La violoniste Lisa Batiashvili se dit «inquiète pour l’Europe»

Dans une interview accordée au journal allemand Merkur, la violoniste géorgienne, qui réside aujourd’hui en Allemagne, évoque sa vision de l‘Europe, ses relations avec Valery Gergiev et les liens entre musique et politique.

La violoniste Lisa Batiashvili se dit «inquiète pour l’Europe»
Lisa Batiashvili, © Mat Hennek

« Nous les artistes, nous devons montrer que nous ne sommes pas seulement des marionnettes qui servent à divertir le public ». Avec cette interview accordée au journal Merkur, la violoniste Lisa Batiashvili prouve une fois de plus qu'elle est une artiste résolument engagée. Aujourd'hui installée à Munich, la musicienne, qui a dû fuir la Géorgie avec sa famille en 1991 à cause de la guerre civile, déclare se sentir chez elle en Allemagne. « Pour mes parents et moi, l’Europe était une destination de rêve », explique-t-elle. Si elle déclare être impressionnée par l'Allemagne, pour l'accueil des réfugiés, l'économie « très forte » du pays, et la place accordée à la culture, la violoniste fait tout de même part de ses craintes concernant l'avenir de l'Union européenne : « La démocratie et la culture de l’accueil constituent l’identité propre de l’Europe. Il ne faut pas que l’Europe perde ses valeurs. Aujourd’hui, je suis inquiète. »

Dans cette interview, la violoniste est également questionnée sur le concert qu’elle a donné en 2014 avec l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam et Valery Gergiev, fervent soutien de Vladimir Poutine. Cette soirée était organisée peu après l'arrivée des troupes russes en Crimée. Afin de manifester son opposition aux idées politiques du président russe, Lisa Batiashvili a commandé et interprété ce soir-là une œuvre du compositeur géorgien Igor Loboda, intitulée Requiem pour l’Ukraine.

« Il était nécessaire pour moi d’attirer l’attention sur les injustices en Ukraine », raconte la musicienne. Le journaliste lui demande alors quelle a été la réaction de Valery Gergiev : « Il a à peine répondu. Il s’attendait certainement à ce que des personnes soient opposées à ses opinions. Lorsque vous soutenez un dictateur comme Vladimir Poutine, il ne faut pas être surpris de rencontrer des gens qui ne pensent pas comme vous ». Elle conclut : « Dans les années qui ont suivi, j’ai refusé de jouer avec lui. J’ai eu la chance de jouer avec d’autres chefs d’orchestre ».