Le dernier fragment de la « coupe Lohengrin » repose à Bruxelles

L’unique fragment de la « coupe Lohengrin », créée par Louis II de Bavière pour Richard Wagner, se trouve à Bruxelles. Ce morceau a été sauvé des ruines après le bombardement de Bayreuth en 1945.

Le dernier fragment de la « coupe Lohengrin » repose à Bruxelles
Fragment de la coupe Lohengrin, © AFP / EMMANUEL DUNAND

Le fragment de porcelaine repose dans un petit coffret noir, recouvert de similicuir et garni de velours et de soie, chez le facteur d'orgue Patrick Collon, dans une maison bruxelloise remplie de livres, de partitions et de portraits.   

Sauvé des ruines en 1945 après le bombardement de Bayreuth, ce morceau constitue l’unique vestige de la coupe créée par Louis II de Bavière pour Richard Wagner. Le tout jeune roi, qui deviendra un immense admirateur de l'oeuvre du compositeur « avait à peine 18 ans quand il a commencé à songer à cette coupe et il y a pensé intensément pendant six mois », raconte à l'AFP Patrick Collon.  

Le chevalier au cygne

A 15 ans, Louis II de Bavière assiste pour la première fois à la représentation d'un opéra de Wagner, Lohengrin, à Munich. Pénétré des vieilles légendes germaniques, le jeune homme s'identifie au héros, le Chevalier au cygne.

Deux ans plus tard, il songe à la réalisation d'une coupe en porcelaine, décorée exclusivement de scènes de Lohengrin. L'idée ne le lâchera plus. « C'était sa première création. Ce n'est pas lui qui l'a réalisée, ce n'est pas lui qui l'a peinte mais il a imaginé les scènes qui ont été dessinées ensuite par son professeur de dessin » le peintre Leopold Rottmann, précise son actuel dépositaire.  

Devenu roi, Louis II de Bavière souhaite offrir l’objet au maître de Bayreuth : « Il a fait chercher Wagner, qui se cachait de ses créanciers, dans toute l'Europe centrale. Il a trouvé le compositeur et lui a donné cette coupe en mai 1865 pour son 52e anniversaire », au château de Berg, dans le sud de l'Allemagne.

La coupe Lohengrin, en porcelaine de Nymphenburg, était complétée d'un couvercle et d'anses en forme de cygne. Dessus, étaient reproduites quatre scènes de l'opéra. Sur le seul morceau conservé, le pied du vase et un arrondi, sont représentés un cygne doré et la scène d'Elsa au balcon, avec Telramund et Ortrud, que l'on devine conspirant dans la pénombre.

Ce morceau est le seul qui a survécu au bombardement de Bayreuth, le 5 avril 1945. Deux autres vases de même inspiration et facture, une coupe Tanhäuser, donnée par Louis II en 1866 et une coupe Fliegender Holländer (Le Vaisseau fantôme), offerte en 1867, ont été entièrement détruits ce jour-là. 

Fragment de la coupe Lohengrin
Fragment de la coupe Lohengrin, © AFP / EMMANUEL DUNAND

Un fragment sauvé

Mais comment ce morceau de la coupe Lohengrin est-il arrivé à Bruxelles en novembre 1949, alors que l’on pensait que l’objet avait été totalement détruit pendant les bombardements ? « En fait, en 1949, les frères Wagner avaient fait parvenir ce fragment dans une jolie boîte à une bienfaitrice belge. A la fin de sa vie, elle l'a donné à un ami musicien. Je l'ai reçu après le décès de ce dernier », explique Patrick Collon, aujourd'hui âgé de 75 ans.

La généreuse mécène bruxelloise s'appelait Juliette et a contribué à la renaissance du festival de Bayreuth en 1951. Surnommée « Jeanne D’Arc » par les frères Wolfgang et Wieland Wagner, elle faisait partie du cercle intime et se rendait chaque année à Bayreuth. Elle n'y est plus retournée après le scandale du Ring de Chéreau en 1976.

Le dépositaire du fragment l'a récemment sortie de son écrin de satin bleu-nuit afin d'en exposer la genèse à une assemblée de Wagnériens venus à Bruxelles pour la nouvelle production de Lohengrin par Olivier Py au Théâtre de la Monnaie. « Un ami perspicace m'avait dit : finalement, elle est émouvante parce qu'elle est cassée. C'est vrai, parce que dans toute sa gloire, elle n'aurait peut-être pas été aussi émouvante qu'elle l'est maintenant », confie-t-il. « Ce fragment a survécu à toutes les horreurs de la guerre ! »

avec AFP