Le terme de "Musiques du monde" doit-il disparaitre ?

Le terme World Music est désormais banni aux Etats-Unis. La prochaine cérémonie des Grammy Awards donnera un nom différent pour ce genre musical. En France, la question se pose différemment...

Le terme de "Musiques du monde" doit-il disparaitre ?
Le trophée tant convoité des Grammy Awards, © Maxppp / CelebrityPhoto

La World Music n'existe plus. Du moins, le terme de World Music, jugé trop colonialiste, va être remplacé par la catégorie "Best Global Music Album" lors de la prochaine cérémonie des Grammy Awards, se déroulera le 31 janvier. 

Cette sorte de puritanisme exacerbé ne risque pas d'arriver en France. "Les Américains ont forcément eu des polémiques, dont on n'est pas au courant, pour en arriver à changer ces noms" explique Virginie Petit, directrice artistique des Victoires de la Musique. 

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Le terme World Music serait donc passé du domaine courant à une sorte d'injure désormais. Pour Ray Lema, musicien de renommée internationale, ce n'est "pas particulièrement injurieux parce que le terme World Music aujourd’hui, englobe plein de musiques qui sont ouvertes au monde. Dans le rayon World Music aujourd’hui, on trouve aussi bien les Bulgares que les Japonais, les Africains, ou les Turcs."

Serait-ce aussi une question de culture ? Nous serions moins prudes que les Américains ? Pour Virginie Petit, c'est très simple puisqu'"on n’a pas la même culture, on n’a pas la même musique et on n’a pas la même cérémonie. Disons qu’on a un peu d’avance sur eux dans le sens où on a supprimé les catégories de genre pour que justement, tous les styles de musiques confondus soient logés à la même enseigne et puissent concourir pour les mêmes choses. Un album reste un album. Une chanson, quelle que soit son genre, son style, reste une chanson. Les genres et les styles, c’est un peu subjectif. " 

En France, la catégorie "Meilleur Album World" existe toujours. Des Victoires de la Musique Variétés, elle a été déplacée vers les Victoires du Jazz. Pour Ray Lema, qui est considéré par ses pairs comme un grand pianiste de jazz, "il faut se rendre à l’évidence. Il y a d’abord la musique américaine qui est très particulière parce qu’ils colonisent le monde entier. Et puis ensuite la musique française par exemple. La musique française, c’est la musique nationale donc les musiciens sont Français. Ensuite, le reste peut facilement se retrouver dans le bac World Music en France. Ce n’est pas si péjoratif aujourd’hui. Au début ça faisait tiquer mais petit à petit c’est rentré. Quand on dit World parfois, on est même assez content de ne pas être classé en musique française (rires)." 

La France, pays d'exception ? 

Aux Etats-Unis, le manque de diversité et la difficulté de réaliser la parité hommes-femmes sont très souvent pointés du doigt. Les minorités ne seraient pas assez visibles et le racisme, trop. En France, de tels problèmes, également pris très au sérieux, ne sont pas d'actualité. 

La directrice artistique des Victoires de la Musique explique que la seule catégorie qui a été conservée par l'association est "la catégorie Album World. Il n’y a plus de catégories de genre aux Victoires depuis l’année dernière. On a gardé la World qu’on a transféré dans la cérémonie des Victoires du Jazz, qui est en fait un film. Puisque nous n’avions plus de genre, pourquoi n’en garder qu’un dans la cérémonie dite de variétés ? Cette catégorie World, elle n’est pas raciste chez nous, quand vous voyez le résultat des lauréats depuis qu’elle existe. En fait, elle permet juste aux artistes qui ne rentrent pas dans les autres catégories de pouvoir les garder. Si on ne gardait pas cette catégorie là, on évinçait des artistes."

Pouvoir conserver cette "case" World Music est donc essentiel. Un classement qui, pourtant semble assez désuet lorsque Ray Lema, qui était auparavant considéré comme un artiste de World Music, explique qu'il a accepté l’appellation jazzman "simplement après avoir lu un interview de Miles Davis qui disait que le jazz n’est pas une musique, c’est une attitude. C’est à cause de ça que j’ai accepté de me faire appeler jazzman sans que je me sente gêné parce que je ne suis pas un jazzman. Moi quand j’écoute parfois le sport de haut niveau de certains jazzmen, je ne me sens pas du tout comme eux."  

Virginie Petit est sur la même ligne lorsqu'elle reconnaît que "classer des musiques dans des genres est évidemment très difficile. Ca ne plaît pas à tous les artistes. Certains se demandent pourquoi ils sont à part. Ils ont raison. Une chanson reste une chanson, quel que soit son genre et qu'elle vous plaise ou non. "  

Faut-il tout changer ? 

Outre le terme World Music, les organisateurs des Grammys ont décidé de remplacer "Best Urban Contemporary Album" par "Best Progressive R&B Album". Là encore, le changement semble être davantage un phénomène de mode qu'une véritable nécessité. Selon Virginie Petit, "ce sont les faits qui peuvent changer, pas les mots. Quand on avait des catégories de genre, on a souvent changé les termes pour finalement contenter tout le monde ou ne blesser personne. On s’est appelé rap, rap urbain, electro dance, pop rock, … Le R&B a existé, puis on ne l’a plus appelé comme ça, puis on le réappelle comme ça. C’est quand même des réflexions qui, de toutes façons, leur donneront les mêmes lauréats ou les mêmes nommés."

Le 31 janvier, jour de la prochaine cérémonie des Grammy Awards, la catégorie World Music sera définitivement remplacée aux Etats-Unis. Une certitude : la France ne suivra pas le mouvement. Les prochaines victoires du jazz, diffusées en octobre sur France 5, accueilleront pour la deuxième fois consécutive, la catégorie "Meilleur Album World". C'est la preuve que la tolérance et le respect n'ont rien à voir avec une simple catégorie. musicale.