Le festival de Radio France et Montpellier à l'heure de la nouvelle région Occitanie

Le festival de Radio France à Montpellier célèbre sa 32e édition et s’apprête à se réinventer à l’heure de la nouvelle super région regroupant le Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.

Le festival de Radio France et Montpellier à l'heure de la nouvelle région Occitanie
Le Corum de Montpellier, lieu central du festival de Radio France. (© Afp)

On avait quitté la dernière édition du festival de Radio France et Montpellier avec des inquiétudes quant à son avenir. Des rumeurs un peu confuses laissaient entendre l ‘arrêt du festival ou sa délocalisation à Paris mais tout semble rentrer dans l’ordre depuis. Le festival va mieux. « Après la première semaine seulement, nous sommes déjà au delà de nos prévisions de recettes de billetterie. C’est un critère qui ne trompe pas », analyse tout sourire Jean-Pierre Rousseau, le directeur du festival.

Hasard lié à l’actualité, le thème directeur de cette édition 2016, « Le voyage d’Orient », a trouvé un écho parmi le public qui est venu plus nombreux que prévu la journée du samedi 16 juillet, soit deux jours après l’attentat de Nice. « Nous n’avons pas observé le phénomène de sidération que l’on rencontre d’habitude. Les gens se sont dits qu’ils devaient être présents. C’était une journée très forte », explique le directeur. Le festival a décidé de maintenir un concert Beethoven initialement prévu à Perpignan mais annulé par les autorités locales à cause des événements de Nice. L’Orchestre de Montpellier s’est donc réuni au Corum de Montpellier pour interpréter une Symphonie n°5 de Beethoven dans un concert gratuit chargé en émotion.

Jean-Pierre Rousseau, directeur du festival de Radio France et Montpellier Occitanie. (© Guillaume Decalf / France Musique)
Jean-Pierre Rousseau, directeur du festival de Radio France et Montpellier Occitanie. (© Guillaume Decalf / France Musique)

Le festival de Radio France et Montpellier Occitanie, comme il convient de l’appeler désormais, a su retrouver son évidence des grandes années mais l’événement est toujours pris dans le jeu des différents partenaires institutionnels. Son premier enjeu, et de taille, est de réussir à s’adapter à cette nouvelle super région Occitanie, née du mariage du Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, deuxième plus grande région de la métropole. Avec une participation au budget du festival à hauteur de 65%, la région compte bien étendre les frontières de son événement aux huit nouveaux départements. Mais voilà qui n’est pas sans risque avec un festival déjà bien dispersé aux alentours de Montpellier. Les festivals qui ont une identité forte sont généralement liés à une ville - Avignon, Aix-en-Provence - et pas à un territoire aussi vaste.

Avec ce nouveau terrain de jeu, le festival pourrait se retrouver à programmer des concerts à Toulouse, dans le Lot ou le Gers. La concurrence avec Toulouse est mal vécue par de nombreux montpelliérains qui craignent que la ville rose ne récupère bon nombre d’événements culturels ou institutions. C’était d’ailleurs l’un des thèmes de campagne de Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de l’agglomération, lors des élections régionales. Voter pour Carole Delga, présidente actuelle de la région, c’était voter pour la main-mise de Toulouse sur la région et sur Montpellier, disait celui qui a été éliminé dès le premier tour. Et donc de la mise en péril du festival à Montpellier.

Mais depuis l’élection de l’ancienne ministre socialiste Carole Delga à la tête de la région Occitanie, rien de tout cela n’est arrivé. Au contraire, la présidente et également co-présidente du festival au même titre que Mathieu Gallet, président de Radio France, a insisté sur la nécessité de poursuivre l’implantation de la manifestation sur l’ensemble du territoire tout en restant ancré à Montpellier. « Les montpelliérains et les héraultais prendraient cela pour une trahison si le festival se développait en partie à Toulouse. Même s’il ne faut pas s’interdire des incursions et des partenariats plus importants avec l’Orchestre du Capitole par exemple. Mais il n’est pas question de délaisser Montpellier » déclare Hussein Bourgi, conseiller régional et membre du conseil d’administration du festival de Radio France.

Pour cette première édition depuis la fusion des deux régions, des concerts ont été donnés à Perpignan ou à Conques. Un début timide mais qui devrait s’intensifier dans les années à venir, comme l’explique Hussein Bourgi : « C’est un terrain de jeu qui s’élargit et c’est une chance pour le festival et surtout pour le public. Mais il n’y aura jamais d’ingérence de la région dans la gestion du festival. Il s’agit plutôt d’une incitation à se saisir de ce nouveau territoire, à ce rapprocher de ces nouveaux publics qui sont éloignés des lieux de culture. La chance de notre nouvelle grande région est d’être riche de son patrimoine. Je pense qu’il faut faire vivre ces lieux dans le cadre du festival ».

Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, et Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de l'agglomération. (© Afp)
Carole Delga, présidente PS de la région Occitanie, et Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de l'agglomération. (© Afp)

La position de la région est donc plutôt claire, continuer à faire de ce festival un moyen d’aller à la rencontre de tous les publics. Une extension qui demandera certainement des moyens supplémentaires aux 2,5 millions d’euros déjà versés par l’Occitanie. Jean-Pierre Rousseau fait savoir qu’il ne serait évidemment pas contre une rallonge budgétaire mais se dit prêt à faire sans également. Le conseiller régional Hussein Bourg i estime que « tout est envisageable à partir du moment où il y a cette volonté de se déployer sur toute la nouvelle région, si la direction se saisit de cette opportunité et si Radio France partage cette envie, alors il y aura des discussions, notamment pour signer la convention triennale du festival. Il faudra que tout le monde se sente impliqué et joue le jeu. Il faudra surtout que ce nouveau projet ait du sens, un objectif et alors, je le répète, tout est envisageable ».

