Le métro, une nouvelle scène pour la musique classique ?

On les croise tous les jours sans leur prêter attention. Pourtant, ils sont près de trois cent musiciens à faire vivre la musique dans les couloirs du métro parisien.

Le métro, une nouvelle scène pour la musique classique ?
Musicien métro

Cinq millions de voyageurs quotidiens, trois cent stations et des petites scènes aménagées à la va-vite entre deux couloirs… Si nous apprécions rarement de nous attarder dans les couloirs de la RATP, certains musiciens sont prêts, eux, à y rester des heures.

Une organisation souterraine

Il est à peine 8h lorsque Jonas Dufrêne, violoniste, s’installe à la station République, au-dessus de la ligne 11. « Il faut arriver tôt, être le premier ». En effet, on ne s’improvise pas musicien du métro. Les petits espaces scéniques sont délimités, signalés par un logo et surtout très convoités par les trois cent musiciens accrédités.

Accrédités ? Oui, derrière ces prestations musicales nomades, c’est toute une communauté qui doit s’organiser, sous la direction de l’Espace Métro Accords qui, deux fois par an, corganise des auditions afin de délivrer ces précieuses accréditations…

Des candidats nombreux

« Nous recevons plus de trois mille dossiers de candidature par an. Il faut réguler le nombre de musiciens sinon ils se marcheraient dessus », explique Antoine Naso, directeur artistique des Musiciens du métro, présent à chaque session de casting.

Son principal souci : sélectionner des musiciens qui reflètent l’hétérogénéité des voyageurs et qui puissent les interpeller, leur faire plaisir. C’est pourquoi le jury de ces auditions est composé d’usagers, simples voyageurs ou personnels de la RATP.

Pourquoi un tel succès ?

« J’ai l’habitude de chanter dans la rue, mais je me suis dit qu’en hiver il ferait plus chaud dans le métro ». La motivation exprimée par cette jeune soprano n’est pas aussi simple et légère qu’elle le paraît. Car c’est bien le même combat que livrent musiciens de rue et musiciens du métro : se produire dans un environnement à l’antipode des salles de concert. Une anti-scène, en quelque sorte, où comme le fait remarquer Jonas Dufrêne « les gens ne viennent pas pour nous écouter ».

Les performances de rue sont par ailleurs de plus en plus restreintes et encadrées, et les musiciens se réfugient donc dans les couloirs du métropolitain.

Diffuser le répertoire

S’il vous est arrivé de croiser Christophe Ménager, chanteur lyrique des métros Bastille et Châtelet, celui-ci vous a peut-être déjà pris à parti dans l’une de ses performances lyriques. « Les réactions sont toujours positives », s’enthousiasme le baryton. Et en effet, il bénéficie de ce qui manque à certaines salles de concert : un public. « J’ai participé à beaucoup de spectacles où, malheureusement, la salle manquait de spectateurs, notamment pour des créations ».

Pour ceux même qui sont familiers de l’univers classique ou lyrique, observer un artiste de si près n’est pas sans surprise : « Je vais souvent à l’opéra avec mon père, mais la première fois que j’ai entendu Christophe Ménager, j’étais persuadé qu’il avait un micro », confie ainsi un jeune voyageur.

Musiciens tout-terrain

Quelques passants s'arrêtent pour écouter, avant de vite repartir dans les couloirs du métro ©N.Moller/RadioFrance
Quelques passants s'arrêtent pour écouter, avant de vite repartir dans les couloirs du métro ©N.Moller/RadioFrance

Le réseau de transport souterrain offre donc de réelles perspectives en termes de diffusion de la musique et de révélation de jeunes artistes… Mais jouer dans le métro est loin d’être facile.

« Un ami m’a dit que les gens doivent tout de même penser que je suis un petit peu fou… parce que finalement, beaucoup passent et ne me voient même pas. Mais je lui ai répondu qu’il ne me suffit que d’une seule personne qui m’écoute », s’amuse Christophe Ménager.

Le musicien doit pouvoir s’adapter, que ce soit au bruit de la foule, aux annonces régulières de la RATP ou au faible éclairage. « Je dois chanter fort pour m’entendre moi-même, explique le chanteur, d’où l’importance d’une bonne technique vocale. Parfois je me rends compte que je me suis complètement décalé par rapport à ma bande son. »

Le droit à l’erreur

Mais c’est peut-être le plus grand avantage pour les musiciens du métro, ils n’ont pas à être parfaits. Au contraire, se tromper ou montrer qu’ils éprouvent des difficultés permet aux passants de découvrir l’envers du décor, la richesse d’une technique… « Un jour j’ai chanté en duo avec une amie marionnettiste, et c’est dès qu’un fil se brisait que le plus grand nombre de personnes s’arrêtait. Cela crée un intérêt particulier ».

Ces performances ont donc pour mérite de s’émanciper des codes, notamment en ce qui concerne la musique classique, et de réduire la distance qui sépare habituellement les artistes de leur public et qui peut freiner certains à pousser la porte des salles de théâtre ou d’opéra. A nous, donc, de tendre l’oreille et de prêter attention à ces courageux musiciens.

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