Le Festival d'art lyrique d’Aix-en-Provence, bon élève sur la parité homme-femme

Que ce soit sur scène ou dans les coulisses, la question de la parité homme-femme est devenu un cheval de bataille pour le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence.

Le Festival d'art lyrique d’Aix-en-Provence, bon élève sur la parité homme-femme
En attendant l'opéra, dans le théâtre de l'Archevêché, lieu mythique du festival d'Aix., © Radio France / A.deLaleu

Il suffit de jeter un œil aux productions du répertoire pour réaliser que le 100% masculin n’existe pas au Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Ariane à Naxos de Strauss ? Une metteuse en scène (Katie Mitchell), une décoratrice (Chloé Lamford) et une costumière (Sarah Blenkinshop). L’Ange de feu de Prokofiev ? Une éclairagiste (Felice Ross). La Flûte enchantée de Mozart ? Une costumière (Nicky Gllibrand). Didon et Enée de Purcell ? Une scénographe (Aurélie Maestre) et une costumière (Carole de Vivaise). 

Cette visibilité est le fruit d’un long travail en interne de la part de l’institution, aidée par une compagnie anglaise, Tonic, pour répondre au mieux à toutes les problématiques liés à l’égalité homme-femme et à la diversité. « Nous avons débuté avec une formation en comité de direction, puis nous avons mis en place deux groupes de travail : un sur la diversité des emplois permanents, l’autre sur l’élargissement du catalogue de créatrices à qui l’on pourrait faire appel dans le futur », témoigne Emilie Delorme, directrice de l’Académie du festival d’Aix.

La société est mûre pour que les hommes et les femmes portent ce sujet ensemble.

Dans un milieu lyrique où quasiment 100% des œuvres programmées sont composées, dirigées et mises en scène par des hommes, mettre en avant les femmes demande beaucoup d’investissement et de réflexion. Le festival d’Aix travaille sur cette question depuis plusieurs années maintenant, mais l’évolution des mentalités est encore très récente : « Beaucoup d’artistes ont souffert d’être stigmatisés en portant cette parole-là. Mais depuis un an, il y a un tournant énorme : la société est mûre pour que les hommes et les femmes portent ce sujet ensemble », lâche Emilie Delorme. 

Ateliers, écriture inclusive et réflexion artistique

Concrètement, l’institution met en place des ateliers comme Women opera makers, menés par la metteuse en scène Katie Mitchell. Ceci permet à une quinzaine d’artistes nt de travailler sur l’estime de soi, personnelle et professionnelle ou encore la gestion des comportements sexistes au quotidien. 

D’autres actions entrent davantage dans le détail comme la féminisation des mots : autrice, metteuse en scène, cheffe, etc. Ou la meilleure prise en considération des situations personnelles des artistes, notamment les femmes enceintes. 

Mais c’est sur la plan artistique que le festival nourrit une réelle réflexion sur la visibilité des femmes. « Il faut faire avancer la question du débat sur le répertoire, explique la directrice de l’Académie, passer en revue les livrets et mentionner ce qui est sexiste et raciste pour que les metteurs et metteuses en scène arrivent à contextualiser ces éléments et les présentent d’une façon qui corresponde à ce que l’on vit dans la société ».

Même discours du côté des créations : les artistes ont carte blanche mais l’institution souhaite que les livrets soient représentatifs de la société qu’elle veut montrer et défendre. Seven Stones est un bel exemple en matière de diversité : une des solistes est originaire de Madagascar, une autre du Japon, et le librettiste s’est adapté à ces deux femmes en proposant dans son oeuvre deux petites histoires liées à ces deux pays. 

Quant aux productions tirées du grand répertoire, pour cette 70e édition du festival, chacune s’empare à sa manière de ces questions de parité homme-femme ou de diversité. On pense alors à Didon dans l’opéra de Purcell qui n’est plus présentée comme une victime, et est introduite par un prologue imaginé par deux femmes : Maylis de Kérangal et Rokia Traoré. Le sujet, porté par le metteur en scène Vincent Huguet, montre que l'engagement du festival pour la parité homme-femme ne se résume pas à des actions internes. Hommes et femmes, artistes et salariés, s'emparent du sujet pour le rendre visible.