« Le docteur Faustus » de Thomas Mann : la musique classique fait résonner l’histoire

Cette semaine France Musique met en lumière l’ouvrage de Thomas Mann, le « docteur Faustus ». Portrait fictif d’Adrian Leverkühn, un musicien en quête de l’œuvre absolue, l’ouvrage révèle l’obsession et la folie de cet artiste qui fait écho au contexte historique de l’Allemagne de l’entre deux guerres.

« Le docteur Faustus » de Thomas Mann : la musique classique fait résonner l’histoire
Thomas Mann © Condé Nast Archive/Corbis

Figure centrale de la pensée allemande, auteur de Mort à Venise et passionné de musique classique, Thomas Mann (1875-1955) accordait dans ses ouvrages une place proéminente à la musique classique. Le docteur Faustus (1947) en est l’exemple. Roman dense sur l’âme allemande de l’entre-deux guerres, le récit met en scène l’écriture musicale d’un compositeur dévoré par le basculement de son époque.

L’écrit présente le personnage fictif et musicien de génie Adrian Leverkühn par l’intermédiaire de son ami d’enfance, Serenus Zeitblom qui se fait narrateur de l’histoire. On y découvre la volonté du musicien à réaliser l’œuvre dodécaphonique parfaite - l’exil de Thomas Mann aux Etats-Unis dès 1938 auprès d’Arnold Schoenberg a grandement inspiré ces nombreux passages sur la musique sérielle - dans un contexte en proie à de nombreux changements, celui de l’Allemagne de l’entre-deux guerres.

Ouvrage historique et musical, le climat qui gouverne le pays à cette époque pousse le musicien ombrageux dans son obsession de perfection. La quête d’Adrian Leverkühn, ne s’assouvit qu’au prix de sa propre destruction. De façon analogue au personnage de Faust lors de sa rencontre avec Méphistophélès, Adrian perd son âme – et signe la fin de son art - lorsqu’il accepte un pacte, venu du diable, en échange de la connaissance.

Une décision qui fait écho au contexte historique du pays qui souffre de la montée des idéologies barbares et qui tend, lui-aussi à se livrer à ses propres démons. Thomas Mann dresse le tableau d’un artiste, qui, dans ce contexte, perd sa liberté s’il ne rompt pas avec le pouvoir qui se met en place : « Seul est libre ce qui est neutre » écrit l’auteur. En s’alliant au diable, Adrian Leverkühn étouffe par ce geste sa conscience pour ne faire valoir que ses capacités créatrices. Ce pacte lui permet de produire des créations hors du commun qui au fur et à mesure tomberont dans la folie.

« En d’autres termes, il est des conquêtes de l’âme et de la connaissance qui sont impossibles sans la maladie, sans la folie, sans crime de pensée et les grands malades » écrit Thomas Mann.

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