Le compositeur Pierre Henry, figure de la musique électroacoustique, est mort

Mis à jour le jeudi 06 juillet 2017 à 13h55

Le compositeur Pierre Henry est mort mercredi 5 juillet à l'hôpital Saint Joseph (Paris) à l'âge de 89 ans. Auteur notamment de la « Messe pour le temps présent », il était des pères de la musique électroacoustique.

Le compositeur Pierre Henry, figure de la musique électroacoustique, est mort
Le compositeur Pierre Henry est mort jeudi 6 juillet à l'âge de 89 ans., © Getty

Un titan de la musique électroacoustique s'est éteint : le compositeur Pierre Henry est mort mercredi 5 juillet à l'âge de 89 ans. Né à Paris le 9 décembre 1927, il est notamment l'auteur de Dracula (2003), d'Orphée, cet opéra expérimental de Pierre Schaeffer auquel il a collaboré, des variations pour une porte et un soupir (1963), des Chants de Maldoror, oeuvre radiophonique composée pour France Musique en 1993 et surtout de la Messe pour le temps présent (1967), commandée par Maurice Béjart, et dont le Psyché Rock restera dans les mémoires.

Élève de Nadia Boulanger au Conservatoire de Paris, maus aussi d'Olivier Messiaen, il rencontre Pierre Schaeffer en 1946. Dès le début des années 1950, il fait prendre à sa musique, et à la musique en général, un virage : il se libère des mélodies, des notes et des accords pour s'engager dans un travail de la dynamique, de la durée, des couleurs. La rencontre avec Pierre Schaeffer le marque : « Ce n'est que plus tard, en 1948, que s'est opéré le déclic, lorsqu'a surgi de ma radio quelque chose de prodigieux, de jamais entendu : Etudes de bruit, d'un certain Pierre Schaeffer, qui sonnait différemment de la musique habituelle et générait dans ma tête une foule d'images » témoigne-t-il en 2010 dans une interview pour Télérama.

En 1949, Pierre Henry fait une seconde rencontre marquante, celle du chorégraphe Maurice Béjart. Une rencontre qui se traduit bien vite par plusieurs réalisations : Orphée, en collaboration avec Pierre Schaeffer, Haut voltage (1956), La Reine verte (1959), Investigations (1959), et surtout la Messe pour le temps présent (1967), suite de danses composée avec Michel Colombier et créée au Festival d'Avignon dans la cour d'honneur du palais des papes. C'est dans cette oeuvre que se trouve le plus grand succès de Pierre Henry auprès du grand public : Psyché Rock, morceau qui sera repris dans un nombre important de films et de publicités, et deviendra le générique du dessin animé Futurama.

Si le succès de Psyché Rock amène à Pierre Henry le succès, l'oeuvre n'est pour autant pas représentative de l'ensemble de son travail, et le compositeur refuse de se répéter. Il dira plus tard à ce propos, dans ce même entretien pour Télérama : « beaucoup d'éditeurs et de maisons de disques me poussaient pour que j'écrive d'autres pièces du même genre. Impossible ! Je n'ai rien contre le succès - avec Michel Colombier, nous avons vendu des milliers d'exemplaires de la Messe ! - mais rien ni personne ne m'obligera à bégayer, fût-ce pour de l'argent ».

Chef du Groupe de recherche sur les musiques concrètes (GRMC), le futur GRM (Groupe de recherches musicales), il quitte Radio France pour créer un studio indépendant, l'APSOME (Applications de Procédés Sonores en Musique Electroacoustique) en 1959. Sa dernière oeuvre, Continuo ou Vision d'un futur, commandée par la Philharmonie de Paris, y a été créée en 2016.

France Musique revient sur l'immense carrière musicale de Pierre Henry dès ce jeudi 6 juillet. Clément Rochefort lui rendra hommage dans la matinale du vendredi 7 juillet, et invite pour ce faire le compositeur italien Daniel Teruggi, directeur de l'INA-GRM et ami de feu Pierre Henry. Yves Bigot, directeur de TV Monde et co-auteur de la Maison des sons de Pierre Henry, Jean-Noël Tronc, directeur de la SACEM et Yann Olivier, ancien directeur d'Universal Classics, interviendront également. Par ailleurs, le concert de l'Orchestre national de France de ce jeudi sera dédié à la mémoire du compositeur.

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