Le périlleux voyage du pianiste palestinien Aeham Ahmad pour fuir la Syrie

Célèbre dans son camp de réfugiés et sur le web, le pianiste Aeham Ahmad avait l’habitude de jouer dans les rues aux frontières de Damas jusqu’à ce que Daesh détruise son instrument.

Le périlleux voyage du pianiste palestinien Aeham Ahmad pour fuir la Syrie
Aeham Ahmad

Aeham Ahmad est pianiste, parfois chanteur et même compositeur. Pour ses concerts, il installe son piano dans les rues de Yarmouk. Ses spectateurs ? Des enfants, des hommes et des femmes, tous les habitants du camp Yarmouk, un camp de réfugiés palestiniens situé aux frontières de Damas, et au cœur de la guerre.

Connu à travers ses vidéos publiées sur le web, Aeham Ahmad insuffle un vent d’espoir et de joie par la musique qu’il transmet autour de lui. Mais tout s’arrête brutalement en avril quand il croise la route de Daesh. Les hommes de l’Etat Islamique interdisent tout art, toute musique, et brûlent son instrument.

« Ils l’ont brulé en avril, le jour de mon anniversaire. C’était l’objet que je chérissais le plus », a confié le pianiste à l’AFP.

Après trois années passées dans le camp de Yarmouk, Aeham est las des bombardements, de la faim, et sans son piano, il se sent vidé :

« C’était comme la mort d’un ami, mon piano était plus qu’un simple instrument. ».

Il décide alors de partir, laissant derrière lui sa femme et ses deux petits garçons qu’il n’arrivait même plus à nourrir :

« Les jours où je ressentais le plus d'impuissance, c'était quand j'avais de l'argent mais que je ne pouvais procurer du lait à mon nourrisson Kinane, âgé d'un an, ou quand mon aîné Ahmad me réclamait un biscuit. C'est le pire sentiment. »

Il entame la « route de la mort », cette route depuis la Syrie jusqu’en Europe où tant de réfugiés ont perdu la vie depuis le début des conflits (plus de 3000 personnes sont mortes sur ses routes depuis le début de l’année).

Des trafiquants de chair humaine

Fin août, il quitte Damas « sous une pluie de roquettes », arrive à Homs, Hama, Idleb et s’arrête à la frontière turque. Il raconte à l’AFP qu’à chaque arrêt, il fait la connaissance de « trafiquants de chair humaine », des passeurs qui font payer les migrants pour atteindre la Turquie. Mais le chemin est difficile, les barbelés omniprésents et Aeham doit passer trois nuits dans une forêt avec un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants, sans nourritures. Après ce passage difficile, il emprunte une route montagneuse risquée pour éviter les contrôles.

Une fois arrivé à son objectif, la Turquie, c’est le choc. « Les réfugiés dormaient sur les trottoirs car ils ne pouvaient pas s'offrir une chambre d'hôtel », raconte le musicien. Mais aussi un certain soulagement:

« Dieu merci j’étais enfin arrivé. C’était un agréable sentiment. J’avais l’impression qu’il y avait un nouvel espoir à chaque fois que j’arrivais dans une nouvelle destination. »

Mais le chemin ne s’arrête pas là, il faut gagner l’île grecque de Lesbos en mini bus. Il s’entasse avec 70 autres réfugiés puis paie 1250 dollars (= 1117 euros) pour rejoindre la Grèce sur un canot pneumatique.

Chère Méditerrannée...

Un sort réservé à tous ceux qui tentent de gagner les côtes grecques, et qui tournent souvent au drame : 2432 migrants sont morts en traversant la Méditerrannée. Sur la mer, il écrit un poème pour se donner du courage et le publie sur son mur Facebook :

« Chère Méditerranée, je m'appelle Aeham et j'aimerais que tes vagues me transportent en toute sécurité. »

Ce week-end du 19 et 20 septembre, il est arrivé à atteindre la Macédoine et désire se rendre en Allemagne, terre d’accueil pour des dizaines de milliers de migrants. Mais son parcours reste difficile, il passe de bus en bus, marche parfois des dizaines de kilomètres, et s’arrête quand il le peut dans des camps de réfugiés pour trouver quelques jours de repos.

Son rêve : jouer dans les rues de Berlin comme il jouait dans les rues de Yarmouk. Et espérer que sa famille restée à Damas puisse un jour le rejoindre en Europe. Le pianiste de 27 ans continue de rêver et d’espérer :

« J'aimerais jouer dans des orchestres célèbres, faire le tour du monde et transmettre la souffrance de ceux qui sont assiégés dans le camp (de Yarmouk) et de tous les civils restés en Syrie ».

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