Rentrée en musique : un espoir pour l'avenir des musiciens intervenants en milieu scolaire

Cette année, la rentrée se fera en musique, selon le souhait du ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, avec aux premières loges, les enseignants de musique en milieu scolaire, qui espèrent y voir un engagement en faveur de l'éducation musicale à l'école.

Rentrée en musique : un espoir pour l'avenir des musiciens intervenants en milieu scolaire
Hill Street Studios, © Getty

La Maitrise de Radio France à Bondy, le projet Demos à Mulhouse, l’Orchestre à l’école en Mayenne, mais aussi de nombreuses autres initiatives de pratique collective en milieu scolaire... Tous ont répondu présent à l’appel du ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer à inaugurer cette nouvelle année scolaire en musique, appel réitéré lors de la conférence de presse du 29 août dernier. Nombreuses aussi sont les formations professionnelles qui ont pour l’occasion diligenté leurs musiciens dans des écoles pour donner des petits concerts, comme l’Orchestre national de France et l’Orchestre philharmonique de Radio France, qui seront présents dans une école maternelle et un collège parisiens.

La mobilisation des professionnels de l’éducation musicale et des musiciens est importante en dépit des délais courts pour bien se préparer. « Même si cet appel nous est arrivé en fin d’année scolaire et s’était rajouté à toutes les autres tâches de la période très chargée, il nous a semblé important de saisir cette occasion pour donner de la visibilité à l’enseignement musical à l’école », se souvient Audrey Tardy, flûtiste et musicienne intervenante en milieu scolaire dans la Drôme et en Ardèche. Pour cette rentrée en musique elle a monté deux formations de chambre avec ses collègues enseignants. Comme eux, Audrey enseigne la musique dans les petites communes de la région et fait partie de la Fédération des Centres musicaux ruraux. Cette fédération réunit les musiciens intervenants en milieu scolaire - appelés les Dumistes, sur tout le territoire, massivement mobilisés pour cette journée. Avec ses collègues, Audrey a préparé plusieurs temps musicaux dans la journée en arrangeant les chants appris par les élèves au cours de l’année dernière. Ainsi ils peuvent chanter avec les musiciens les chansons qu’ils connaissent déjà, mais aussi continuer à travailler dessus et les reprendre tout au long de la journée. Si le ministre a voulu que la pratique musicale au moment de la rentrée scolaire soit « un moment de partage et de cohésion » , les professionnels de l’éducation musicale y voient un signe fort en faveur de l’éducation musicale.

« Nous avons suivi les interventions du ministre et, à plusieurs reprises, il a mis en avant l’importance de l’enseignement musical dès la maternelle pour son impact bénéfique sur le développement cognitif et l’apprentissage du vivre-ensemble, souligne Frédéric Thomain, directeur général des Centres musicaux ruraux. Nous ne savons pas pour l’instant quelle sera sa politique en terme de l’éducation musicale, mais nous sommes dans l’attente et prêts à développer toute action en faveur de l’accès à la musique de tous les enfants dans le cadre scolaire. »

Quand la musique à l'école est la seule fenêtre culturelle

Les Centres musicaux ruraux (CMR) sont le premier employeur des musiciens intervenants en milieu scolaire (Dumistes) en France. « Nous sommes des troubadours des temps modernes, explique Audrey Tardy. Nous apportons la musique aux enfants et chaque intervenant travaille dans plusieurs écoles, souvent dans des communes isolées, pour lesquelles l'école de musique la plus proche peut être à une demi-heure en voiture. Les enfants de ces communes n’iront pas dans ces pour des raisons logistiques. Parfois un musicien intervenant peut parcourir jusqu’à 600 kilomètres pour couvrir tout le secteur qui l’embauche. » Le quotidien pour 80% des Dumistes membres des CMR, présents notamment dans des zones rurales, où l’offre culturelle est réduite ou inexistante. « Dans le Loiret, par exemple, c’est le musicien intervenant qui apporte la culture, puisqu’il n’y a rien d’autre, précise Frédéric Thomain. Si une commune décide du jour au lendemain d’arrêter de financer le musicien intervenant à l’école, le seul accès à la culture disparaît tout simplement ».

Si la présence des Dumistes à l’école est fragilisée, c’est qu’elle n’est pas imposée par les programmes. L’éducation musicale, prévue par les textes, peut-être assurée par l’enseignant, et c’est en fonction des initiatives locales et des projets individuels des enseignants que les Dumistes peuvent être associés pour apporter leur expertise, financés dans ce cas par les collectivités territoriales ou parfois les associations de parents. « Il n’y a aucune homogénéité sur le territoire national, tout dépend des pouvoir locaux qui eux, doivent réduire leur budget et sabrent souvent l'éducation artistique. Alors qu’en même temps, il existe un dispositif national de formation des musiciens intervenants, formés par les Cfmi, Centres de formation des musiciens intervenants, avec un vivier de jeunes diplômés qui attendent un poste. » La précarité de leur parcours (les communes peuvent décider du jour au lendemain d’arrêter de financer un poste de Dumiste) et les conditions difficiles, comme le travail à temps partiel, l'éloignement géographique, et les disparités des équipements dans les écoles, finissent par dissuader les jeunes de se consacrer à ce métier et le nombre de candidats baisse d'année en année.

Pour un enseignement musical à l'école mieux défini et encadré

« C’est le serpent qui se mord la queue, constate Frédéric Thomain. Il n’y a pas de dispositif d’enseignement musical à l’école uniforme et défini par les textes sur tout le territoire et donc pas d’obligation d’engager un musicien intervenant. Pourtant, il s’agit d’un enseignement, et non pas d’une animation, qui doit se faire dans la durée - sur une année et sur un cycle, et par des personnels formés de manière adéquate, les Dumistes, pour garantir un enseignement de qualité et faire progresser les élèves. Pour cela il faut mieux en définir le cadre, le format et la place dans l’enseignement général, et cela dès la maternelle. Et pour l’instant, nous avons l’impression d’avoir été entendu dans nos besoins, conclut Frédéric Thomain.

En clair, la rentrée en musique sonne comme un véritable engagement en faveur du développement de l’éducation musicale à l’école. C'est au ministère maintenant de donner le la.