La Roque d'Anthéron : le clavier au creux de l'oreille

Deux images emblématiques font immédiatement penser au Festival International de Piano de La Roque d'Anthéron : ses allées de platanes du Parc du château de Florans, et sa scène en plein air, avec sa conque acoustique en forme d'une énorme oreille.

La Roque d'Anthéron : le clavier au creux de l'oreille
Vue sur scène du Festival International du Piano de La Roque d'Anthéron, avec sa conque acoustique (©Suzana Kubik/France Musique)

Le Festival de piano de La Roque d'Anthéron n'investit pas seulement le vaste parc du château de Florans et ses allées des platanes. Les concerts ont lieu à l’Abbaye de Silvacane, à La Roque, mais aussi dans les communes environnantes : Lambesc, Gordes, Lourmarin, Cucuron, Aix-en-Provence...mais c'est autour de cette scène en plein air implantée dans le Parc du château de Florans que gravite tout le Festival : toutes les équipes travaillent sur place, on y accueille les journalistes et les artistes, et l'atelier des pianos y a élu domicile.

Les débuts sous les platanes...

Pourtant, à l'origine, le projet d'un festival de musique classique d'envergure dédié au piano, qui devait être implanté dans ce parc municipal laissé à l'abandon et fermé au public, n'était pas un pari gagné d'avance.

« J’ai été émerveillé lorsque j’ai découvert cette immense clairière entourée de 360 platanes, » raconte René Martin, le fondateur du festival. « Et comme par magie, en plein milieu il y avait un immense bassin avec un rocher, on dirait un tableau des maîtres romantiques allemands…. Pour la première édition du festival, nous avons juste posé une scène simple à coté du rocher et un mur de renvoi. »

Dès le début, le Festival attire : Martha Argerich, Vlado Perlemuter, Krystian Zimerman, Zoltan Kocsis, Nelson Freire, Pierre-Laurent Aimard ou Brigitte Engerer, deviennent les fidèles du Festival. «A partir de la deuxième édition, nous avons commencé à travailler sur l’idée de la conque acoustique. L'objectif était de restituer de manière optimale le son d'une salle de concert fermée. La première conque démontable, érigée en 1987, était bien plus petite, mais les bases ont été posées. Nous avons travaillé avec l’excellent acousticien Othon Schneider (acousticien pour l'Opéra de Strasbourg, la Filature de Mulhouse, Musica, Cité de la musique et de la danse de Strasbourg, antre autre) sur la conception d’une scène dans sa globalité, et son état actuel est le résultat de plusieurs générations de conques qui se sont succédées, à chaque fois dans une version améliorée. » Le projet initial a évolué en fonction de l'agrandissement des gradins de 1400 a 2200 places, et de la diversification des formations invitées : du récital de piano, en passant par les formations de chambre ou de jazz, jusqu'aux orchestres philharmoniques.

Vue sur scène du Festival International du Piano de La Roque d'Anthéron, avec sa conque acoustique (©Christophe Grémiot)
Vue sur scène du Festival International du Piano de La Roque d'Anthéron, avec sa conque acoustique (©Christophe Grémiot)

Pour ne pas modifier le dispositif naturel du parc, une scène sur pilotis a été conçue par dessus le bassin, permettant en même temps de déployer un espace de résonnance supplémentaire, entre la surface de l'eau et les planches. L'ensemble de la scène a été étudié pour optimiser l'acoustique, aussi bien pour le public que pour les artistes. «C’était évidemment pour nous une priorité absolue, parce que la hantise des musiciens jouant en plein air, c'est de ne pas s'entendre jouer. Or, grâce à l'effet qu'on obtient avec l'ensemble acoustique - la conque, la scène et les gradins -ils ont l'impression de jouer dans une salle de concert. Je me promène souvent dans les gradins pendant les concerts et constate avec grand plaisir que, où que je sois, j’entends un son égal partout, quelle que soit la formation sur scène.»

Une salle de concert en plein air

D’une hauteur de 14 mètres et d'une profondeur de 22 mètres, la conque acoustique surplombe la scène et est entièrement couverte de plusieurs centaines de panneaux placés au millimètre près pour donner au son une direction très précise. L'ensemble de la structure pèse 50 tonnes et tient compte des particularites structurelles du lieu, ainsi que de la principale contrainte, le vent. « Après le festival, nous démontons la scène ne reste que la structure métallique, et pour chaque nouvelle édition du festival, le montage commence dès la mi-mai. La disposition des panneaux, l'étape la plus délicate, est reconstituée minutieusement, sous haute surveillance de notre acousticien. », explique René Martin. D’ailleurs, les éléments dont la fonction est de retenir ou rediriger le son ont été inntégrés même dans la structure des gradins.

«Je pense souvent à la première édition du Festival, il y avait encore le rocher en plein milieu de l'étang, et nous assistions aux concerts assis sur le gazon...et je me souviens très bien que pendant le concert de Christoph Eschenbach, un canard sauvage est venu se poser sur le rocher. Il est resté là un moment à écouter, et s’est envolé ensuite…et nous l’observions le souffle coupé en nous demandant ce qu'il allait faire…depuis, les choses ont quand même changé..» s'amuse René Martin. Sauf pour les grillons et quelques grenouilles mélomanes, qui n'hésitent pas à pousser la chansonnette. Nous sommes quand même toujours chez eux...

Quatuor Mikado©Christophe Grémiot
Quatuor Mikado©Christophe Grémiot

Magazine et concerts en direct du Festival du piano de La Roque d'Anthéron sur France Musique à partir du 11 août

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