Le Philharmonique de Berlin choisit ... de ne pas choisir

Il faudra encore attendre pour connaître le nom du successeur de Simon Rattle. Réunis durant 11 heures, hier, les musiciens du prestigieux orchestre n'ont pas réussi à s'entendre sur un chef. Une nouvelle élection aura lieu "dans l'année".

"Je dois malheureusement vous dire que nous ne sommes parvenus à aucun résultat ." C'est Peter Riegelbauer, l'un des deux délégués de l'orchestre qui a annoncé la nouvelle, ce lundi à 22 heures, devant l'église du sud-ouest de Berlin à l'intérieur de laquelle étaient réunis les musiciens. Après des mois de spéculations et de suspens ; après une journée de discussions qualifiées de "constructives" et "animées" ; après plusieurs tours de scrutin, les 123 titulaires de l'orchestre philharmonique de Berlin sont tombés d'accord pour dire ... qu'ils ne l'étaient pas. Impossible pour eux de s'entendre sur le nom d'un nouveau directeur musical. Un coup de théâtre. Mais aussi l'affirmation d'une souveraineté sans égale.

Pas de grand favori

Personne ne peut remettre en cause le choix des "Berliner Philharmoniker", personne ne peut donc remettre en cause leur absence de choix. Dans les autres formations, les musiciens sont consultés mais ils ne sont pas décisionnaires. A Berlin, l'orchestre choisit lui-même son directeur musical. Dans l'absolu, les musiciens réunis hier pouvaient voter pour "tout chef d'orchestre vivant", chacun étant considéré comme un candidat potentiel. En réalité, l'orchestre choisit évidemment parmi les chefs qu'il connaît bien et qu'il apprécie. Des noms circulaient donc depuis des mois : Gustavo Dudamel, Christian Thielemann, Mariss Jansons, Andris Nelsons, Daniel Barenboïm, Riccardo Chailly, Riccardo Muti ... Des noms. Pas un nom.Pas de nouveau Claudio Abbado, pas de nouveau Simon Rattle. Pas d'évidence.

À l'approche du vote, des rumeurs plaçaient en tête Thielemann et Nelsons. D'un côté un Berlinois de 56 ans incontestable dans le répertoire allemand mais jugé conservateur, de l'autre un letton de 37 ans, star montante considérée comme le fils spirituel de Mariss Jansons. Deux profils très différents, trop différents sans doute pour pouvoir rassembler une large majorité. Après les années Rattle, et le travail d'ouverture qui a été réalisé, le philharmonique de Berlin doit-il revenir vers plus de tradition ou au contraire oser - un petit peu- s'en écarter ? "Nous sommes d'accord sur la direction vers laquelle nous voulons aller, nous ne sommes pas d'accord sur les moyens d'y parvenir", ont expliqué hier soir les délégués de l'orchestre. Ils n'en diront pas davantage : tout ce qui se passe durant le vote doit rester confidentiel. Les musiciens, privés de leur téléphone portable pendant les discussions n'ont ensuite pas le droit de raconter ce qui s'est dit. Tout juste ont-ils précisé hier que le problème ne venait pas d'un chef qui aurait décliné la proposition (mais était-ce vraiment imaginable ?)

Et maintenant ?

"Le processus va continuer", a expliqué ce lundi soir Peter Riegelbauer. Le délégué a précisé que l'orchestre se réunirait régulièrement et prendrait "le temps nécessaire", pour se décider, peut-être un an.Simon Rattle partira en 2018 pour occuper pleinement ses fonctions à l'orchestre symphonique de Londres dont il deviendra le directeur musical dès septembre 2017. Dans une récente interview, il avait estimé que son poste à Berlin était "le plus difficile job de chef d'orchestre au monde, et en même temps le meilleur." Vu l'enjeu, on ne peut que comprendre que les musiciens veuillent prendre le temps de la réflexion du débat (même s'il est bien évident que les discussions n'ont pas débuté entre eux hier). L'exigence dont fait preuve le seul orchestre au monde à avoir toutes les cartes en main est sans doute plutôt saine. Et même si les rumeurs et spéculations ont encore de beaux jours devant elles, le fait de savoir que le choix se fera finalement sans la pression du folklore proposé hier (lieu secret, presse convoquée, attente illimitée ...) est sans doute une bonne nouvelle.

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