Le Conservatoire de Brest menacé par d'importantes restrictions budgétaires

Brest veut faire des économies drastiques dans de nombreux domaines, et notamment au Conservatoire à rayonnement régional (CRR). Dans un document de travail confidentiel de la Métropole qui a été divulgué, on apprend qu'il est question d'abandonner le label CRR et de baisser le budget de 20%.

Le Conservatoire de Brest menacé par d'importantes restrictions budgétaires
L'hôtel de ville de Brest, © AFP / Fred Tanneau

Dans un article datant du mois de mars 2015, francemusique.fr félicitait la ville de Brest pour avoir maintenu, malgré l'annonce de la suppression des dotations de l'Etat, sa volonté de passer de conservatoire à rayonnement départemental à rayonnement régional. Un an et demi plus tard, nous pourrions bien être contraints de retirer ce « bon point » puisque après avoir obtenu le fameux label CRR en 2014, la Métropole de Brest envisage tout simplement de l'abandonner. La capitale du Finistère veut faire des économies drastiques et les pistes étudiées pour y parvenir sont aussi rudes qu'un coup de vent sur le pont de Recouvrance.

Dans un document de travail confidentiel de la Métropole et de la Ville, rendu public sur les réseaux sociaux, on apprend que de nombreuses solutions sont envisagées pour réduire la voilure. Rendre les temps d'activité périscolaires (TAP) payants, l'arrêt de la subvention accordée à la scène de musique actuelle Penn Ar Jazz, baisse de subventions en tous genres pour de nombreuses associations, etc. Mais l'une des hypothèses les plus dures évoquées par le document concerne le Conservatoire à rayonnement régional de Brest Métropole. L'abandon pur et simple du label CRR est donc préconisé puisqu'il représenterait une « plus-value sans rapport avec le coût ».

Ce label reçu en 2014 avait nécessité d’importants investissements, apprend-on dans le document. Pour obtenir le classement en CRR et par conséquent un financement de l’Etat, les conservatoires doivent garantir un certain niveau d’excellence en proposant de nombreuses disciplines par des enseignants diplômés. La Métropole envisagerait donc de ne pas chercher à maintenir ce niveau et s'appuie sur un probable désengagement de l’Etat et du Conseil général du Finistère. On apprend également qu'une refondation totale du conservatoire est envisagée pour recentrer son action sur la « démocratisation et la proximité » en privilégiant les cours collectifs et en limitant les « enseignements rares ». Des orientations qui ont du mal à passer auprès des enseignants et des parents d’élèves de ce conservatoire qui compte 88 professeurs, 25 agents administratifs et accueille plus de 2 000 élèves sur trois sites différents.

Dans le document confidentiel, il est rappelé que l'établissement représente à lui tout seul 20% des budgets alloués à la culture par la Ville et par la Métropole. Avec un budget de 5 millions d'euros, le Conservatoire pourrait avoir du mal à se remettre d'un tel désengagement. Selon Le Télégramme, Joël Doussard, le directeur du Conservatoire a rassemblé ses équipes jeudi 10 novembre afin de tenter de répondre aux inquiétudes. Il leur a expliqué ne pas en savoir beaucoup plus que ce qu'il a découvert dans le document confidentiel. La seule certitude du directeur est cette lettre de cadrage budgétaire - officielle cette fois-ci - l’intimant à faire baisser son coût de fonctionnement de 1,2% dès 2017 (environ 50 000 euros). La première piste envisagée pour mettre en œuvre cette économie, ne pas remplacer deux agents qui pourraient prendre leur retraite l'année prochaine.

Mais les efforts demandés à l'établissement pourraient être bien plus intenses dans un futur proche. Le CRR doit anticiper la baisse des dotations de l’Etat sur les prochaines années et donc revoir son projet d’établissement prévu pour fonctionner jusqu’en 2019. Afin de prendre en compte tous les cas de figure, Joël Doussard a décidé de se projeter dans un futur très contraint avec une baisse de 20% du budget global. Un scénario qui signifierait la suppression de 16 postes. Mais la Métropole se veut rassurante en expliquant qu’un tel cas de figure n’a que peu de chances de se produire.

Autre coup dur, la suppression envisagée de la saison de concerts symphonique de l'ensemble Entre sable et Ciel composé de professeurs du Conservatoire. Chaque année l'ensemble donne cinq concerts et cela représente un coût dont la Métropole voudrait bien se passer. Le document confidentiel précise que cela permettrait d'économiser les « compléments de salaire des enseignants, les frais de séjour et de déplacements ainsi que les frais de répétitions ». La Métropole pointe également la « sociologie des publics relativement identiques selon les concerts » et préfère donc priver ces mélomanes de musique plutôt que d'essayer de redéfinir la programmation pour tenter d'aller chercher des nouveaux auditeurs.

Interrogé anonymement dans Le Télégramme, un professeur fait état de son « découragement » face à des préconisations qui ont l'ambition de ramener le CRR à une simple « école municipale ». Espérons pour lui, pour ses confrères et pour les élèves que ces pistes envisagées par Brest demeurent en cet état.