On imagine d'ailleurs assez mal comment le festival pourrait atteindre une renommée comme ceux d’Avignon ou d’Aix-en-Provence, sans une augmentation de budget conséquent. Avec 3,8 millions d’euros de budget, l’événement montpelliérain est loin de celui d’Aix-en-Provence (22,4 millions d’euros) ou celui d’Avignon (13,3 millions d’euros). Mais il faudra avant tout que les différents partenaires sachent se mettre d'accord, ce qui n'est pas une évidence.

Jean-Pierre Rousseau sent en effet une bataille de pouvoir entre les financeurs du festival. Surtout depuis que les négociations entre le département et l’agglomération n’ont pas abouti quant au transfert de la compétence Culture, du premier vers la deuxième. « Philippe Saurel a fait une conférence de presse à Paris au mois d’avril pour vanter la force culturelle de Montpellier, à laquelle j’étais naturellement convié. Peu de temps après, j’ai reçu un appel de quelqu’un de la région plutôt mécontent de ce qu’il percevait comme une récupération politique du festival par la ville. C’est avec des comportements comme ceux-ci que nous mettons en danger le festival. Evidemment que je n’allais pas oublier de rappeler que la région est le principal financeur du festival » raconte Jean-Pierre Rousseau.

Faute d’accord entre le conseil général de l’Hérault et l’agglomération de Montpellier, la compétence Culture du département reviendra finalement à Philippe Saurel à partir du 1er janvier 2017, comme le prévoit la loi. Philippe Saurel a déjà des idées pour prendre davantage le leadership culturel dans sa ville. L’idée choc évoquée par Jean-Paul Montanari, le directeur de Montpellier Danse, dans une interview accordée à Télérama, de fusionner les trois grands festivals montpelliérains (Montpellier danse, le Printemps des comédiens et le festival Radio France) en un seul, est en fait son idée.

« Cela fait quelques mois que j’ai commencé à réfléchir à cette idée. Jean-Paul Montanari l’a fait sienne mais je pense qu’il ne faut pas précipiter les choses. Si l’on veut vraiment ancrer ce festival dans une région et lui donner une visibilité à l’internationale, c’est à mon avis une bonne idée d’imaginer une grande structure pour fédérer ces trois rendez-vous. Montpellier Danse et le festival de Radio France se suivent, il y aurait donc une logique à les relier. Il est encore trop tôt pour savoir concrètement comment traduire cela. Il nous faut bâtir un projet et surtout convaincre tous les partenaires » explique le maire de Montpellier.

Philippe Saurel imagine présenter ce projet à l’horizon 2020 avec la volonté d’en faire son grand axe culture pour les prochaines élections municipales. Mais cette idée est loin de faire l’unanimité. A la région, on se dit « pas convaincus par cette idée ». Hussein Bourgi ne souhaite pas que cette fusion puisse être le moyen de masquer les difficultés budgétaires rencontrées par certains festivals. « Cela pourrait créer l’illusion d’avoir plus de moyens pour organiser un super festival mais cela reviendrait certainement à réduire le temps de l’événement et donc de faire disparaître des dizaines de spectacles ou concert » se justifie l’élu régional.

« Je ne voudrais surtout pas qu’une fusion des trois festivals vienne gommer ce qui fait l’identité de chacun de ces rendez-vous. Le risque serait de faire du marketing territorial plutôt que de faire la promotion des différentes disciplines artistiques » explique Hussein Bourgi. Une position partagée par la présidente de région, Carole Delga.

Hussein Bourgi, conseiller régional de l'Occitanie et membre du conseil d'administration du festival de Radio France et Montpellier. (© Afp)
Hussein Bourgi, conseiller régional de l'Occitanie et membre du conseil d'administration du festival de Radio France et Montpellier. (© Afp)

A Radio France non plus, on n’est pas séduit par l’idée. Jean-Pierre Rousseau, le directeur du festival estime que le « fait que les trois festivals n’aient pas les mêmes sources de financement pose déjà un problème. Rien n’empêche d’imaginer des mutualisations, notamment pour ce qui est de la communication. Se regrouper pour acheter des espaces publicitaires en parlant des trois festivals de Montpellier, cela me paraît plus pertinent que de communiquer sur un seul festival fourre-tout ».

Le festival de Radio France et Montpellier Occitanie a, semble-t-il, encore de beaux jours devant lui. Pour l’année prochaine, Jean-Pierre Rousseau lance quelques indices pour nous tenir en haleine. Tout d’abord, le festival devrait accueillir un orchestre du festival. L’ensemble serait constitué des meilleurs élèves des huit conservatoires de la région et tournerait sur l’ensemble du territoire. Dernier indice sur le thème du festival l’année prochaine, Jean-Pierre Rousseau laisse entendre qu’il s’agira d’un anniversaire centenaire lié à 2017, mystère…

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