Le concert de demain, pour Andrew von Oeyen

A quoi ressemblera le concert de demain, quand nous pourrons de nouveau y assister ? Pour le pianiste Andrew von Oeyen, les concerts intimes et inhabituels nés avec le confinement ne disparaîtront pas...

Le concert de demain, pour Andrew von Oeyen
Le pianiste Andrew von Oeyen donne une série de concerts "au balcon", © Andrew von Oeyen

Faut-il ré-inventer le format du concert tel que nous le connaissons ? C'est ce qu'a proposé le Président de la République Emmanuel Macron à certains artistes, lors d'un entretien sur la crise que rencontre le secteur culturel en raison du Covid-19. 

Mesures sanitaires, intervention dans les écoles, importance des outils numériques... nous avons demandé aux artistes à quoi ressemblera, selon eux, ce « concert de demain ».

France Musique : Comment se sont déroulés ces derniers mois ?

Andrew von Oeyen : Je vis entre Los Angeles et Paris. J’étais en tournée aux Etats-Unis quand la pandémie s’est déclarée et j’ai donc décidé de retourner en Californie. Malheureusement, ma maison ayant brûlée dans les grands incendies de l’an dernier, je ne pouvais pas rentrer chez moi et j’ai décidé de louer une petite maison avec un grand piano en attendant de pouvoir revenir dans notre appartement parisien.  

Pendant le confinement, comme beaucoup d’artistes, j’ai fait des vidéos musicales pour les réseaux sociaux. Ce fut une expérience intéressante, et je suis reconnaissant à internet de nous avoir aidé à rester en contact durant cette période.  

Comment avez-vous gardé le lien avec le public ?

Les concerts virtuels seuls ne sont pas durables. Nos auditeurs nous aiment, nous et notre musique, pour une expérience vivante et non virtuelle et, après des mois de confinement, c’est ce dont ils ont soif. C’est la même chose pour les artistes : l’excitation et l’inspiration procurées par un public en chair et en os nous manquent.    

Pour satisfaire ce besoin, j’ai commencé une série de "concerts au balcon” pour mes voisins. Elle est si populaire qu’il y a maintenant une liste d’attente. Bien sûr, c’est une expérience de concert insolite : je joue depuis mon balcon, souvent pieds nus, il n’y a pas de programme imprimé, et les auditeurs portent des masques. L’entrée est gratuite, je n’ai pas de cachet, et l’acoustique n’est pas très bonne. Mais ils sont sécurisés et ils sont magnifiques ! 

A quoi ressemblera selon vous le concert de demain ?

Il est intéressant de constater que pour la plupart des participants - et pour moi-même - expérience n’est pas moins satisfaisante qu’un concert traditionnel. En fait, ces concerts ont encore plus de sens, particulièrement après les mois de stress et d’isolement que nous avons tous connus. Les gens sont enthousiastes de pouvoir entendre de la musique dans des lieux inhabituels ou détournés. Ils aiment le fait que ce soit bizarre. L’aventure est au sens propre et figuré une bouffée d’air pur, et je pense qu’il y a un vrai potentiel pour rendre cette série durable - même après le virus - avec des entrées payantes. Nous avons la chance en Californie d’avoir beau temps et je connais beaucoup de gens dans notre communauté qui voudraient déjà avoir des concerts pour tous dans leurs jardins. Pourquoi pas à Paris aussi ?

Au delà de sa tragédie, le coronavirus a généré un élan créateur. Les musiciens ont du se réinventer et devenir encore plus pertinents et en lien avec ce qui les entoure qu’auparavant. Bien sûr, je suis impatient de revenir dans les salles de concert et de jouer à nouveau devant un orchestre complet, mais je ne voudrais pas que ces concerts intimes et inhabituels ne disparaissent. Et je ne pense pas qu’ils disparaîtront. Le public les aime tellement qu’il est prêt à les soutenir financièrement. Car ils nous ont obligés non seulement à entendre la musique autrement mais aussi à être à l’écoute du sens profond de ce que nous faisons.