Le Conservatoire de Paris s’associe à El Sistema

Le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris a signé un protocole d’accord avec le programme d’éducation musicale vénézuélien El Sistema visant à l’échange de connaissances et d’expériences.

Le Conservatoire de Paris s’associe à El Sistema
Eduardo Mendez, Bruno Mantovani et Valdemat Rodriguez lors de la rencontre au CNSM (©France Musique)

La rencontre était symbolique : au centre, le directeur du CNSM de Paris, également compositeur et chef d’orchestre, Bruno Mantovani et, à ses côtés, le docteur Eduardo Mendez, directeur des orchestres de la Fondation Simon Bolivar, et Valdemar Rodriguez, fondateur de l’Orchestre Banda Sinfonica Juvenil Simon Bolivar. Une rencontre pour marquer le nouvel accord entre le prestigieux conservatoire français et le célébrissime programme pédagogique vénézuélien (qui fête en 2015 son 40ème anniversaire), visant à favoriser les échanges sous la forme de deux séjours d’observation par an.

Vendredi 23 janvier, dans la salle d’orgue du conservatoire, « El Sistema » était presque devenu une formule magique, évoquant à la fois une autre vision de l’apprentissage de la musique, un rêve d’une société meilleure, une pensée collective et égalitaire. Les propos les plus séduisants se multiplient : chacun peut accéder au núcleo (centre de musique) sans avoir à passer de concours d’entrée, sans avoir à respecter une date d’inscription, chacun y reçoit un instrument, joue en orchestre dès le premier jour, peut devenir un chef d’orchestre dont les musiciens sont fiers… El Sistema, un « voyage en utopie », comme le note très justement Vincent Agrech dans un grand dossier consacré au programme dans le magazine Diapason du mois de décembre (l’article est aussi accessible en ligne).

Gratuité, accès facilité… Bruno Mantovani ponctue l’échange de traits d’humour face à un public en partie composé de représentants de l’Etat et de la ville de Paris, où l’on sait que la question des inscriptions en conservatoire – véritable « parcours du combattant » - est particulièrement sensible. Le directeur du conservatoire pense-t-il à une réorganisation du système de l’enseignement de la musique en France ?

Un El Sistema à la sauce CNSM ?

Il était tentant de voir dans l’ébauche de ce partenariat un El Sistema à la française sous l’égide du conservatoire. Il n’en est rien : la vocation de cet échange n’est pas, pour le CNSM, de supplanter les initiatives sociales existantes - El Sistema France et le projet Démos – mais plutôt de tirer des leçons des valeurs portées par El Sistema. L’une de ces valeurs retient particulièrement l’attention, celle d’ « aventure collective ».

Penser l’apprentissage de la musique de manière plus collective, sans pour autant rompre avec le modèle traditionnel français « un élève / un professeur », c’est un peu l’espoir qu’on pouvait lire dans les nombreuses prises de parole de Bruno Mantovani. « L’ennemi principal de l’artiste est sûrement la notion de carrière » assure-t-il, pour mieux ensuite privilégier le partage et la vulgarisation, « valeurs pour lesquelles tout artiste doit se battre », et que « la visite d’unnúcleo nous rappellent instantanément ».

Le directeur du CNSM insiste particulièrement sur l’apprentissage collectif dans le système vénézuélien, et sur la dynamique de groupe au sein des formations musicales. On ne peut s’empêcher alors de penser à ce que Pauline Adenot, doctorante en musicologie et en sociologie, appelle « la problématique du passage de l’individuel au collectif dans la carrière des instrumentistes d’orchestre symphonique » et à l’idée commune – et ancienne - selon laquelle la formation musicale française, en glorifiant les solistes, est une « fabrique d’individualités, quand l’orchestre est une ruche où chaucun doit tenir sa place sans se poser de question ». L’apprentissage musical d’El Sistema repose au contraire sur la pratique collective, y compris pour les instrumentistes les plus traditionnellement isolés, comme les pianistes. Certains projets font en effet état d’un apprentissage collectif du piano, notamment grâce à des transcriptions d’œuvres orchestrales pour plusieurs pianos.

L’harmonie des instrumentistes au service de l’excellence de l’orchestre, c’est aussi ça, l’ « utopie » transmise par El Sistema. Une question certes moins populaire que l’utopie sociale à laquelle est généralement associée le programme, mais néanmoins essentielle à l’heure où le monde musical connaît de si grands sursauts. Le programme ne se contente d’ailleurs pas d’enseigner la pratique collective, il initie aussi à l’écoute : chaque personne qui sort du núcleo ne deviendra pas forcément musicien dans l’Orchestre Simon Bolivar, mais le plus grand nombre continuera à écouter de la musique…

►Pour aller plus loin...
Le 8 mars, Anne Montaron diffusera dans Alla Breve l'oeuvre de Marianela Arocha (compositrice issue d'El Sistema ) Retablos, le 8 mars prochain.

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