Le « j’aime ou j’aime pas » de PV Nova

Le Youtubeur PV Nova fait partie du jury du premier Concours France Musique des Musiciens Amateurs. Que pense-t-il de la vulgarisation de la musique, des concerts classiques ou des Quatre Saisons de Vivaldi, réponse dans ce « J’aime ou j’aime pas ».

Le « j’aime ou j’aime pas » de PV Nova
Le Youtubeur et musicien PV Nova, juré du Concours France Musique des Musiciens Amateurs, © Jean-Bapstiste Grey

PV Nova est un Youtubeur, musicien auteur-compositeur âgé de 32 ans. Sur sa chaîne, il réalise des vidéos dans lesquelles il décortique la musique au moyen de compositions ou de reprises. Près de dix ans après la publication de sa première 'expérience' musicale, sa chaîne Youtube est suivie par plus de 500 000 abonnés.

PV Nova fait partie du jury du Concours France Musique des Musiciens Amateurs et a accepté de se prêter au jeu du « j’aime ou j’aime pas ».

« J’aime ou j’aime pas »

… les cours de musique au collège ?

J’aime et j’aime pas. Il faut que ça existe, en revanche, ces cours sont trop dépendants des profs qui naviguent dans un univers compliqué. C’est un domaine hyper cool mais l’enseignement peut être un peu trop rébarbatif et pas assez centré sur l’amusement, le plaisir et le partage. Quand la flûte à bec, un instrument qui casse vite les oreilles, était obligatoire, c’était un peu la cour de récré... Je suis pour les cours de musique au collège mais il faut valoriser l’improvisation, les chorales, des choses ludiques ! C’est un peu comme mon travail : l’intérêt c’est de susciter la curiosité, ensuite les élèves qui veulent aller plus loin le feront d’eux-même. Il faut viser une porte d’entrée, et les cours au collège peuvent être un bon vecteur d’amitié : des élèves très différents se retrouvent ensemble car la musique est un langage universel.

… le solfège ?

J’adore, mais dans un second temps. Comme pour apprendre à écrire : c’est bien quand tu sais déjà parler. Il vaut mieux apprendre le solfège quand tu as entendu et pratiqué beaucoup de musique. Commencer par le solfège est une aberration, c‘est tout de suite rébarbatif et ennuyeux. D’abord il faut parler, jouer, se tromper. Il existe de nombreux musiciens professionnels qui ne connaissent pas le solfège et qui s’amusent, Eric Clapton par exemple. Cette méthode je l’applique dans mes vidéos. D’abord je montre à entendre et ensuite j’explique.

… vulgariser la musique ?

J’adore. C’est mon credo. J’essaye d’être le prof que je voulais être, c‘est une porte d'entrée formidable mais ça ne suffit pas. Si on reste en surface comme je le fais ça ne permettrait pas d’avoir des compositeurs et interprètes de génie. Il faut recentrer la musique sur des choses essentielles : le partage et la communication. Une fois qu’ils goûtent au plaisir, les gens doivent aller au fond des choses, comprendre la musique des grands compositeurs. Comme on étudie les figures de style en français, on étudie les figures de composition en musique.

… l’expression musicien amateur ?

J’ai rien contre cette expression d’un point de vue administratif. La différence entre un musicien professionnel et un musicien amateur c’est le cachet. Mais je n’aime pas l’aspect négatif souvent associé à ce terme. On le voit chaque année avec la fête de la musique avec des commentaires comme ‘olala il va y avoir des musiciens amateurs qui vont massacrer Bob Marley et Nirvana’... Je trouve ça plutôt cool de massacrer ces musiques. Si je ne les avait pas massacré quand j’ai commencé, je ne pourrais pas aujourd’hui m’amuser autant que je le fais avec ma musique.

… les quatre saisons de Vivaldi ?

Ça va, j’aime. J’écoute Vivaldi quand je fais autre chose, comme le ménage. Après en musique classique je préfère plutôt Debussy ou Gershwin qui est à la frontière entre classique et jazz.

… la musique accessible et gratuite sur le web ?

