Le monde de la musique et de la culture rend hommage à Nikolaus Harnoncourt

Suite au décès de Nikolaus Harnoncourt survenu ce samedi 5 mars à l'âge de 86 ans, de nombreuses personnalités du monde de la musique et de la culture ont réagi pour lui rendre hommage.

Après la disparition du grand chef d'orchestreNikolaus Harnoncourt, des voix s'élèvent pour rappeler l'importance de son travail au cours du XXème siècle, pour saluer l'homme qu'il était et ce qu'il a apporté au monde de la musique.

Mark Minkowski était en direct dans le Grand Journal de l'Opéra sur France Musique. Le nouveau directeur de l'Opéra de Bordeaux et fondateur des Musiciens du Louvre a rendu hommage à un "père fondateur" :

"J'ai le sentiment d'être orphelin. C'est notre père fondateur, c'est celui qui a osé sortir des instruments qu'on ne connaissait plus, qui a révolutionné l'interprétation de plusieurs générations de musiciens, celui qui nous a appris qu'il fallait penser en même temps que jouer, et que de la pensée pouvait naître l'émotion. Il nous a montré qu'un musicien d'orchestre pouvait devenir l'un des plus grands chefs d'orchestre du monde. L'un des plus importants, l'un des plus indispensables. Il est allé à la conquête des grands orchestres symphoniques qui, pour certains, ne réfléchissaient plus, vivaient sur leurs traditions : le Concertgebouw d'Amsterdam, le Philharmonique de Vienne, le Philharmonique de Berlin, etc. Ils ont révolutionné leurs habitudes pour lui, avec lui. C'est un père, un penseur, un génie. Il pouvait nous énerver par ses partis pris tellement extrêmes parfois mais il était profondément vivant ".

Patricia Petibon était en direct du Grand Journal de l'Opéra, ainsi que de la Matinale pour rendre hommage à celui qui l'a dirigé dans plusieurs opéras de Mozart :

  • "Lors de mes années d'études, je rêvais de le rencontrer. Mais c'était un homme très sollicité, impossible à approcher. Un jour, on m'a appelé pour chanter du Mozart à la télévision dans une émission de Jacques Chancel. La chance a voulu qu'Alice Harnoncourt, sa femme, m'ait vu. C'est comme cela que mon rêve d'étudiante s'est réalisé. Ça a toujours été quelqu'un de très important pour moi. Il m'a fait comprendre que la musique c'était savoir faire des choix, savoir être libre, savoir être sincère, trouver sa propre voie même si elle n'est pas forcément comprise par les autres. Je le voyais comme un sculpteur de marbre : il avait un bloc de marbre devant lui, il le fracassait et en faisait ce qu'il voulait. Il incarnait la volupté, la générosité, il n'avait pas peur d'aller au-delà, il était incroyablement lumineux. Il avait cette capacité de se fondre dans l'instant et dans l'éternité de la musique"*.

Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture, a pour sa part loué un homme qui "incarnait le sommet d'une culture et d'un esprit [...] Créateur de génie aux accents rebelles, il a su donner un souffle de renouveau dans l'interprétation et dans l'écoute de la musique baroque européenne. [...] Il s'est activement impliqué dans la démocratisation de son art avec la création du festival Styriate à Graz, sa ville natale ".

Le violoncelliste, chef d'orchestre et fondateur du Quatuor Mosaïques, Christophe Coin, a travaillé avec le Concentus Musicus; l'ensemble fondé par Harnoncourt. Il était invité de la Matinale de France Musique ce lundi matin.

"Le Concentus Musicus perd son père, son chef. On se sent tous très orphelins. Nous venons de perdre un grand chef et un grand penseur de la musique. Il considérait la musique comme un discours, qui devait pouvoir s'adresser à toutes les couches de l'âme, de la sensibilité, et ce par tous les moyens. Il fonctionnait beaucoup par images pour nous expliquer ce qu'il souhaitait au niveau de l'interprétation. Et cela fonctionnait à merveille. Il était très charismatique et avait beaucoup d'humour".

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