Le plus vieux morceau de musique crée par ordinateur a été restauré

En 1951, pour la première fois des morceaux de musique étaient créés non pas à l’aide d’instruments, mais par ordinateur. Ils sont nés dans le laboratoire du mathématicien Alan Turing et viennent d’être restaurés par des chercheurs.

Le plus vieux morceau de musique crée par ordinateur a été restauré
"Enigma" ayant appartenue à Alan Turing, père du premier morceau crée par ordinateur © SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

C’est un peu l’ancêtre de la musique électronique que l’on vient de ressusciter. Jack Copeland, professeur à l’Université de Canterbury à Christchurch (Nouvelle-Zélande) et le compositeur Jason Long viennent de restaurer le premier enregistrement connu de musique crée par ordinateur.

D’une durée de deux minutes, il est né dans le laboratoire du mathématicien Alan Turing. Trois morceaux s'y enchaînent, l’hymne britannique God Save the King, la comptine Baa Black Sheep et le standard de jazz In the mood. Les notes, assez indescriptibles bien qu’elles puissent laisser songer à celles d’un instrument à cordes, sont entrecoupés de rires et de commentaires d’une femme qui commentent les ratés de la machine : « La machine n’est évidemment pas d’humeur (ndlr : in the mood en anglais, en référence au titre joué) ». Grâce au témoignage de Christopher Strachey (1916-1975), jeune chercheur à l’époque, devenu par la suite l’un des plus célèbres informaticiens du Royaume-Uni, on en sait un peu plus sur la nuit où a été conçu ce morceau, dans une machine énorme qui occupait l’essentiel du rez-de-chaussée du laboratoire. « Au matin, à la surprise générale, l’ordinateur cracha bruyamment l’hymne national », a déclaré Christopher Strachey dans une interview en 1974, « Turing, sans se départir de sa sobriété habituelle, y alla d’un laconique bravo ».

« Le travail pionnier d’Alan Turing dans les fin des années 1940 pour transformer l’ordinateur en instrument de musique a été largement ignoré », commentent les chercheurs à qui l’on doit la restauration. Ils ajoutent : « Turing n’était pas tellement intéressé par l’idée de programmer l’ordinateur pour jouer des morceaux conventionnels de musique : il utilisait les notes pour indiquer ce que faisait l’ordinateur ». Un gros travail a été nécessaire pour rendre l’enregistrement audible, avec le but d’entendre « le vrai son de l’ordinateur ». Il a fallu analyser les fréquences, accélérer certaines parties de l’enregistrement, filtrer certains bruits parasites, effacer des tremblements. Puis, « est arrivé ce beau moment où nous avons entendu le véritable son de l’ordinateur de Turing ».