Le conservatoire de Lille fait payer le prix fort aux non-lillois

La nouvelle tarification votée par la ville de Lille suscite la colère des élèves du conservatoire. Plus de 200 d'entre eux ne résidant pas à Lille, Lomme ou Hellemmes devront payer les 1866 euros de droits d'inscription.

Le conservatoire de Lille fait payer le prix fort aux non-lillois
L'auditorium du conservatoire de Lille , © Maxppp / Philippe Pauchet

Au conservatoire de Lille, professeurs, élèves et parents d’élèves sont autant sous le choc qu’en colère. Le 31 mars dernier, une décision du conseil municipal au sujet d’une actualisation des tarifs du conservatoire à rayonnement régional était votée dans une relative discrétion. Mais la décision commence à faire du bruit, principalement depuis que le site de la mairie lille.fr a publié un article lundi 15 mai qui explique cette actualisation des tarifs à l’occasion de l’ouverture des inscriptions pour l’année prochaine.

La raison de ce choc ? Les élèves qui ne résident pas à Lille, Lomme ou Hellemmes et qui sont inscrits en parcours éveil/initiation, hors cursus, 1er et 2e cycle ne bénéficieront plus de la prise en charge des frais de scolarité. Ils devront alors payer eux-mêmes la somme de 1866 euros pour une année scolaire, moyenne basse du coût d’accueil calculé par la mairie. Contre 0 à 500 euros en fonction du quotient familial jusqu’à présent.

A ce prix-là, on imagine que peu de parents auront la trésorerie nécessaire pour assurer une année de cours de musique à leurs enfants . Et encore moins les adultes qui sont inscrits en chœur ou pratique d’orchestre qui devront débourser cette somme pour deux heures de cours hebdomadaire. Certaines spécialités ne sont pas concernées par cette mesure, c’est le cas des classes à horaires aménagés et des « disciplines rares » comme le théâtre, la danse, la contrebasse, la musique ancienne ou la direction d’orchestre.

Marion Gautier, adjointe au Maire de Lille en charge de la Culture, explique que cette décision a été prise pour réparer une « inégalité sur le financement de certains cursus. Il n’est pas normal que les contribuables lillois paient pour des élèves qui sont domiciliés dans des villes qui ne cotisent pas pour le fonctionnement du conservatoire ». L’adjointe précise qu’une cinquantaine de villes environnantes sont concernées et que des négociations ont été entreprises avec les maires pour les convaincre de financer les études de leurs administrés en fonction de leur quotient familial.

La ville de Lille qui prend en charge 74% du budget de 7,2 millions d’euros de son conservatoire à rayonnement régional souhaite donc que les communes concernées prennent leur responsabilité. Problème, à ce jour, peu d’élus ont accepté de prendre en charge les frais, laissant élèves et parents totalement désarmés pour les inscriptions ou réinscriptions pour l’année prochaine. Pierre Otzenberger, 21 ans et représentant des élèves majeurs a fait les comptes : « 216 élèves sont concernés par ces tarifs. C’est presque 10% de l’effectif total. C’est énorme ! Cela veut dire que ces élèves ne reviendront plus à la rentrée et seront privés d’un enseignement de qualité. C’est terriblement inégalitaire ». Les parents d’élèves se sont regroupés à l’appel de Marie-Anne Dreszer, représentante des parents d’élèves et avocate et ont décidé de saisir la justice en déposant une procédure de référé-suspension. « Si la justice va dans notre sens, nous pourrions bloquer l’application de ces nouveaux tarifs d’ici le début du mois de juin » explique Pierre Otzenberger.

Marion Gautier tient à tempérer ce chiffre de 216 élèves. « Il ne faut pas oublier que parmi eux, une trentaine devrait passer en 3e cycle l’année prochaine. Un cycle professionnalisant qui est financé par la région et la métropole. Ceux-là ne seront donc pas concernés. Il faut par contre trouver des solutions pour les autres et c’est pourquoi je veux continuer à tenter de convaincre les élus pour qu’ils prennent leur part de responsabilité. Je suis prête à accompagner les parents d’élèves pour les aider et rencontrer les maires des communes concernées. »

L’élue insiste également pour que la Métropole européenne de Lille se saisisse du dossier pour répondre à la baisse des dotations de l’état qui touchent les conservatoires ces dernières années. Les relations entre la ville, tenue par la socialiste Martine Aubry et la métropole, tenue par Damien Castelain, un maire sans étiquette, ne sont pas faciles ces derniers temps explique Jean-Louis Ollé, professeur titulaire de basson au conservatoire et délégué syndicale FO. « Cette décision nous a tous pris de court. Si on peut comprendre la raison, la méthode employée et les conséquences sont très brutales. Si ces 200 élèves ne se réinscrivent pas à la rentrée, cela va complètement déséquilibrer le fonctionnement du conservatoire. Cela reviendrait à supprimer 126 heures cours par exemple ». Jean-Louis Ollé, qui a déposé un préavis de grève pour le mercredi 24 mai, parle également des grandes conséquences pour les ensembles du conservatoire. Il prend l’exemple d’un orchestre d’élèves qui passerait de 28 membres à 8, si la mesure n’était pas suspendue.

« Cette modification tarifaire va provoquer un effet domino. Imaginez un enfant qui souhaite apprendre le violon et qui n’a pas accès au conservatoire. Il devra se reporter sur les écoles municipales et n’aura pas forcément le niveau requis pour passer l’examen d’entrée en troisième cycle. Cette décision est profondément inégalitaire et pénalisera les enfants sur plusieurs années ». Le professeur et délégué syndical rappelle également que le conservatoire n'a pas de directeur attitré depuis 9 mois et que cela n'a pas permis d'avoir une négociation à ce sujet avec la mairie. Ce n’est pas la première fois que la ville de Lille tente de mettre en place un système de tarifs différents pour les non-lillois. C’est le cas du zoo de Lille qui depuis le mois de mai pratique une discrimination en demandant aux « étrangers » de payer leur entrée.