Le concert de demain, pour Myriam Rignol

À quoi ressemblera le concert de demain ? Pour la violiste Myriam Rignol, le concert de demain ne pourra exister qu'avec une réforme de l'Education nationale.

Le concert de demain, pour Myriam Rignol
Myriam Rignol, violiste (concertiste et enseignante), © Myriam Rignol

Faut-il ré-inventer le format du concert tel que nous le connaissons ? C'est ce qu'a proposé le Président de la République Emmanuel Macron à certains artistes, lors d'un entretien sur la crise que rencontre le secteur culturel en raison du Covid-19. 

Mesures sanitaires, intervention dans les écoles, importance des outils numériques... nous avons demandé aux artistes à quoi ressemblera, selon eux, ce « concert de demain ».

Le concert de demain, il n'est donc pas si différent de celui d'hier. Mais j'espère qu'il va à la rencontre des enfants et des jeunes, de tous. - Myriam Rignol

France Musique : Selon vous, à quoi va ressembler le concert de demain ? 

Myriam Rignol : Le concert de demain, il n'est pas si différent de celui d'hier. Mais pour moi, il passe par une réforme de l'Éducation nationale. Il n'est pas si différent d'hier, car des musiciens géniaux, originaux, virtuoses, curieux, généreux, il y en a toujours eu. Il y en aura toujours et c'est magique. Mais un enseignement des arts et la musique en particulier, un enseignement public, obligatoire, gratuit, est un devoir de l'État. Alors, les fameux Droits culturels déclarés en 2007 ne pourront jamais réellement exister ou tout au moins existeront sans une égalité à l'échelle nationale. J'aimerais que l'accès à la culture en général et à la musique en particulier soit une réelle possibilité pour tous. C'est pourquoi je voudrais, en toute simplicité, demander une réforme de l'Éducation nationale, ne serait-ce que pour redonner de bonnes conditions d'enseignement d'apprentissage à chacun, mais aussi pour y insérer cette culture qui n'est pas innée et n'est pas rendue accessible à tous. 

France Musique : Concrètement, comment envisagez-vous cette réforme de l'Education nationale ? 

Myriam Rignol : Dans le détail, je crois que c'est en maternelle et en primaire qu'il faudrait agir principalement. Pour moi, il faudrait deux demi-journées de musique, d'art, de culture ou d'autres, deux demi-journées par semaine avec, par exemple, un enseignant spécialisé détaché des écoles de musique. Et c'est là que l'articulation entre conservatoires et écoles pourrait se mettre en place de manière très étroite. 

En collège et lycée, je trouve qu'il serait plutôt préférable de favoriser la notion de club avec évidemment le club de l'école de musique qui fonctionnerait sur la base de la motivation et du volontariat, ce qui est très important à ces âges. Ce serait peut être aussi l'occasion à ces âges, à ces niveaux, d'approfondir l'histoire de l'art, non pas par la pratique, mais de manière culturelle et frontale, enseignement qui ne met pas en jeu la participation active et donc les corps, ni le fait d'aimer ou de ne pas aimer. 

Enfin, et c'est là que je réponds à la question du nouveau visage du concert de demain, j'aimerais que de la maternelle au lycée, tous les élèves aient la « possibilité obligatoire » d'assister à un concert tous les mois. Évidemment adapté :  un quart d'heure pour les maternelles, jusqu'à trois quarts d'heure pour les lycéens ou quelque chose dans ce genre. Mais  un vrai concert avec de vrais artistes interprètes. Vous en pensez quoi ? 

Bon, comme je suis concertiste et enseignant depuis plus de dix ans, je suis arrivée à des idées qui peuvent sembler un peu arrêtées. Mais évidemment, elles ne le sont pas, laissons venir les initiatives, les envies.

France Musique : Que vous inspirent ces réflexions sur le concert de demain ?

Myriam Rignol : Réfléchissons encore une fois à «pourquoi la musique ? » C'est une question primordiale, mais à laquelle il est en fait assez simple de répondre. Pourquoi la musique, même si ce serait encore mieux de considérer la musique et la danse comme une unité inséparable ? Tout simplement parce que la musique allie tout ou quasi tous les fondamentaux des apprentissages, de la culture et du vivre ensemble, c'est à dire du social instinct et intellect. Décryptage, codes lecture, développement psychomoteur global et fin concrétisation d'une réalisation et abstraction de notions techniques et émotions et évidemment, partage et entraide. Quand on joue, danse, chante ensemble, on a moins envie de se battre. Pour moi, la musique, c'est apprendre à vivre non pas comme plein de petits bouts détachés, mais vivre comme un tout. Le concert de demain, il n'est donc pas si différent de celui d'hier. Mais j'espère qu'il va à la rencontre des enfants et des jeunes, de tous.