Le Quatuor Ysaÿe fait ses adieux à la scène

Trente ans après sa création, le Quatuor Ysaÿe, acclamé sur les scènes du monde entier, s'apprête à donner son dernier concert lors de la Biennale de quatuors à cordes de la Cité de la musique à Paris.

Le Quatuor Ysaÿe fait ses adieux à la scène
Le Quatuor Ysaÿe se produira pour la dernière fois sur scène le 24 janvier dans la cadre de la Biennale de quatuors à cordes à la Cité de la musique. (© Gérard Proust/MaxPPP)

Le Quatuor Ysaÿe, qui fut l'un des plus renommés au monde et le plus célèbre des quatuors français, va tirer sa révérence l'année où il célèbre son trentième anniversaire. Pour leurs adieux, le 24 janvier, dans le cadre de la Biennale de quatuors à cordes à la Cité de la musique à Paris, Guillaume Sutre, Luc-Marie Aguera, Miguel da Silva et Yovan Markovitch ont choisi d'interpréter les oeuvres mythiques du répertoire - Debussy, Beethoven n°16 -, auxquelles s'ajouteront deux quintettes, celui de Mozart pour deux altos et de Fauré pour piano et cordes, ainsi que le sextuor de Schönberg "La Nuit transfigurée".

Formé en 1984 par des étudiants du Conservatoire de Paris, le Quatuor Ysaÿe - en hommage au violoniste et compositeur Eugène Ysaÿe (1858-1931) - décolle très vite, en remportant un Premier prix au concours international d'Evian en 1988, une distinction dont il est le premier lauréat français. Vienne, Amsterdam, Londres, Berlin, New York, les grandes salles se disputent ce jeune quatuor aux interprétations musicales imprégnées de la grande tradition viennoise - il a travaillé avec le prestigieux quatuor Amadeus -, et qui explore tous les répertoires, de Haydn aux contemporains qui lui ont dédié des oeuvres (Boucourechliev, Dusapin, Escaich, Tanguy...). Yehudi Menuhin lui-même dira : "Je dois à ces anges musiciens une des plus pures émotions musicales de ma vie ".

L'essor de cette formation, constituée à l'origine avec Christophe Giovaninetti au premier violon, va favoriser une renaissance du quatuor à cordes en France. Dans les années 1980, les quelques ensembles existants peinent à percer au plan international et rares sont les salles parisiennes qui programment du quatuor, jugé élitiste. Rien d'étonnant: la musique de chambre est alors la parente pauvre des conservatoires français, qui favorisent l'enseignement individuel.

C'est sous l'impulsion du compositeur Marc Bleuse, directeur de la musique en 1986, qu'Ysaÿe sortira de l'ombre. "Il a mené une politique de soutien au quatuor à cordes, dont nous avons bénéficié, comme les quatuors Parisii ou Manfred ", rappelle Christophe Giovaninetti.

"Marc Bleuse nous a repérés au Conservatoire supérieur de Paris, qu'il dirigeait. (...) Dès qu'il est devenu directeur de la musique, il nous a dit "vous démissionnez de vos postes (Orchestre de Paris, de l'Opéra...), je vous subventionne et vous vous consacrez exclusivement à votre quatuor !", raconte avec émotion l'altiste Miguel Da Silva, cofondateur d'Ysaÿe. Des associations comme ProQuartet, fondée en 1987 par Georges Zeisel, ayant pour objectifs la formation des quartettistes et la production de concerts, ont continué dans la même direction.

Le quatuor à cordes devient un genre à la mode. Une floraison d'ensembles voit le jour, de plus en plus de concerts et festivals (Fayence, Lubéron...) se dédient à cette seule formation, le public s'élargit. En 2003 est inaugurée la Biennale de quatuors à cordes à la Cité de la musique. Embarqué dans une aventure dense, parfois houleuse, semant en chemin un violoniste et quelques violoncellistes, le quatuor Ysaÿe accumule tournées et enregistrements, et créera son propre label, Ysaÿe Records.

La pédagogie tiendra une grande place dans la vie des quatre musiciens, qui sont à l'origine de la création en 1993 d'une classe de quatuor à cordes, une grande première en France, au Conservatoire national de région de Paris. Aujourd'hui, les anciens élèves d'Ysaÿe - les Psophos, Modigliani, Ebène ou Voce - distingués par les grands concours internationaux, sont parmi les plus brillants représentants de l'école française du quatuor, considérée comme l'une des meilleures au monde.

Un succès dont n'est pas peu fier Miguel Da Silva, qui, à l'heure où il posera pour la dernière fois l'archet sur la corde avec ses trois compagnons, se dit heureux d'avoir "participé à une aventure grandiose tant sur le plan humain que musical ". A l'occasion de la Biennale 2014 du 18 au 26 janvier, des quatuors à cordes français et étrangers parcourront le répertoire de Mozart à Chostakovitch et offriront plusieurs créations (Dusapin, Mantovani notamment).

avec AFP

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