Le gouvernement britannique injectera 80 millions de livres dans l'éducation musicale

Le gouvernement britannique a annoncé un financement de 80 millions de livres pour l'éducation musicale pour que « tous les élèves soient aptes à lire et écrire la musique jusqu’à la fin de leur parcours scolaire, » rapporte le Telegraph. Insuffisant, rétorquent les professionnels.

Le gouvernement britannique injectera 80 millions de livres dans l'éducation musicale
Lycéens du West Orange High School pendant la parade du Nouvel An à Londres , © Getty / SOPA Images

Les professionnels de la musique au Royaume-Uni soulignent depuis plusieurs années le déclin incessant de l’enseignement musical dans les écoles, alors que le pays dispose d’un Plan national pour l’éducation musicale depuis 2011. Pa conséquent, la promesse du gouvernement relayée par le journal The Telegraphd’investir 80 millions de livres (environ 94 millions d’euros) dans l’éducation musicale tombe à point nommé. « Nous voulons que tous les élèves soient aptes à lire et écrire la musique et qu’ils se familiarisent avec une plus grande diversité de styles et de traditions musicales jusqu’à la fin de leur parcours scolaire, a déclaré le ministre de l’éducation Nick Gibb.Le financement annoncé est censé aider les établissements à accomplir cette mission. »

Ces 80 millions de livres sont destinées à soutenir les « music hubs », ces entités de droit privé dont la vocation principale est de garantir l’accès à l’éducation musicale à tous les élèves en proposant des activités musicales et pratiques collectives en collaboration avec les écoles et les structures culturelles implantées dans les territoires, que le gouvernement a mises en place en 2012. 

Selon le communiqué de presse du gouvernement britannique, les « music hubs » avaient déjà reçu 300 millions de livres entre 2016 et 2020.

Cette mesure vient en réaction à un constat largement partagé par la profession : la  musique devient le privilège des élites, ceux qui peuvent se payer les cours extra-scolaires, puisqu’elle est massivement abandonnée dans les cursus de l’enseignement public, selon l'Association des directeurs des écoles et collèges. Les frais de l'éducation musicale reposent désormais sur les familles à 89% . Un article du Telegraph parlait même d' « une crise existentielle » de la discipline,  faisant suite au débat que la chambre des lords a consacré à l’état de l’éducation musicale dans le pays en octobre 2018. 

La réforme du Baccalauréat anglais : la musique mise à mal

La cause principale : le controversé English Baccalaureate (EBacc), introduit après la réforme de 2010, qui aurait un impact négatif sur le nombre des étudiants qui choisissent les enseignements artistiques. L’EBacc est une mesure d’évaluation des établissements scolaires après le General Certificate of Secondary Education (GCSE), examen national qui évalue cinq matières dites majeures : anglais, mathématiques, histoire ou géographie, sciences et une langue étrangère. L’obtention de bons résultats dans ces matières détermine la poursuite de l’élève en A-level, équivalent du baccalauréat français, et son accès aux études supérieures. 

Selon les professionnels, les écoles misent d’avantage sur les matières dites fondamentales en délaissant l’enseignement artistique. Ce dernier devient optionnel, passe au rythme semestriel, voire disparaît complètement du curriculum. En même temps, les familles exercent une pression accrue sur les élèves, compétitivité oblige, pour se consacrer aux matières fondamentales au détriment des arts, et cela dès le primaire, comme l’atteste le rapport sur l’éducation musicale en Angleterre du Syndicat des musiciens (Musicians’ Union) paru en 2019. 

Ainsi, depuis 2010, seulement 35 000 élèves ont pris un GSCE musique en 2018, une baisse de 23% depuis 2010. 40% d’élèves en moins ont opté pour la musique pour le A – level, ce qui fait de la musique la matière "optionnelle" qui accuse le déclin le plus rapide. Par ailleurs, entre septembre 2016 et septembre 2018, le nombre des établissements primaires et secondaires proposant l'éducation musicale a chuté de 36%.

Une mesure insuffisante pour redresser la situation

Parmi les réactions à la mesure annoncée, celle d'Angela Rayner du parti travailliste, actuelle Secrétaire d'État de l'ombre  de l'Éducation. « Ce financement complémentaire, quoique bienvenu, n'est pas suffisant pour redresser l'impact d'une décade d'austérité,a-t-elle déclaré.Sous le Parti conservateur, le curriculum a été réduit, l'enseignement des arts a dégringolé, et le financement complémentaire que le gouvernement a promis aux écoles ne pourra même pas palier aux coupes budgétaires déjà opérées, » regrette-t-elle.