« Last Whispers », faire entendre les voix en disparition

Dans le cadre du festival d’Automne à Paris, le théâtre du Châtelet présente Last Whispers, un oratorio pour les langues menacées d’extinction.

« Last Whispers », faire entendre les voix en disparition
Last Whispers de Lena Herzog au Théâtre du Châtelet, © Capture d'écran Festival d'automne à Paris

Alors que l’ONU et l’UNESCO ont fait de 2019 l’année internationale des langues autochtones,  Lena Herzog a décidé d'illustrer leur disparition avec l’oratorio Last Whispers. Pour ce spectacle, l'artiste plasticienne et photographe a sélectionné, parmi les milliers de langues enregistrées dans le monde entier, celles qui sont menacées aujourd'hui d’extinction, en mettant leur esthétisme en avant.  

Pendant la performance, seule une phrase est traduite : « Les premiers êtres humains étaient des oiseaux. Il y avait des canards, des flamands roses et des cygnes ». Une phrase «  issue d’un mythe de la création enTehuelche, une langue d'Argentine », explique  Lena Herzog. « Et sans tout dévoiler, elle prend forme physiquement à la fin de l'oratorio », ajoute l’artiste. 

Tous ces langages sont illustrés par des images et vidéos qui défilent en noir et blanc. Ils sont également soutenus par une musique et une ambiance composées par Marco Capalbo. Ce dernier a utilisé un système de son binaural à 360° pour plonger le public au cœur des territoires explorés. Ces langues et ce spectacle représentaient pour lui « une opportunité d'utiliser des matériaux intéressants, de faire du son, mais surtout de les utiliser de manière appropriée ». 

« Ne pas comprendre ces langues donne au compositeur une approche très différente. Normalement quand on met en musique les paroles, on cherche la signification, or ici on a quelque chose qui a un sens uniquement sonore », explique-t-il. « On entend autre chose, qui n’est pas sémantique ». 

Ce genre de projet peut permettre d’adopter un autre regard sur les langues autochtones et leur extinction affirme la linguiste Colette Grinevald qui travaille sur ce thème depuis les années 1990. Ce qui est primordial selon elle, c’est de réussir à montrer que « ce sont des vraies langues, aussi belles que le japonais, le français ou une autre… ». Mettre ainsi en place une « campagne de revalorisation, de reconnaissance de ces langues » permet, selon l'experte, de lever le voile sur l'ignorance dont souffrent parfois les individus qui parlent ces langues, considérés comme « des êtres primitifs ». 

Last Whispers est à voir au théâtre du Châtelet le 21 novembre, en projection à l’espace Cardin du théâtre de la ville les 22 et 23 novembre et à la maison de la musique de Nanterre le 7 décembre.