Le Festival de Saint-Denis au service de son public

Un demi-siècle d'existence pour le Festival de Saint-Denis dont la programmation est toujours prestigieuse. Mais le plus grand succès de la manifestation est certainement d'avoir su conquérir le public local. Plus de la moitié des spectateurs provient de la Seine-Saint-Denis.

Le Festival de Saint-Denis au service de son public
Le Festival de Saint-Denis accueille en moyenne 45 000 spectateur par édition, dont plus de la moité provient de Saint-Denis et des communes voisines, © Ch. Fillieule / Festival de Saint-Denis

Depuis le 3 juin dernier, le Festival de Saint-Denis s’est installé dans la basilique royale et dans la maison de la Légion d'honneur pour célébrer son cinquantième anniversaire. Une manifestation qui sait toujours autant attirer les artistes prestigieux. Avec cette année : Myung-Whun Chung, Antonio Pappano, Renaud Capuçon, ou John Eliot Gardiner.

Mais ce qui constitue certainement le plus beau succès du festival, c’est d’avoir su conquérir le public local. Saint-Denis et les villes alentours sont des zones très populaires et parmi les plus pauvres de France. Grâce à des actions de sensibilisation des publics, le festival a su nouer un lien fort avec les habitants. Une volonté qui est d'ailleurs à la base de la naissance de l'événement. En 1968, lorsque la ville communiste organise la première édition du festival, il est d'abord question de réconcilier les habitants avec le patrimoine architectural, c'est-à-dire la basilique royale et la maison d'éducation de la Légion d'honneur. 

51 ans plus tard, cet objectif est toujours là et d'autres se sont invités. « Il y a un manque de transmission du patrimoine musical au sein des familles, explique Nathalie Rappaport, directrice du festival. C'est pour cela que dès les années 1990, le festival a initié des actions dans les écoles, puis les collèges et enfin les lycées. Il y a toujours eu cette volonté sur le territoire de Saint-Denis de montrer que ce patrimoine d'excellence est pour tout le monde ». 

Chaque année, le festival met en place des parcours de pratique artistique et de découverte culturelle, principalement à destination des scolaires. Cette année, 76 classes de primaires et 50 de collèges ont participé à des ateliers ou à des concerts. « Grâce à ce travail mené au long cours, le festival touche désormais un nombre important de spectateurs locaux. Il est inscrit dans l'histoire et dans la vie quotidienne de ce territoire » poursuit Nathalie Rappaport. 

La musique classique pour tous 

Et les enfants ne sont pas les seuls à être choyés. En tissant des partenariats avec des structures associatives du champ social situées dans territoire de Plaine Commune (regroupement de 9 municipalités de Seine-Saint-Denis), le festival propose également des parcours culturels aux adultes. La maison de quartier du Landy, à Saint-Ouen, a initié cette année une action dédiée aux familles. Parents et enfants ont assisté à des ateliers de soundpainting, une technique d'improvisation musicale collective grâce à un langage de signes, dans le but de les préparer au point d'orgue du parcours, un concert symphonique dans la basilique. 

« Les personnes qui viennent nous voir viennent avant tout pour recréer du lien, explique Dounia N'Ciri, référente familles à la maison de quartier. Et nous nous servons de cet outil artistique et culturel que nous offre le festival pour renforcer ce lien. Se pose donc la question de comment emmener un public comme le nôtre à un concert alors qu'il n'est pas forcément habitué à écouter de la musique classique. Pour que ce public s'approprie cette offre culturelle, il faut d'abord le rendre acteur, lui expliquer ce qu'il allait découvrir. L'idée est donc de donner à ces familles une partie des codes d'un concert et surtout de leur dire : c'est pour tout le monde ».

Dounia N'Ciri l'observe depuis plusieurs années, le festival est connu, et surtout reconnu d'une bonne partie des habitants. « Le succès de cette manifestation, c'est qu'elle a réussi à ouvrir ses portes » reconnaît-elle. « Cela nous aide à sortir du stéréotype des gens qui vivent dans un quartier populaire et à qui on ne va proposer que des arts urbains. L'idée c'est de casser les codes ».

Les familles inscrites dans ce parcours iront assister au concert de l'Orchestre national de Lille dirigé par Alexandre Bloch, mardi 25 juin dans la Basilique royale. Au programme, la Symphonie n°5 de Gustav Mahler. Auparavant, elles ont déjà assisté aux répétitions de la Symphonie n°2, avec l'Orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung. Un moment qui a impressionné Janet, habitante de Saint-Ouen et qui n'avait jamais assisté un concert de musique classique de sa vie. Elle s'est inscrite à ce parcours culturel avec ses deux fils de 7 et 9 ans. 

« D'habitude, je ne sortais jamais de la maison, sauf pour la fête de la musique. Puis Dounia m'a parlé de ce parcours. J'ai dit que j'ai été intéressée parce que je ne connaissais pas du tout la musique classique » explique Janet. Elle avoue avoir été très impressionnée par le chef d'orchestre : « je ne sais pas comment il arrive à diriger tous ces gens en même temps ». Janet explique être impatiente de pouvoir assister au concert avec ses enfants. « Je sais que je préfère aller écouter de la musique classique plutôt que de rester seule chez moi, ça me fait du bien de sortir ». 

Toutes ces actions menées par le festival s’avèrent payantes puisque sur les 42 000 spectateurs qui viennent chaque année, plus de la moitié vient de Saint-Denis ou des communes voisines. Au total, le festival estime que depuis 25 ans, plus de 200 000 personnes ont participé à ces actions de sensibilisation, dont 150 000 jeunes.