La rentrée en musique : quelle place pour l'éducation musicale au lycée ?

Au lycée professionnel de la mode Octave Feuillet du 16e arrondissement parisien, c'est le quatuor Diotima qui a accueilli les nouveaux élèves lors de la deuxième rentrée en musique, lundi 3 septembre. Occasion de revenir sur la place de l'éducation musicale dans le secondaire.

La rentrée en musique : quelle place pour l'éducation musicale au lycée ?
La rentrée en musique avec le quatuor Diotima au lycée professionnel de la mode Octave Feuillet, © Radio France / Suzana Kubik

« Je vous ai observé jouer, on a l’impression que vous créez une chorégraphie lorsque vous bougez ensemble. Est-ce que c’est lié à votre interprétation ? » Les élèves réunis dans la cour du lycée professionnel de la mode Octave Feuillet du 16e arrondissement parisien sont curieux et attentifs. Après un concert réservé aux nouveaux, les questions fusent. Cet établissement dédié aux métiers qui font briller la haute couture française et les plus belles scènes de théâtres nationaux a accueilli le quatuor Diotima, ensemble en résidence à Radio France, pour commencer l’année. Il a ainsi rejoint des centaines d’établissements scolaires partout en France qui ont participé à cette deuxième rentrée en musique voulue par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. 

Les musiciens ont d’abord joué le quatuor à cordes D.173 de Schubert. L’heure est maintenant aux échanges avec les jeunes. Peut-on commencer à jouer d’un instrument à l’adolescence ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous réunir tous les quatre pour jouer ensemble ? Peut-on venir écouter un concert classique en étant jeune ? La musique permet d’aborder le dialogue, l’écoute, la tolérance et de faire tomber quelques aprioris, d’un côté comme de l’autre de la scène improvisée. 

« On ne savait pas à quoi s’attendre en arrivant, quelles sont les connaissances des élèves en matière de musique classique, commente la violoniste Constance Ronzatti.C’est un exercice intéressant, de s’adapter au mieux dans les échanges, pour nous c’est une remise en question aussi», constate la violoniste. « On se demandait comment ça allait se passer, est-ce que les élèves allaient se liguer dans un sens contre cette musique que les jeunes jugent souvent poussiéreuse ou passée, et finalement on les a senti très attentifs et intéressés, avec des questions fines et pertinentes », rajoute l’altiste Franck Chevalier. 

Broderie, couture, lingerie, chapellerie, plumasserie…certaines des formations que s’apprêtent à découvrir les élèves réunis dans la cour du lycée ce matin-là, ne sont dispensées que dans cet établissement particulier.  Maé et Guillemette, deux nouvelles élèves, ont été ravies de commencer leur année avec « des bonnes ondes. » Le matin, en arrivant au lycée, elles ne s’attendaient pas à avoir un concert privé en guise de bienvenue. « On pensait avoir du café et des pains au chocolat, et on a eu un quatuor à cordes à la place, plaisante Maé. Et quel quatuor ! On se dit que la musique classique, c’est une musique de riches. En fait, c’est de l’artistique, cela rejoint tout à fait ce que nous faisons ici. » 

Le quatuor Diotima pendant les échanges avec les élèves du lycée de la mode Octave Feuillet
Le quatuor Diotima pendant les échanges avec les élèves du lycée de la mode Octave Feuillet, © Radio France / Suzana Kubik

La musique, le maillon manquant

Un constat qui est en même temps une première petite victoire pour Christian Billman, proviseur du lycée professionnel de la mode Octave Feuillet. Dans son quotidien, il défend bec et ongles un savoir-faire fondé sur l'exigence et la précision. « Cette rencontre a permis de mettre en évidence les liens entre la musique classique et les métiers auxquels se forment nos élèves  : les deux demandent beaucoup de travail minutieux, de maîtrise,  d'investissement, évidence à laquelle nos élèves sont tout à fait sensibles. Ce qui serait bien c’est de ne pas s'arrêter à un seul concert, mais de continuer ce partenariat avec Radio France.  »

Si le proviseur souhaite tant pérenniser cette initiative, c'est parce que, même dans un lycée professionnel dédiée aux métiers artistiques, l'éducation musicale est la grande absente du curriculum. Une erreur, selon le proviseur, pour qui la musique est le maillon maquant dans les correspondances indispensables entre différents arts que les élèves abordent au cours de leur formation.

« L’enseignement obligatoire d’éducation musicale est limité sur l’école du socle, c’est-à-dire école primaire et collège, rappelle Claire Mazeron, directrice adjointe chargée des lycées à l’Académie de Paris. Il n'y en a plus dans des lycées professionnels.Dans certains établissements d'enseignement général il y a des options musique qui sont plutôt suivies par des élèves musiciens pour l'option lourde, ou l’option plus légère pour les élèves qui ont une pratique musicale à l’extérieur qu'ils souhaitent mettre en valeur au baccalauréat. » Au lycée, la musique est présente uniquement à travers des projets qui mettent en lien les élèves avec les musiciens sur le modèle de résidences d’artistes, ou alors à travers les projets interdisciplinaires avec les structures culturelles, précise la directrice adjointe. 

A l'heure où le ministre de l'Education nationale Jean Michel Blanquer et la ministre de la Culture Françoise Nyssen multiplient les initiatives  en faveur de la musique à l'école, et dont cette rentrée en musique est une des mesures phares, la place de l'éducation musicale au lycée pose question. Pour Maé et Guillemette, qui seront peut-être bientôt amenées à parer de plus belles broderies les tenues et les coiffes, entre autres, des grandes vedettes lyriques, la musique classique reste un domaine hors de portée. Ou un peu moins que quelques heures auparavant, grâce à la rencontre avec les musiciens du Diotima au sein de leur école :

« Les concerts classiques sont toujours programmés dans des lieux qui nous paraissent très chers et qui font un peu peur, on se dit que ces lieux ne sont pas dans nos moyens, explique Guillemette. Pourtant, en parlant avec les musiciens, on découvre qu’ils vont souvent dans les milieux peu sensibilisés à la musique classique. En plus, il y a des places peu chères pour les jeunes et on peut même venir les écouter en concert…autant remplacer un concert de la techno gratuit par un concert classique, » s'enthousiasme la jeune fille.