Le Conservatoire d’Aubervilliers - La Courneuve gravement menacé

A cause d’un déficit dans son budget, le Conservatoire à rayonnement régional d’Aubervilliers - La Courneuve (CRR93) est gravement menacé. 21 postes de professeurs ne seront pas renouvelés à la rentrée. Les personnels et parents d’élèves dénoncent un « démantèlement ».

Le Conservatoire d’Aubervilliers - La Courneuve gravement menacé
Le site du conservatoire à rayonnement régional d'Aubervilliers - La Courneuve (CRR93)

A l’heure où le ministère de la Culture indique avoir pour objectif la démocratisation de l’accès à une pratique artistique - et surtout musicale - il y a comme un paradoxe à observer ces conservatoires en proie à des difficultés budgétaires. Difficultés qui trouvent leur source, pour la plupart, dans la baisse des dotations de l’Etat et qui contraignent les collectivités à bricoler pour boucler les budgets. 

C’est ce qui arrive au Conservatoire à rayonnement régional Aubervilliers – La Courneuve (CRR93) qui se retrouve avec un trou dans son budget de 192 000 euros. Ce déficit s’explique par la non-prise en compte du glissement vieillesse technicité, c’est-à-dire la hausse mécanique de la masse salariale (90% du budget du CRR93) du fait de l’ancienneté des personnels ou de leur ascension dans la hiérarchie. Résultat, les villes d’Aubervilliers et de La Courneuve sont contraintes de ne pas renouveler les contrats de 21 professeurs du CRR93 dès la rentrée prochaine.

Disparition de plusieurs classes

Cette situation ne pénalisera pas seulement les 1 500 élèves du conservatoire mais aussi la moitié des 4 000 enfants actuellement en école primaire et qui bénéficient d’un éveil musical dispensé par le conservatoire. Cela aura également un impact sur les élèves de 3e cycle en trompette et trombone, qui devront se trouver un autre établissement. La classe d’accompagnement au piano est aussi touchée alors qu’elle constitue une des principales filières qui débouche sur des emplois. Enfin, l’orchestre d’harmonie du 3e cycle risque lui aussi de disparaître. 

A terme, l’équipe pédagogique du CRR93 craint une réduction des places en conservatoire, déjà saturé, et surtout, que cette baisse globale des moyens et des volumes de cours fasse perdre le label régional dont est doté le CRR93. Dès la rentrée prochaine, les tarifs d’inscription augmenteront mécaniquement de 3% pour les locaux et de 10% pour les élèves ne résidant pas sur les deux communes. 

Le CRR93 n'est pas en danger d'après les élus

Du côté des élus, on affirme pourtant ne pas vouloir laisser le conservatoire mourir. Dans un communiqué publié sur le site de la mairie d’Aubervilliers, les élus clament que le CRR93 n’est « pas en danger ». Il est indiqué que les deux mairies d’Aubervilliers et de La Courneuve ont consenti à une dotation supplémentaire de 60 000 euros mais qu'elles ne « peuvent pas assumer la totalité des dépenses liées au conservatoire ». 

Les deux villes rejettent la faute sur l’Etat et la Région dont les financements sont « très en deçà de ce qu’ils étaient il y a quelques années ». Les élus indiquent se mobiliser « en participant aux manifestations, aux côtés des citoyen-ne-s et des organisations syndicales, pour défendre les services publiques », ce avec quoi n’est pas vraiment d’accord Emmanuelle Holder, membre de l’association des parents d’élèves du CRR93. 

« Nous avons du mal à entrer en contact avec les élus. Nous devons nous inviter à des permanences de quartier pour tenter de les approcher. Nous leur reprochons leur manque d’anticipation parce que cela fait 5 ans que nous avons connaissance de cette situation. Rien n’a été fait pour trouver une solution pérenne. A aucun moment, ils ont proposé de se réunir autour d’une table pour qu’on réfléchisse tous ensemble ». 

Emmanuelle Holder estime que les mairies d’Aubervilliers et de La Courneuve ne s’intéressent pas suffisamment au conservatoire : « Ils sont uniquement dans une logique comptable et n’ont aucune vision stratégique ». Les enseignants, les parents et les élèves restent mobilisés et ne « lâcheront rien ». Ils réclament la tenue d’un conseil d’établissement exceptionnel pour que soient réunis tous les acteurs afin de recréer du dialogue.