Le Musikverein de Vienne : naissance et gloire d'une institution mondiale

Le Musikverein de Vienne est sans doute l’une des plus belles salles du monde. Renommée par la qualité de ses concerts, chaque année elle ouvre ses portes à près de 50 million de téléspectateurs dans le monde entier grâce à un rendez-vous incontournable: le mythique et prestigieux concert du nouvel an.

Le Musikverein de Vienne : naissance et gloire d'une institution mondiale
La Salle Dorée du Musikverein de Vienne © Wolf-Dieter Grabner

De son nom complet « Haus des Wiener Musikvereins » - Maison de la Société des amis de la musique de Vienne – le Musikverein est avant tout une société musicale fondée en 1812, qui avait notamment créé les principales symphonies de Brahms et de Bruckner. C’est en 1870 que nait le théâtre Musikverein, signé par l’architecte Theophil Hansen, pour satisfaire le besoin de la Société des amis de la musique d’avoir une plus grande salle pour ses concerts.

Le Musikverein de Vienne en 1898
Le Musikverein de Vienne en 1898

Les travaux eurent lieu grâce au soutien d’une poignée de philanthropes de la haute aristocratie et de la bourgeoisie viennoise, bénéficiant du support de l’État. Ce bijou architectural s’intégrait dans un plus grand projet urbain. A cause de la révolution industrielle, Vienne est à cette époque le noyau d’une urbanisation incontrôlable : les migrants s’entassent par dizaines dans des chambres exigües, ou vivaient dans les égouts. En 1875, Vienne était pourtant la ville de l’Exposition Universelle. Par conséquent, elle se modernise et son « Ring » (boulevard encerclant le centre-ville) est vite couvert par de nombreux bâtiments très élégants destinés aux aristocrates, banquiers et industriels.

August Mandlick, célébration d’un jubilée de l’Orchestre philharmonique de Vienne le 24 avril 1910 © IMAGNO/Austrian Archives
August Mandlick, célébration d’un jubilée de l’Orchestre philharmonique de Vienne le 24 avril 1910 © IMAGNO/Austrian Archives

Le théâtre devient dès ses débuts la salle de référence de ce milieu social, et son orchestre, l’Orchestre philharmonique de Vienne, met à l’honneur la musique autrichienne, dont la famille Strauss était la plus éminente et puissante représentante. Encore aujourd’hui résonnent chaque année le Beau Danube Bleu de Johann Strauss fils et la Marche des Radetzky de Johann Strauss père lors de l’événement le plus important du théâtre : le concert du nouvel an. Ces deux morceaux et une polka rapide constituent le bis presque obligatoire de la nuit du 31 décembre.

Cette célèbre manifestation, institutionnalisée en 1939 sous le Troisième Reich, fut dirigée jusqu’en 1986 par trois chefs récurrents (Clemens Krauss, Willi Bokovsky et Lorin Maazel) et, à partir de 1987 par un chef différent chaque année. Les plus grands noms de la direction s’y sont succédés : Herbert von Karajan, Claudio Abbado, Nikolaus Harnoncourt et Zubin Mehta pour n’en donner que quelques exemples.

L'Orchestre philharmonique de Vienne en 1864
L'Orchestre philharmonique de Vienne en 1864

Avec ses 173 ans d’histoire, l’Orchestre philharmonique de Vienne a la particularité d’être administré par ses propres musiciens qui choisissent chaque année leur chef d’orchestre pour le concert du nouvel an. L’orchestre ouvre au public ses répétitions générale et pré-générale le 30 et le 31 décembre pour ensuite accueillir le 1er janvier à 11h15 les environs 50 million de spectateurs répartis dans près de 80 pays de tous les continents grâce au direct télévisuel. En 1958, le concert est diffusé pour la première fois en Eurovision et depuis des années en Mondovision en étendant, depuis 2006, le direct télévisuel à l’Afrique et à l’Amérique Latine. Depuis leurs écrans, entre une valse et une polka, les téléspectateurs peuvent ainsi admirer la beauté somptueuse des décors enrichie par les fleurs que chaque année arrivent de la ville de San Remo (Italie) et par l’élégance du public présent en salle, environ 2000 personnes (la salle peut en accueillir 1744 assises et 300 debout).

Magna Auditorium - Metallener Saal - Steinerner Saal - Salle Brahms
Magna Auditorium - Metallener Saal - Steinerner Saal - Salle Brahms

Mais, mis à part le concert du nouvel an, quel est aujourd’hui le rôle Musikverein dans la vie musicale viennoise ? La grande Salle dorée et la Salle Brahms, de dimensions plus modestes, ont été complétées par quatre nouvelles salles au sous-sol, dont un grand Auditorium, grâce aux travaux de rénovation entrepris en 2001 sous la direction de l'architecte Wilhelm Holzbauer. Si le Musikverein garde une programmation qui va du répertoire classique au tardo-romantique, on y trouve aussi quelques concerts de musique contemporaine et surtout plusieurs programmes pédagogiques pour sensibiliser les jeunes à la musique du répertoire allant du classique au contemporain en passant par le jazz.

Mais parmi ses lumières de cristal et ses stucs dorés, cette salle abrite aussi des scandales…

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