Le premier orchestre afghan 100% féminin en concert à Davos

Zohra, le premier orchestre afghan uniquement composé de femmes, s’apprête à donner deux concerts au Forum économique mondial de Davos

Le premier orchestre afghan 100% féminin en concert à Davos
L'orchestre Zohra à Kaboul, © Maxppp / Mohammad Jawad

Les 35 musiciennes de l’orchestre Zohra sont âgées de 13 à 20 ans et sont, pour certaines, issues de milieux extrêmement modestes. Jeudi 19 et vendredi 20 janvier elles donnent deux concerts au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Ce sera la première représentation à l’étranger pour cet ensemble né il y a quelques mois grâce au Dr Ahmad Sarmast, musicologue, trompettiste et fondateur de l’Institut national de musique du pays. Sa formation, soutenue par la Banque mondiale et par des bailleurs étrangers est « probablement le premier orchestre féminin du monde musulman, en classique du moins », annonce-t-il. Un véritable défi dans un pays encore dévasté par l’obscurantisme (malgré la fin du régime taliban), dans lequel la condition des femmes est désastreuse et la musique considérée comme une activité déviante.

« C’est tellement difficile pour les Afghanes, certains pères continuent d’interdire à leurs filles d’aller à l’école, alors la musique… », s’agace Negina Khpalwak, la chef d’orchestre, « pour eux, les filles doivent rester à la maison faire le ménage. » Chez elle, à l’exception de ses parents, toute la famille s'est opposée à sa passion pour la musique : « Ma grand-mère a prévenu mon père : Si tu laisses partir Negina à l’école de musique, tu n’es plus mon fils. » Les parents de Negina ont quitté la province de Kunar, dans l’est, pour rejoindre la jeune femme à Kaboul, où la vie est difficile. « Mieux vaut ça que d’être mort », assure l’intéressée qu’un oncle menace de tuer s’il la voit. En 2016, selon le Bureau national des statistiques, 36 % des filles afghanes de moins de 25 ans étaient scolarisées et seulement 19% des femmes toutes générations confondues. « Ici, si on ne se dresse pas contre la société, on n’a pas d’avenir. Moi je veux ouvrir la voie à d’autres », déclare Negina.

A 18 ans, Zarifa Adiba, violoniste, s’est déjà produite au Carnegie Hall à New York avec l’Institut national de musique. A Davos, elle va conduire quatre morceaux. « Vivre en Afghanistan aujourd’hui c’est craindre chaque minute pour sa vie : où et quand la prochaine explosion ? En tant que musicienne, le danger est pire encore. » Pour Zarifa, dont la mère n’est jamais allée à l’école, il revient à sa génération de faire évoluer les mentalités : « C’est à nous de faire quelque chose pour ce pays, cela prendra une génération pour changer les choses ». « Je voudrais partir étudier à Yale, Harvard ou Stanford et devenir une belle personne. Mais je me suis promis de rentrer après », annonce la jeune fille qui rêve de croiser Michelle Obama à Davos, « je l’adore, quand je l’entends, je suis fière d’être une femme ».

Le Dr Sarmast veut promouvoir « une autre vision du pays que celle des roquettes et des attentats suicides. » Pour lui, ces filles sont les meilleures ambassadrices de ce combat. Elles permettent de démontrer que l’Afghanistan « sait s’engager en faveur de la diversité musicale et culturelle. » Leur tournée se prolongera à Zurich et Genève, puis à Berlin et Weimar en Allemagne. Avant les Etats-Unis en automne prochain.

avec AFP