à l’Antiquité. Dans la Grèce antique, les chœurs sont guidés par l’un des chanteurs qui indique l’interprétation de la mélodie en dirigeant avec sa main. Au Moyen-Âge, le chef de chœur se munit d’un bâton de la main gauche et marque le temps de la droite. Assez rapidement, c’est grâce à ce même bâton que sera battue la mesure, pour la rendre plus claire. Au fil du temps, le parchemin roulé ou la canne sont également utilisés.

A la fin de la Renaissance, le chef dirige depuis le clavecin avec la partie de basse continue. Une méthode que l’on retrouve à l’opéra où généralement le claveciniste dirige les chanteurs et le premier violon, de l’orchestre. En France, le tumulte généré par l’opulence des ballets contraint le chef d’orchestre à utiliser un grand bâton pour battre la mesure en frappant le sol. C’est ce qui causa la mort de Jean-Bapitste Lully (1632-1687), blessé au pied à cause d’un coup de canne qu’il s’administra lui-même.

A la période classique, la disparition graduelle de la basse continue donne plus de place aux cordes dans l’orchestre. C’est alors au premier violon de guider ses confrères en indiquant le tempo et phrasé. Mais l’agrandissement des ensembles (d’une douzaine de musiciens au temps de Bach, à près de soixante à la fin du 18e) oblige souvent le premier violon à diriger avec son archet, sans qu’il puisse jouer.

La nécessité du chef d’orchestre

L’écriture de plus en plus ardue des compositeurs à partir du 19e siècle contraint les orchestres à se faire diriger par un seul homme. La taille des orchestres de plus en plus importante généralise l’usage de la baguette pour apporter plus de précisions et une meilleure vue aux musiciens. Parmi les premiers chefs d’orchestre, on trouve Louis Spohr, Carl Maria Von Weber, Felix Mendelssohn. Pour la première fois, ils dirigent face à l’orchestre, ce qui suscite l’étonnement parmi les spectateurs habitués à ce qu’on se tienne de face.

Une nouvelle étape est franchie avec des personnalités comme Hector Berlioz et Richard Wagner. Ils sont parmi les premiers compositeurs à se consacrer autant à la direction. De coordinateurs, ils deviennent interprètes avec pour instrument, l’orchestre. Et principalement pour Wagner, qui se détache de la rigidité de la mesure pour ne s’attacher qu’à l’expressivité de la phrase mélodique. C’est d’ailleurs lui qui généralise le rôle du chef d’orchestre comme celui qui impose sa vision de l’œuvre.

La profession de chef d’orchestre apparaît comme une nécessité et Hans von Bülow est généralement considéré comme le premier à avoir fait carrière.

Le chef d’orchestre aujourd’hui

Au XXe siècle, l’écriture musicale toujours de plus en plus poussée assoit définitivement le rôle du chef. A tel point, que la maestro rivalise en importance avec le compositeur de l’œuvre qu’il dirige. Le chef devient une personnalité charismatique et adulée, au même titre que les prime donne, une « starification » amplifiée par l’essor de l’industrie musicale permettant l’explosion de leur notoriété. A ce titre, Herbert von Karajan devient l’incarnation même du chef d’orchestre star, qui se différencie de ses confrères par une direction très personnelle et autoritaire. Karajan dirigeait souvent en fermant les yeux, sans partition.