Le ballet à la conquête des townships en Afrique du Sud

Pendant longtemps réservé à la minorité blanche du pays, le ballet classique investit les townships en Afrique du Sud, à la recherche des nouveaux talents de demain.

Le ballet à la conquête des townships en Afrique du Sud
Cours du ballet classique à Soweto, Afrique du Sud © Per-Anders Pettersson/gettyimages

En plein cœur de Soweto, Johannesburg, à seulement quelques pas des maisons de Nelson Mandela et de Desmond Tutu, un studio de danse tourne à plein régime. Le matin, la professeure de danse cubaine Maria De Los Angeles forme les danseurs sud-africains aux techniques du ballet classique, et dans l’après-midi, c’est eux qui enseignent les mouvements fraîchement appris aux enfants du township. Pendant longtemps réservée à la minorité blanche du pays, la danse classique investit les quartiers pauvres, à la plus grande joie des danseurs sud-africains qui animent déjà des ateliers de danse pour la communauté. Mmule Mokogele, professeure de danse contemporaine de 34 ans, raconte dans le reportage vidéo de l'AFP : « Je voulais faire de la danse classique quand j’étais enfant, mais il n’y en avait pas dans le township. Il fallait aller en ville et payer pour les cours. Donc, lorsque j’ai entendu parler du programme, j’étais très contente. La danse classique arrive enfin jusqu’à nous. »

A l’initiative du projet, Dirk Badenhorst, directeur du Concours international de ballet de l'Afrique du Sud. Vingt-deux ans après l’abolition de l’apartheid, il constate : « Nous avons de magnifiques danseurs contemporains, mais pas de danseurs classiques. » L’objectif du projet est de dénicher les jeunes talents de demain et de leur offrir une formation de qualité afin de les propulser sur les scènes internationales. « L’ancien directeur du ballet de l’Opéra de Paris Benjamin Millepied se plaignait récemment de l’absence des danseurs de couleur là-bas. J’aimerais que d'ici une dizaine d’années les gamins de ce projet rejoignent l’Opéra de Paris. »

www.facebook.com Depuis 2012, l’Ecole de ballet sud-africaine dispense des cours aux enfants et aux jeunes, mais depuis cette année, Dirk Badenhorst a décidé de les implanter dans les deux townships emblématiques de la capitale, Alexandra et Soweto.

« Nous avons dépensé une fortune pour ramener les gamins d’ici en ville, c’est cher et il y en a très peu qui viennent. Et en plus, les cours qui se passent ailleurs restent très blancs, et les enseignants de la ville ne veulent pas venir ici. Maintenant je forme les professeurs de danse qui vivent ici, » précise-t-il pour le BD Live sud-africain.

Maria De Los Angeles est professeure de danse classique. Elle est venue de Cuba avec pour mission de former les danseurs du township aux techniques du ballet : « C’est une expérience particulière pour moi, parce qu’à Cuba, je travaille avec les danseurs professionnels qui ont acquis les bases techniques pendant leurs études qui durent 8 ans. Ici, ce n’est pas le cas. Donc, je commence par leur enseigner les fondamentaux mêmes du ballet classique. Quand il y a de la concentration, de la passion et de l’amour, tout devient possible ! »

Pour l’instant, une douzaine de danseurs font partie du programme, et enseignent le ballet à une centaine d’enfants. En trois ans de programme, Dirk Badenhorst espère former un millier d’enseignants de ballet classique qui vont continuer à le faire vivre et à terme, traverser les limites géographiques du township et du pays avec une nouvelle génération de danseurs professionnels,espère -t-il . Avec un premier objectif : un ou deux candidats formés par le programme qui participeront à la prochaine édition du Concours international de ballet de l’Afrique du Sud en 2018.

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