La venue de Charles Dutoit à l’Orchestre national de France fait réagir

Le chef d’orchestre Charles Dutoit dirige ce dimanche l’Orchestre national de France en remplacement d’Emmanuel Krivine. Evincé de la scène musicale en raison d’accusations d’agressions sexuelles, sa venue fait réagir à l’étranger.

La venue de Charles Dutoit à l’Orchestre national de France fait réagir
Le chef d'orchestre suisse Charles Dutoit, © Getty / Brill

Il n’avait pas dirigé de concert aussi prestigieux depuis sa mise au ban d’une partie de la vie musicale internationale en décembre 2017, Charles Dutoit signe son grand retour sur scène ce dimanche 3 février à la Philharmonie de Paris. Le chef d’orchestre suisse dirige La Damnation de Faust de Berlioz avec l’Orchestre national de France en remplacement d’Emmanuel Krivine, souffrant. 

Charles Dutoit avait fait face à plusieurs accusations d’agressions sexuelles par plusieurs musiciennes. Témoignages recueillis par l’agence Associated Press pour des faits qui se seraient produits en 1985 et 2010. Le chef avait été boycotté par plusieurs orchestres dont ceux de San Francisco et de Boston. Il avait également quitté sa double casquette de directeur artistique et chef principal de l’Orchestre philharmonique royal de Londres. Charles Dutoit a toujours nié en bloc les accusations. L'Orchestre symphonique de Montréal, où il resté en poste de 1977 à 2002, avait diligenté une enquête interne qui s'était avérée non-conclusive.

Depuis, il a été nommé chef principal invité de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, sa prise de poste doit commencer en mars 2019. Il a également dirigé le concert de clôture du festival Septembre Musical à Montreux en Suisse. 

Sa venue à Paris, en remplacement d’Emmanuel Krivine, a suscité des réactions à l’étranger, comme on peut le lire dans cette dépêche de l’agence Associated Press, reprise par plusieurs médias américains. Ou dans différents articles publiés dans des médias canadiens ou suisses. La plupart ont remarqué l’indifférence générée par cette nouvelle en France. 

Interrogée sur la possibilité que la venue de Charles Dutoit puisse provoquer une polémique, la direction de la musique de Radio France, dont dépend l’Orchestre national de France, précise qu’elle n’a pas vocation à se substituer à la justice. Elle part du principe que le chef d’orchestre n’ayant pas été condamné, et puisqu’aucune des musiciennes qui ont témoigné n’ont donné de suites à leurs plaintes, il n’y a pas de raisons objectives de ne pas inviter Charles Dutoit. 

S’ajoute à cela, toujours selon la direction de la musique de Radio France, une conjonction de plusieurs facteurs qui ont laissé peu de choix sur le remplaçant d’Emmanuel Krivine. Plus de 15 chefs d’orchestre de stature internationale ont été contactés mais aucun n’était disponible à cette date. De plus, il s’agit de la première fois que l’Orchestre national de France se produit sur la scène de la Philharmonie, qui plus est avec une œuvre emblématique de Berlioz, s’inscrivant dans la programmation des célébrations du 150e anniversaire de la mort du compositeur. 

La direction de la musique affirme avoir dû agir rapidement étant donnés les délais et est arrivée à la conclusion que Charles Dutoit était l’homme de la situation. Le maestro suisse connaît en effet bien l’Orchestre national de France pour avoir été son directeur musical de 1991 à 2001. Il connaît également bien La Damnation de Faust pour l’avoir plusieurs fois dirigé, œuvre longue et exigeante. Enfin, il était visiblement l’un des seuls chefs d’orchestre de cette stature à être disponible. 

La direction de la musique explique avoir sollicité l’avis de l’orchestre avant de prendre sa décision. Les membres de la représentation permanente nous ont indiqué avoir été consultés et ont rapidement donné leur accord. La décision a suscité quelques remous dans les rangs de l’orchestre et un sondage interne a été organisé. 83 musiciens se sont prononcés et 60% d’entre eux se sont déclarés contre la venue de Charles Dutoit. Malgré cela, la direction avait déjà pris sa décision et il était trop tard pour faire marche arrière. 

La représentation permanente des musiciens de l’orchestre estime s’être retrouvée entre le marteau et l’enclume. Elle regrette de ne pas avoir d’abord organisé le sondage interne avant de donner son accord à la direction.