Le Centre de musique baroque de Versailles lance sa première Académie

« Le CMBV rayonne beaucoup à l'international par des projets artistiques, scientifiques ou pédagogiques. On s'est dit qu'on pouvait aussi faire venir les gens à la maison.» Le laboratoire de la musique baroque française se lance dans la pédagogie. Décryptage.

Le Centre de musique baroque de Versailles lance sa première Académie
CMBV : L'hôtel des menus plaisirs, © Pierre Grosbois

Le Centre de musique baroque de Versailles entame un nouveau chapitre de son histoire : il ajoute un volet pédagogique à sa démarche de découverte, d'interprétation et de diffusion du répertoire français des XVIIe et XVIIIe siècles et lance une Académie internationale de musique baroque. Mais l'idée n'est pas sortie du chapeau : depuis plusieurs années, le CMBV organise des résidences pédagogiques et des masterclasses avec les partenaires européens et extra-européens, comme en République Tchèque, en Hongrie ou au Brésil. 

« Le CMBV rayonne beaucoup à l'international et va porter la bonne parole de la musique française à la fois par des projets artistiques, scientifiques ou pédagogiques, comme pour la semaine de musique baroque à Rio, » explique Benoît Dratwicki, directeur artistique du CMBV. « Finalement, on s'est dit qu'on pouvait aussi faire venir les gens à la maison. » Surtout quand la maison, c'est l'Hôtel des Menus-Plaisirs lieu emlématique de la Révolution Française, mais qui a servi auparavant comme principal 'producteur' des divertissements du Roi Soleil. Et où le CMBV a pris ses quartiers depuis 1996.  « Il s'agit d'ouvrir les portes de ce lieu hautement symbolique situé en plein cœur de Versailles, qui fait rêver tous nos partenaires, qu'ils soient étrangers ou pas, d'ailleurs. Et en même temps, renforcer les liens avec la ville qui nous soutient depuis toujours avec beaucoup d'enthousiasme. Le projet de l'Académie nous permet de nous démarquer par rapport à l'offre culturelle déjà pléthorique, et notamment avec le château et sa politique de concerts et spectacles, et en même temps d'investir la ville autrement. »

C'est ainsi que pendant cinq jours en juillet prochain, la musique française du Grand Siècle va être étudiée sous toutes les coutures à travers des ateliers d'instruments, de chant et de danse, trois disciplines indissociables dans le baroque français. Sans oublier les conférences, qui réuniront pas moins de 35 intervenants, dont 23 professeurs et musiciens confirmés, sur quatre lieux d'enseignement et quatre salles de concert, y compris au Château, explique Nicolas Bucher, directeur général du CMBV. Mais si l'hôte pose le cadre, il ne s'agit surtout pas d'asséner les vérités  : « Je dis souvent que le CMBV n'est pas la police du baroque. Il n'y a pas une seule manière de faire la musique française, et ce sera l'occasion de remettre sur le plancher les certitudes, l'expérience et la manière de faire.» D'où une autre particularité de cette Académie : pour chaque atelier, deux enseignants, musiciens de haut niveau, pourront confronter leurs avis, réfléchir les choix d'une interprétation, réinterroger les sources,  « avoir l'occasion de se poser des questions d'ordre scientifique et de se dire qu'on transmet, mais tout en transmettant, qu'on questionne," explique Benoît Dratwicki. 

Des amateurs, mais éclairés

Si l'Académie se veut internationale et ouverte aux amateurs et étudiants, elle ne fera pas de sensibilisation à l'interprétation baroque sur instruments modernes, chacun viendra avec son instrument ancien sous le bras. Par contre elle offrira la possibilité aux stagiaires de jouer dans des effectifs historiques, souvent inaccessibles dans le contexte de formation ou pratique amateur : « Nous sommes convaincus qu'il y a beaucoup de musiciens,  professionnels, étudiants ou amateurs, qui sont très frustrés de ne jamais pouvoir jouer du Lully ou du Rameau dans de grands effectifs. Avoir 12 altos pour faire la musique des 24 violons du roi, c'est impossible. Ou encore, entendre vraiment comment cela sonne quand on joue du Rameau à 50, reste une vraie rareté pour des raisons financières, et notamment pour les amateurs ou les étudiants. Même les deux conservatoires supérieurs de Paris et Lyon, en rassemblant leurs forces, ont du mal à avoir un orchestre d'étudiants spécialisés dans la musique ancienne à 50 ou à 60 musiciens, ajoute le directeur artistique.

« L'idée c'est de se dire qu'il y a encore plein de chantiers à explorer ensemble, renchérit Nicolas Bucher. Quand on est isolé géographiquement ou pour plein de raisons, on pense que ce qu'on fait, il n'y a que nous qui le faisons. Le fait de se retrouver tous ensemble entre amateurs et professionnels de la musique baroque française, permet de se dire qu'on est plein à aimer cette musique - là, que ce n'est plus une niche. Recharger ses batteries, remettre en question aussi nos habitudes, créer un réseau. Et c'est un des endroits où on peut le faire, conclut le directeur.