J’aime, forcément. Tant mieux si tout est disponible et que c’est à l’internaute de faire sa propre sélection. Tant mieux si on peut écouter ce qu’on veut, tant qu’on veut, quitte à regarder quelques publicités… Pour la question de la rémunération des artistes, c’est en train d’aller dans le bon sens. Il faut que le système se pérennise, se mette en place même si je ne sais pas trop quel est le bon sens. Il faut que les musiciens et les compositeurs puissent vivre d’un métier. Le choix que j’ai fait par exemple, et que j’assume c’est de travailler de plus en plus avec des marques, en tant qu’ambassadeur. J’ai composé des sons de téléphones portable par exemple, et ces boulots sont très bien payés, ça me suffit pour vivre. Derrière, je donne énormément de choses, comme mes morceaux que je mets en téléchargement gratuit et en accès gratuit sur Soundcloud. Ce mode de fonctionnement nécessite de la pédagogie par rapport à ma communauté. Par exemple, quand je fais appel à des financements participatifs, comme pour mon deuxième album, j’ai énormément de soutiens immédiats car les gens me connaissent et savent que je suis habitué à donner. Si je demande de l’argent c’est parce qu’il y a une légitimité derrière, l’envie de ne pas faire appel à une marque, garder mon indépendance, et ce n’est pas du mécénat mais du pré-achat, avec des contreparties pour les internautes.

… la forme du concert classique ?

J’aime parce qu’il y a un petit côté désuet qui fait que c’est une expérience. C’est très codifié mais tout est codifié, même un concert de rock : on crie, on boit des bières et on se saute dessus, ce sont des codes. J’adore ce petit moment sympa quand tous les musiciens s’accordent, ça donne des frissons, puis le fait que tu n’aies pas le droit d’applaudir entre les mouvements… ça me fait rire, c’est une forme qui se préserve et tant mieux. L’inconnu m’amuse. Certains n’y vont pas parce qu’ils pensent de pas être à leur place. C’est bien que tout existe. Je suis pour la musique classique dans la rue, les orchestres sans chef… Après trop d'homogénéisation, ça fait que finalement on ne vit plus d’expériences vraiment fortes. Quand tu vas au concert classique, tu sais que tu ne vas pas être sur une siège confortable, un peu sur le côté, qu’il ne faudra pas tousser et faire des bruits, et que tu ne comprends pas tout ce qui se passe mais c’est une expérience qui m’amuse.

… Céline Dion ?

J’aime ! J’aime la bonne chanson, la bonne variété, quand c’est populaire, accessible, bien écrit et exigeant. C’est un des meilleurs compositeurs avec l’une des meilleures interprètes même si je ne le crie pas sous les toits... Mais je ne suis pas difficile. Je suis toujours en recherche de nouveautés, j’essaye de ne pas écouter en boucle les mêmes choses. Une vie ne suffirait pas pour tout écouter !

… ta première composition ?

J’aime toujours ! C’était le début d’une grande aventure : “l’expérience musicale”. Pour la petite histoire de ce morceau, j’étais en voyage à Londres chez une copine qui avait un piano et j’ai fait une petite compo au piano. Je la trouvais intéressante puisqu’il y avait des parties différentes qui se répondaient bien, c’était un morceau dans lequel tu pouvais tout entendre. Beaucoup de gens qui ne connaissent pas la musique ne savent pas faire la différence entre le piano, la guitare, la basse, les sons de la batterie etc. C’était un bon morceau pour expliquer ce qu’est une composition. Quand je suis rentré à Paris, j’ai tourné la vidéo sans trop savoir quel format cela aurait, c’était une expérience et je l’ai appelé au moment de la poster : “expérience numéro 1”. La vidéo a bien marché. Des internautes ont commencé à me demander une expérience numéro 2. Alors un an après, quand j’ai écrit une autre chanson cool je l’ai postée. Aujourd’hui j’en suis à la 26ème.

Son conseil pour la réalisation d'une bonne vidéo musicale

Je donne le même conseil à tout le monde : il faut faire une vidéo que l'on a envie de voir. C’est bête mais c’est la base : il faut se projeter en tant que spectateur et se dire ‘Tiens aujourd’hui si j’avais envie d’écouter une vidéo musicale, qu’est-ce que j’aurais envie de voir et que je ne peux pas trouver, parce que personne ne l’a encore fait et qu’il n’y a que moi qui peut le faire, avec ma personnalité, mon originalité parce qu’on a tous quelque chose à apporter. Et faites cette vidéo, celle que tu as envie de voir et que tu ne trouves pas parce qu’elle n’existe pas encore.