Le gouvernement britannique débloque 1,5 milliard de livres pour la culture

Après l'annonce le 1er juillet en France du déblocage de 5 milliards d'euros pour la culture, c'est au tour du gouvernement britannique de dévoiler son plan de sauvetage financier du secteur : 1,57 milliard de livres (1,74 milliard d'euros).

Le gouvernement britannique débloque 1,5 milliard de livres pour la culture
Oliver Dowden, ministre britannique de la culture, © Getty / SOPA Images

Le gouvernement britannique a annoncé dimanche son intention de débloquer une aide de 1,57 milliard de livres (1,74 milliard d'euros) pour le secteur de la culture, dont la survie a été mise en péril par l'épidémie de coronavirus. « Les secteurs des arts, de la culture et du patrimoine britanniques, de renommée mondiale, vont recevoir 1,57 milliard de livres dans le cadre d'un plan de sauvetage pour les aider à surmonter l'impact du coronavirus », a annoncé dimanche dans un communiqué le gouvernement. Il s'agit du « plus gros investissement ponctuel jamais réalisé dans la culture britannique », a-t-il souligné. Les théâtres, musées, galeries, palais historiques seront éligibles, tout comme les organismes relevant de la musique live, du patrimoine ou du cinéma indépendant.

L'immense majorité de cette aide (1,15 milliard de livres) ira aux institutions culturelles de l'Angleterre, sous forme de subventions (880 millions) et de prêts (270 millions). L'Irlande du Nord, l’Écosse et le Pays de Galles se verront dotés respectivement de 33, 97 et 59 millions de livres. « J'avais dit que je ne laisserais pas tomber le secteur culturel et cet investissement massif montre notre engagement », a jugé le ministre de la Culture Oliver Dowden, qui a dit comprendre les « graves défis » auxquels les 700 000 employés du secteur font actuellement face. Ce secteur a particulièrement souffert, privé de tout revenu depuis l'instauration du confinement le 23 mars. 

Cette annonce se produit quelques jours après la publication d'une lettre ouverte à Oliver Dowden par 1500 artistes et personnalités du monde de la musique exhortant le gouvernement à agir : la crise du coronavirus a touché de plein fouet l'industrie musicale anglo-saxonne, dont la survie est à présent menacée. Parmi les signataires figuraient les Rolling Stones, Paul McCartney, Depeche Mode ou encore Rod Stewart. Nombre d'entre eux devaient se produire sur scène lors de la saison des festivals, annulée en raison de la pandémie qui a fait près de 44 000 morts au Royaume-Uni, le plus lourd bilan en Europe.

Samedi, les musées et cinémas ont été autorisés à rouvrir. Mais en raison des mesures de distanciation physique, l'avenir des concerts et festivals est beaucoup plus incertain. Depuis plusieurs jours, les appels à l'aide se succédaient. Le Premier ministre Boris Johnson s'est réjoui dimanche de cette annonce, estimant que les « comédies musicales emblématiques », « expositions fascinantes » et « concerts donnés dans les sous-sols » des pubs locaux constituaient « le cœur battant » du Royaume-Uni. 

Cette « intervention sans précédent » a été « chaudement accueillie » par le directeur général du Music Venue Trust, Mark Davyd, donnant selon lui à l'industrie de la musique vivante « le temps nécessaire pour" rouvrir "en toute sécurité ». C'est « une étape vitale pour la reprise » du secteur, a pour sa part estimé le directeur général du Royal Opera House, Alex Beard.

Sir Simon Rattle se montre lui aussi confiant. Alors qu'il avait rédigé une lettre le mois dernier, co-écrite avec Sir Mark Elder, décrivant la « possibilité d'un paysage culturel dévasté à l'issue de la crise » et la mort probable de plusieurs orchestres, le chef d'orchestre s'est exprimé avec soulagement : « maintenant que notre survie n'est plus en cause, nous pouvons commencer à reconstruire notre vie culturelle. Nous devons travailler avec le gouvernement et les scientifiques pour tout redémarrer et surtout pour jouer de nouveau devant du public. Nous pouvons maintenant nous mettre au service de la communauté et célébrer la richesse de notre patrimoine culturel.»

Cette opération s'inscrit, bien que tardivement, dans la même démarche que les annonces faites la semaine dernière par le gouvernement français : 5 milliards d'euros en aide au secteur culturel. 

La question de savoir pourquoi l'Angleterre a tant tardé pour annoncer cette solution s'est posée outre-Manche. Plusieurs hypothèses ont été avancées, notamment par l'éditorialiste et essayiste Norman Lebrecht qui décrit un système institutionnel complexe et décentralisé : « les subventions pour la culture sont gérées par le Arts Council England, qui a besoin de l'approbation du Department of Culture Media and Sport, qui doit revenir vers le ACE, etc. La duplication des efforts est littéralement en train de tuer le secteur culturel. » Il faut également invoquer la situation extrêmement difficile dans laquelle se trouve le Royaume-Uni en ce moment, victime des chiffres les plus dramatiques d'Europe concernant la COVID.