Le "Beethoven japonais" n'était même pas sourd, selon son "nègre" !

Nouveau rebondissement au Japon après l'imposture révélée du faux-compositeur Mamoru Samuragochi. Celui qui était surnommé le "Beethoven japonais" en raison de sa surdité, aurait également menti sur son infirmité auditive selon les dires de son "nègre".

Le "Beethoven japonais" n'était même pas sourd, selon son "nègre" !
Lors d'une conférence de presse, Takashi Niigaki, le "nègre" du Beethoven japonais a également affirmé que Mamoru Smaoragochi n'était pas sourd. (© MaxPPP)

Ni Ludwig, encore moins Beethoven. Le Japonais Mamoru Samuragochi n'était pas compositeur classique et même pas sourd, contrairement à ses dires, a affirmé son "nègre" dans une interview à un hebdomadaire suivie d'une conférence de presse sur une arnaque de près de 20 ans.

Devant des dizaines de journalistes, mitraillé par les flashes, Takashi Niigaki est sorti de l'ombre et d'un silence de 18 ans, un lourd secret à en juger par son apparence de bête traquée, frêle silhouette dans un costume gris muraille. Retransmise en direct à la télévision, la confession dure plus d'une heure. Les mots sont lâchés d'un ton monocorde et disparaissent presque sous le crépitement des appareils: "depuis 18 ans, je suis le nègre de Samuragochi ".

Le faux-compositeur Mamoru Samuragochi au "travail". (© MaxPPP)
Le faux-compositeur Mamoru Samuragochi au "travail". (© MaxPPP)

Selon le récit romancé de sa vie, Samuragochi était devenu complètement sourd à 35 ans mais a continué à composer, notamment la "Symphonie No.1, Hiroshima", en hommage aux victimes de la bombe nucléaire qui avait ravagé cette ville de l'ouest du Japon le 6 août 1945. Avec ses lunettes fumées et sa longue chevelure noire, le "Beethoven japonais" avait conquis la gloire et les coeurs au fil des ans depuis une
vingtaine d'années, en composant malgré sa surdité proclamée. "Depuis la première fois où je l'ai vu jusqu'à maintenant, je n'ai pas
pensé une seule fois qu'il pouvait être sourd
", lâcha jeudi son nègre.

Samuragochi était aussi devenu l'idole classique du Japon meurtri en 2011 par le tsunami. Sa "symphonie Hiroshima" était le quasi hymne de la reconstruction, que l'on alla jusqu'à rebaptiser "symphonie de l'espoir"! Dans l'entretien à l'hebdomadaire Shukan Bunshun, le professeur de musique à mi-temps Niigaki, âgé de 43 ans, détaille. "Au départ, j'ai accepté (de composer pour lui) sans m'en faire. Mais il
est devenu de plus en plus célèbre, et j'ai commencé à craindre qu'un jour on se fasse attraper
".

"Cela a dû être dur de jouer les sourds"

"Je pensais être son assistant, mais plus tard j'ai réalisé qu'il était incapable de composer. En fait d'assistant, j'étais complice". "A maintes reprises, j'ai voulu arrêter, mais il m'a demandé de continuer en me payant. Quoi que j'aie pu lui dire, il ne me comprenait pas ". "L'an dernier, il est allé jusqu'à me dire par courriel qu'il se suiciderait si je ne composais plus ". "Cela a dû être dur pour lui de jouer les sourds. Dernièrement j'étais chez lui, seul à seul, et nous avons parlé normalement dès le départ ", affirme encore le professeur.

Parfois, assure-t-il, son "employeur" sortait de son personnage de sourd: "au début d'une conversation il parlait avec les mains ou lisait sur les lèvres, mais au fur et à mesure, il discutait normalement ". Le long silence de Niigaki ne lui a pas rapporté énormément à l'en croire:
en 20 ans, son travail de "nègre" n'a été payé que 7 millions de yen (51.000 euros au cours actuel) pour une vingtaine d'oeuvres.

Le vrai compositeur de l'oeuvre, Takashi Niigaki lors de sa conférence de presse. (© MaxPPP)
Le vrai compositeur de l'oeuvre, Takashi Niigaki lors de sa conférence de presse. (© MaxPPP)

Depuis ces révélations, Samuragochi reste muet mais a fait savoir mercredi via son avocat, dans un communiqué obtenu par l'AFP, qu'il était "profondément désolé d'avoir trahi ses fans et déçu les autres. Il sait qu'il n'a aucune excuse ". La télévision publique NHK lui avait même consacré en mars dernier un long documentaire, "Mélodie de l'âme", en le suivant notamment dans la région du Tohoku (nord-est) dévastée par le tsunami de 2011. On le voit apparemment en train de composer un requiem pour une fillette dont la mère fut une des quelques 19.000 victimes du drame. Après cette émouvante émission, des dizaines de milliers de Japonais s'étaient rués sur sa "symphonie Hiroshima": 180.000 CD vendus, alors qu'un disque classique atteint en général les 3.000 exemplaires.

Finalement Takashi Niigaki dit avoir craqué à quelques jours des JO d'hiver de Sotchi, en apprenant que le patineur japonais Daisuke Takahashi devait concourir avec des chances de médaille sur une musique attribuée au "Beethoven contemporain".

Avec AFP

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